[SECOND EMPIRE] Famille de Pierres

Set of autograph letters and photographs
54 pages in various formats formats (in-12 / in-8 / in-4 / in-folio)

Exceptional set of unpublished documents on the fate of a couple in the service of the Second Empire

EUR 2.800,-
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[SECOND EMPIRE] Famille de Pierres

Set of autograph letters and photographs
54 pages in various formats formats (in-12 / in-8 / in-4 / in-folio)
Some tears, pinholes, fold marks. Full scans of each document available on request

The papers of the Baron and Baroness of Pierres, who held the functions of squire and lady of empress Eugenie’s palace during the Second Empire, shed a new light on the imperial court. They also bear witness to the bonds of affection between the sovereign and two prominent members of their entourage. Beyond that, they tell the story of an honorable family that a scandal will splatter in 1877

Unpublished documents


UN MARIAGE DE BON AUGURE

Le 7 juin 1842, le baron Stéphane de Pierres épouse Jane Mary, fille du colonel Herman Thorn, un américain fortuné installé à Paris. Deux jours plus tôt, c’est à l’hôtel de Matignon (que la famille Thorn loue à la sœur du roi Louis-Philippe) qu’est signé leur contrat de mariage. Une nièce de Napoléon Ier assiste à l’événement.

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BONAPARTE, Mathilde (1820-1904), fille de Jérôme Bonaparte et de Catherine de Wurtemberg.

Lettre autographe signée de son nom d’épouse « B. [Bonaparte] de Demidoff » à Jane Mary Thorn. S.l., « ce mardi matin » [31 mai 1842], 2 p.

« Nous irons signer dimanche [5 juin 1842] votre contrat de mariage, chère Jane. Moi, pour ma part, je vous apporterai les vœux les plus sincères pour le bonheur que vous méritez si bien ; et le seul souhait que je puisse faire, est celui de vous voir comme moi, heureuse sans nuage. Le bonheur des autres porte bonheur et ma présence en ce sens vous fera plaisir.
Nous partons lundi [6 juin 1842] et c’est à vous que je devais mon dimanche.
Je vous embrasse de tout mon cœur, chère Jane. »

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NOMINATION DANS LA MAISON DE L’IMPERATRICE

PIERRES, baronne de (1822-1873), née Jane Mary Thorn.
Minute autographe à la comtesse de Montijo, mère de l’impératrice Eugénie, Hôtel des écuries, 22 janvier 1853, sur papier en-tête de la Maison de l’Empereur, service de l’écuyer commandant, 2 p.

« Lorsque j’ai eu l’honneur de vous voir ce matin, vous avez bien voulu m’autoriser à vous envoyer une note relative au désir de M. de Pierres de remplir auprès de l’Impératrice les fonctions de 1er Écuyer. […]
L’honneur qu’a eu M. de P[ierres] d’être à même d’apprécier les éminentes qualités de l’Impératrice lui font attacher un double prix à la faveur qu’il sollicite. Permettez-moi, Mme la C[omt]esse, de vous exprimer de nouveau tout le bonheur que j’éprouverai par le succès de la demande de M. de P[ierres] puisque sans me séparer de mon mari, cela me permettrait d’accueillir l’offre que vous m’avez fait [sic] ce matin de faire moi-même partie de la Maison de l’Impératrice. »

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MONTIJO, comtesse de (1794-1879), née Maria Manuela Kirkpatrick de Closeburn.

Lettre autographe signée « C[omte]sse de Montijo » à la baronne de Pierres, s.l. [Paris], 24 janvier [1853], 1 p., enveloppe autographe jointe.

« Je suis heureuse de vous annoncer que vos désirs sont satisfaits, et que les deux vous serez nommés. »

Le baron et la baronne de Pierres seront en effet nommés respectivement écuyer et dame du palais de l’impératrice par décret impérial du 25 janvier 1853.

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TIREL, Louis, ancien contrôleur des équipages du roi Louis-Philippe.
Lettre autographe signée « Tirel » au baron de Pierres, s.l., 25 janvier 1853, 1p.
Le baron de Pierres ayant interrogé Louis Tirel sur les appointements perçus par les dames et officiers de la Maison de l’impératrice sous le Premier Empire, il apprend que « la première dame d’honneur (duchesse de Montebello) avait un traitement de 40.000 [fr.]. La dame d’atours (comtesse de Luçay) touchait elle, 30.000 fr. Puis il y avait 14 dames du palais à 12.000 fr., 4 à 6.000 fr. et 18 à 3.000 fr. seulement. ».

Sous le Second Empire, les dames du palais percevront chacune un traitement de 12.000 francs par an, sans distinction.

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UN COUPLE AU SERVICE DE L’IMPERATRICE DES FRANCAIS

TASCHER DE LA PAGERIE, comte Charles (1822-1869), premier chambellan de l’impératrice.

Lettre autographe signée « c[om]te Tascher de la Pagerie » au baron de Pierres, palais des Tuileries, 29 janvier 1853, 1 p., enveloppe autographe jointe.

« D’après les ordres que S[a] M[ajesté] l’Empereur a donnés hier soir à mon père [le comte Louis Tascher de la Pagerie (1789-1861), cousin germain de l’impératrice Joséphine et grand maître de la Maison de l’impératrice Eugénie] à l’Elysée, j’ai l’honneur de vous prévenir en son nom que vous serez à cheval, à la portière de la voiture de l’Impératrice pour la ramener le soir [au palais de l’Elysée] après la cérémonie du mariage civil [qui eut lieu au palais des Tuileries dans la soirée du 29 janvier 1853]. »

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VAILLANT, Jean-Baptiste (1790-1872), grand maréchal du palais.

Lettre autographe signée « Vaillant » au baron de Pierres, palais des Tuileries, 29 janvier 1853, sur papier en-tête de la Maison de l’Empereur, note marginale du baron de Pierres, 1 p.

« J’ai l’honneur de vous prévenir de la part de Sa Majesté [Napoléon III], que dans le voyage de demain soir, des Tuileries à St Cloud [où le couple impérial s’installe après le mariage religieux célébré à Notre-Dame], vous devrez […] vous tenir à cheval près de la portière de la voiture de l’Empereur. »

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PIERRES, baron Stéphane de (1818-1876), écuyer de l’impératrice.

Minute autographe à M. Damas-Hinard, Saint-Cloud, 26 mai 1853, 2 p.

Le baron de Pierres informe le secrétaire des commandements de l’impératrice qu’il n’est pas en mesure de lui fournir un moyen de transport pour le lendemain, « le Colonel Fleury, dont relève le service des voitures, m’ayant dit qu’il n’avait pas encore d’ordres de l’Empereur à votre endroit ». Il l’invite à en faire la demande au souverain et être ainsi « en mesure de [le] faire prendre à Paris les mardi et vendredi de chaque semaine » pour le conduire auprès de l’impératrice.

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LOURMEL, général de (1811-1854), aide de camp de l’empereur.

Lettre autographe signée « G[énéral] Lourmel » au baron de Pierres, palais des Tuileries, 14 mars 1854, sur papier en-tête de la Maison de l’Empereur, 1 p.

« L’Empereur me charge de vous faire savoir que S[a] M[ajesté] l’Impératrice montera à cheval aujourd’hui à 3 heures à St Cloud. L’Impératrice vous recommande de faire conduire son cheval au pas. »

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PIERRES, baronne de (1822-1873), dame du palais de l’impératrice.

Minute autographe à l’impératrice Eugénie, Paris, 4 novembre [18]54, 1 p.

La baronne de Pierres transmets à la souveraine une « lettre dans laquelle il est question des sœurs de charité de Constantinople » et lui exprime en même temps « combien il [lui] en coûte d’être obligée de demander quelques jours de congés pour [sa] santé » alors qu’elle était de service la semaine suivante car « c’est toujours un chagrin pour [elle] d’être privée de La voir ».

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PIERRES, baron Stéphane de (1818-1876), écuyer de l’impératrice.

Minute autographe au colonel Fleury, premier écuyer de l’empereur, s.l., 1er décembre 1854, 3 p.

Cette lettre est relative à une demande de boxes supplémentaires aux écuries de Monceaux afin d’y placer dans de bonnes conditions les onze chevaux de l’impératrice, l’espace alloué étant insuffisant. Il informe également le colonel Fleury que « plusieurs objets de sellerie vont être nécessaires pour le service des chevaux de selle et des poneys de l’Impératrice » et qu’il remettra une note en ce sens au quartier-maître des écuries de l’Empereur. Le colonel Fleury accédera à ces demandes dès le lendemain.

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FLEURY, colonel Émile Félix (1815-1884), aide de camp et premier écuyer de l’Empereur.

– Lettre signée « É[mile] Fleury » au baron de Pierres, Hôtel des Écuries, 2 décembre 1854, sur papier en-tête de la Maison de l’Empereur, 1 p.
– Lettre autographe signée « Fleury » au baron de Pierres, s.l., 22 juin [1855], 2 p.

« L’Empereur vient de me donner l’ordre de faire partir pour les Eaux-Bonnes [station thermale pyrénéenne où l’impératrice suivra une cure du 25 juin au 26 juillet 1855], quatre chevaux de votre service : Aya pour S[a] M[ajesté] l’Impératrice, le cheval que montait le duc de Porto [qui a séjourné à Paris avec son frère, le Roi de Portugal, du 26 mai au 21 juin 1855 à l’occasion de l’Exposition universelle] pour Mad[ame] de Rayneval [dame du palais], 1 cheval pour le G[énér]al de Cotte [aide de camp de l’empereur], 1 cheval pour M[onsieur] de Marnésia [chambellan de l’impératrice].

L’Empereur à qui j’ai dit que le cheval Aya était je crois indisponible m’a chargé de vous faire dire de venir causer de cette affaire avec S[a] M[ajesté] l’Impératrice aujourd’hui.

Quand vous aurez fixé quelque chose, veuillez me le faire savoir et je donnerai tous les ordres nécessaires pour l’exécution. »

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ESSLING, princesse d’ (1802-1887), née Anne Debelle, grande maîtresse de la Maison de l’impératrice.

Note autographe signée « P[rinc]esse d’Essling », palais des Tuileries, 17 juin, 1 p.

Dans ses souvenirs, Madame Carette écrit que « la princesse d’Essling réglait le service des dames pour chaque semaine » et que ces dernières « fais[aient] le service deux à la fois ». Cette rare pièce autographe, qui établit par quinzaine et pour deux mois la liste des dames du palais de service, en est la parfaite illustration. Se succèdent ainsi auprès de la souveraine pour les mois de juillet et d’août (année non précisée) : la comtesse de la Poëze et la comtesse de Lourmel, la baronne de Pierres et la vicomtesse Aguado, la comtesse de Montebello et madame de Saulcy, madame de Sancy de Parabère et la comtesse de Rayneval, la comtesse de la Poëze et la comtesse de Lourmel.

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UNE CORRESPONDANCE IMPERIALE EMPREINTE D’AFFECTION

 

PIERRES, baronne de (1822-1873), dame du palais de l’impératrice.

– Minute autographe signée « Jane de Pierres » à l’impératrice Eugénie, château des Brétignolles [propriété familiale située sur la commune d’Anché, Indre-et-Loire], s.d., note manuscrite en haut du 1er feuillet portant l’année « 1857 », 3 p.

La baronne de Pierres remercie l’impératrice de la « bienveillante et affectueuse lettre » qu’elle lui a écrite de Biarritz le 24 août 1857. Elle se dit « très fière de cette nouvelle marque de sa bonté » et ajoute que «[sa] nièce a été bien sensible au gracieux souvenir de Votre Majesté ». Elle espère que « l’air de Biarritz lui fait le même bien que les années précédentes » et termine « en lui souhaitant le bonheur et la santé pour Elle et notre cher beau petit Prince ».

– Minute autographe signée « Jane de Pierres » à l’impératrice Eugénie, s.l.n.d. [1859], note manuscrite erronée en haut du 1er feuillet portant l’année « 1868 »,  4p.

La baronne de Pierres remercie l’impératrice « de la part que Votre Majesté a daigné prendre à ma grande douleur [son père, le colonel Herman Thorn, étant décédé à New York le 31 juillet 1859]. Votre cœur, Madame, est toujours si bon et disposé à partager les chagrins de ceux qui vous entourent que j’étais sûre d’avance qu’il ne m’oublierait pas malgré toutes les fatigues que vous avez dû éprouver pendant votre séjour à St Sauveur [station thermale pyrénéenne où le couple impérial séjourne du 19 août au 11 septembre 1859]. Puis, évoquant le séjour qui suivit à Biarritz et « notre cher petit prince » la baronne de Pierres ajoute : « J’ai su qu’il n’avait pas peur du tout de la mer et même qu’il fallait contrarier son courage ».

– Minute autographe signée « Jane de Pierres » à l’impératrice Eugénie, s.l.n.d., 2 p.

En réponse à une nouvelle lettre de condoléances de l’impératrice, la baronne de Pierres la remercie à nouveau  « de la sympathie qu’Elle daigne me montrer dans un moment aussi douloureux. Aucune consolation ne pouvait m’être plus douce que cette marque précieuse de sa bonté pour moi ».

– Minute autographe signée « Jane de Pierres » à l’impératrice Eugénie, s.l., 25 septembre 1860, 2 p.

« Je craindrais d’être indiscrète en demandant à voir Votre Majesté dans un moment si triste pour Elle [conséquence du décès prématurée de sa sœur, la duchesse d’Albe, le 16 septembre 1860] mais qu’elle me permette au moins de Lui dire combien je partage sa peine ! Les cœurs qui aiment l’Impératrice souffrent vivement de tout ce qui peut l’affliger et voudraient Lui apporter des consolations. Mais en présence d’une perte aussi cruelle ils ne peuvent que prier Dieu d’adoucir son chagrin ».

La souveraine exprimera tout son chagrin dans la réponse qu’elle lui adressera le 26 septembre 1860, la « remerci[ant] de tout cœur de [sa] bonne lettre » et recommandant sa sœur à ses prières.

– Minute autographe à l’impératrice Eugénie, s.l., 10 mai 1866, 2p.

En réponse à la « lettre affectueuse » de l’impératrice, la baronne de Pierres la remercie d’être intervenue auprès de l’Empereur au sujet d’une « malencontreuse demande » à laquelle le grand maréchal du palais était opposé, tout en s’excusant « de lui avoir causé deux ennuis, celui d’un refus et d’une lettre à écrire ». Elle avait en effet « espéré en la bonté de l’Empereur pour nous accorder une augmentation à titre d’indemnité, ce qui eut été pour nous une immense faveur dans ce moment et n’aurait rien changé aux traitements fixes ».

– Minute autographe signée « J. de Pierres » à l’impératrice Eugénie, Château des Brétignolles, 14 septembre 1869, 4 p.

« J’ai trouvé à mon arrivée en France [de retour des États-Unis], il y a peu de jours, la lettre que Votre Majesté a daigné m’écrire et je la prie d’en agréer toute ma reconnaissance. Le souvenir donné aux voyageuses au moment où Votre Majesté avait tant de sujets de préoccupation [la santé de l’Empereur et la situation politique en France] a fait à Jane [sa fille] et à moi un bien grand plaisir, et j’aurais voulu me rendre de suite à Paris pour en remercier l’Impératrice. […] Si l’Impératrice compte faire prochainement son grand voyage [elle partira en effet pour l’Orient le 30 septembre 1869, voyage dont l’inauguration du canal de Suez fut la brillante conclusion], je lui demanderai la permission d’aller lui offrir à St Cloud mes respectueux hommages avant son départ. J’en profiterai pour dire à V[otre] M[ajestés] les vives sympathies des Américains pour Elle et le grand désir et l’espoir qu’ils ont d’être honorés de sa visite. […] ».

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HERMAN DE PIERRES EN COCHINCHINE

PIERRES, Herman de (1845-1893), fils du baron et de la baronne de Pierres.

Lettres autographes signées « Herman » à sa « chère mère », Saïgon, 24 et 25 août 1861, et au verso du 2ème feuillet, à sa « chère petite sœur » [Jeanne de Pierres], Saïgon, 25 août 1861, 4 p.

Herman de Pierres a 16 ans ½ lorsqu’il séjourne dans la capitale de la Cochinchine à bord du Pescatore, un navire de marchandises commandé par le Capitaine Mouru-Lacombe. Dans cette longue missive à sa famille, après avoir rendu compte de la fête célébré le 15 août à l’occasion de la fête de l’empereur, il indique notamment que : « Quand nous sommes arrivés à Saïgon, il n’y avait absolument rien. D’un pauvre petit bourg composé de 3 ou 4 cases au plus, Saïgon devient une ville, à vue d’oeil. Il y arrive continuellement des commerçants, il s’y bâtit de jolis pagodes, voir même des maisons à l’européenne, et s’y monte des magasins superbes. On commence à trouver à peu près ce que l’on veut, mais seulement depuis très peu de temps. En revanche, tout est très cher, et en fait de curiosités de Chine, il n’y en a pas ». Le siège de Saïgon, qui s’est achevé en février 1861 par une victoire française, et la campagne militaire engagée dans la région donneront naissance à la colonie française de Cochinchine en 1862.

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NOUVELLES D’ARENENBERG

« Le Prince impérial s’acquitte des vacances comme il sait s’acquitter du travail »

CORVISART, baron Lucien (1824-1882), médecin ordinaire de l’Empereur Napoléon III

– Lettre autographe signée « B[ar]on Corvisart » au baron de Pierres, château d’Arenenberg, 30 juillet 1874, 4p.

Dans cette longue lettre écrite lors du second séjour de l’impératrice et du prince impérial dans l’ancienne propriété de la Reine Hortense sur les bords du lac de Constance, où « actuellement nous ne sommes que des tapissiers », nous apprenons que « S[a] M[ajesté] s’y trouve à merveille et y fait une foule de changements, additions, soustractions, déplacements de meubles ; vous connaissez cela et il faut toujours avouer que les choses sont faites avec un goût exquis. » alors que « le Prince impérial, qui est très satisfait de ses examens qui […] se sont tellement bien passés que le Général Simmons [gouverneur de l’Académie royale militaire de Woolwich où le Prince est élève] m’écrit ici toutes sortes d’éloges, se détend actuellement les muscles, ne sort pas du lac où il fait plonger Tristan [Lambert, ami du Prince impérial], et s’acquitte des vacances comme il sait s’acquitter du travail ».

Le baron Corvisart termine sa lettre en demandant des nouvelles du mouvement d’opinion en France et sachant que « toutes [ses] lettres sont ouvertes », il compte sur des détails que « nous partagerons avec M. Renault [directeur de la sûreté générale depuis février 1874] ! ». Il ajoute que « les escamotages du 4 septembre et ceux qui ont eu lieu successivement auront une fin, et ce sera surtout de la faute de l’incapacité absolue des escamoteurs. »

– Lettre autographe signée « B[ar]on Corvisart » au baron de Pierres, Chislehurst, 1er juin 1875, 4p.

En post-scriptum de cette lettre qui traite essentiellement des activités économiques du baron Corvisart, on apprend que « le Prince va à merveille » et que « S[a] M[ajesté] rechute sa grippe par mille imprudences mais se remettra vite de l’épreuve dès qu’elle quittera le brouillard pour le beau ciel de Constance. »

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LE SCANDALE BRUXELLOIS

Lors d’un séjour à Bruxelles chez la baronne Edmond Van der Linden d’Hooghvorst, née Marie-Louise de Bassano (elle-même fille d’une dame d’honneur de l’impératrice), Jeanne de Pierres fait la connaissance du comte Ferdinand d’Oultremont, un aristocrate belge avec lequel elle se fiance en janvier 1877. Informée par la jeune fille, l’impératrice se réjouit de cette nouvelle dans la lettre pleine de sentiments qu’elle lui adresse le 19 janvier. Cependant, lors du bal donné en février 1877 par le baron d’Hooghvorst à l’occasion de la signature du contrat de mariage, le fiancé croit déceler entre sa promise et le baron une familiarité qui éveille sa jalousie. Un journal raconte la suite : « Pour en avoir le cœur net, vers la fin du bal, il se cacha derrière une portière et attendit. Un peu après le départ des invités, il vit rentrer dans le salon vide sa future. Elle fut bientôt suivie du maître de la maison. La conversation fut telle que le jeune homme ne put plus conserver aucun doute. Emporté par la colère et l’indignation, il sortit de la retraite et tomba à coups de poings sur le séducteur. Il y eut une lutte violente, où les meubles furent renversés, les vases brisés à grand fracas. » Les fiançailles sont aussitôt rompues et le scandale, rendu public par la presse, compromet sérieusement l’honneur de Jeanne de Pierres.

PIERRES, Jeanne de (1848-1911), fille du baron et de la baronne de Pierres.

Minute autographe signée « J. de P. » au Prince impérial, s.l.s.d. [juin/juillet 1877], 4 p., sur papier de deuil.

« Profondément touchée de l’intérêt que le Prince Impérial m’avait témoigné dans le malheur si immérité qui est venu m’accabler, j’avais répondu de suite à Votre Altesse en lui disant à quel point j’étais indignement calomniée. Ma lettre vient de m’être renvoyée de Florence. Malgré tout le temps écoulé, je tiens à ce que Votre Altesse connaisse la fausseté des bruits odieux qu’une scène aussi injuste que violente a fait circuler.

J’ose espérer que l’Impératrice toujours si bonne et si bienveillante se sera refusée à croire à de telles infamies !

L’estime et l’affection de ceux qui me connaissent assez pour savoir à quel point j’ai été faussement accusée, et l’espoir qu’un jour on saura combien et comment les choses ont été exagérées et envenimées peuvent seules me donner la force de supporter les cruels tourments que j’endure depuis quatre longs mois. »

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OULTREMONT, Ferdinand d’ (1840-1902), fiancé à Mademoiselle Jeanne de Pierres en février 1877.

Lettre autographe signée « Ferdinand d’Oultremont » à « mon Révérend Père » (probablement transmise à Jeanne de Pierres par ce dernier), Bruxelles, 10 janvier 1878, 4 p.

« Que vous dirai-je du triste incident auquel vous faites allusion ? Je ne puis que vous affirmer encore ce que je ne me suis jamais lassé de répéter. La rupture de mon mariage avec Mademoiselle de Pierres ne porte aucune atteinte à son honneur. Cette résolution est cependant complètement justifiée car ma conduite aux yeux de tout juge équitable et impartial est restée exempte de tout reproche. J’ai vivement regretté la publicité et l’amplification données par les journaux à cette malheureuse affaire. On ne peut m’en imputer aucune responsabilité car tant directement qu’indirectement, je suis resté totalement étranger à ces indiscrétions de la presse. »

Les versions discordantes des trois protagonistes conduisirent le comte d’Oultremont à affronter en duel le baron d’Hooghvorst en novembre 1877, puis le vicomte Henri de Pierres (frère de Jeanne) en février 1879, ravivant régulièrement dans la presse les échos du scandale de Bruxelles.

Sont joints 4 portraits photographiques et 1 carte :

– Jane Mary Thorn, baronne de Pierres par Geoges Pénabert, photographie format cabinet.

– Herman de Pierres par Augustin Le Jeune, photographie format carte de visite avec mention manuscrite au dos :

« Herman de Pierres, officier de marine, fils de Stéphane de Pierre, 1er écuyer de S.M. L’Impératrice, et de Jane Thorn, Baronne de Pierres, dame du palais de l’Impératrice ».

– Jeanne de Pierres par Charles Reutlinger, photographie format carte de visite.

– Jeanne de Pierres, photographie anonyme d’un portrait peint la représentant.

– Transcription du discours prononcé par le Prince impérial à l’occasion de sa majorité le 16 mars 1874, accompagné de sa signature et de sa photographie d’après William Downey (carte de propagande).


This exceptional set revives the fate of a couple who, by their position, was a privileged witness of the imperial court during the Second Empire. A memory that still evokes at the Château de Compiègne, Winterhalter’s famous painting of the Empress surrounded by her ladies, one of whom, dressed in a vaporous white dress adorned with blue satin knots, is the Baroness of Pierres, the same one found to the right of the Empress among the nine preuses adorning the famous chimney of the Château de Pierrefonds

Full set of scans upon request

Cet ensemble exceptionnel ressuscite le destin d’un couple qui, par sa position, fut un témoin privilégié de la cour impériale sous le Second Empire. Un souvenir qu’évoque toujours au château de Compiègne, le célèbre tableau de Winterhalter représentant l’impératrice entourée de ses dames dont l’une, vêtue d’une vaporeuse robe blanche ornée de nœuds de satin bleu, est la baronne de Pierres, la même que l’on retrouve à la droite de l’impératrice parmi les neuf preuses ornant la célèbre cheminée du château de Pierrefonds.