DAVID, Jacques-Louis (1748-1825)

Lettre autographe signée « David » à M. de Bausset, préfet du Palais Impérial
[Paris, début 1808], 1 p in-4, légères froissures

« Je ne puis trop vous exprimer ma surprise […] de la visite dont Sa Majesté l’Impératrice a daigné honorer mon atelier »

EUR 4.800,-
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Fiche descriptive

DAVID, Jacques-Louis (1748-1825)

Lettre autographe signée « David » à M. de Bausset, préfet du Palais Impérial
[Paris, début 1808], 1 p in-4, légères froissures

Rare lettre du Premier Peintre de l’Empereur relatant la satisfaction de l’Impératrice à la découverte du Sacre, et organisant quelques séances de pose pour les dernières retouches de son chef d’œuvre


« Monsieur,
Je ne puis trop vous exprimer ma surprise, je dirais plus ma juste indignation en lisant ce matin l’article du journal de l’Empire où il rend compte de la visite dont Sa Majesté lImpératrice a daigné honorer mon atelier. Dans la note que j’avais envoyée, je n’y parlais d’aucune autre personne que de Sa Majesté lImpératrice et de la satisfaction quelle mavait témoignée à la vue de mon ouvrage. Dans le cas, Monsieur, où Sa Majesté voudrait s’en convaincre, j’aurai l’honneur de vous envoyer la note que j’ai soumise aux journalistes et qu’il [le journal de l’Empire] a complètement dénaturée. Elle était rédigée et signée par M. Lenoir administrateur du Musée des Augustins.
Quant à la manière délicate, et pas assez prisée par vous, avec laquelle vous louez mon tableau mon tableau [sic], nous n’en pensons pas de même, Monsieur, j’en fais grand cas, votre cœur et votre visage expriment naturellement ce quils sentent. On n’en dirait pas également de tous les hommes.(1)
Choisissez dans la semaine prochaine ou le mardi ou mercredi, devant travailler lundi avec M. de Beaumont. (2)
Agréez l’assurance de la haute considération, Monsieur, de votre très humble et très obéissant serviteur.
David. »


1/ Nous savons que M. de Bausset a effectivement posé pour le tableau du Sacre lors des dernières retouches. Toutefois, il ne figure pas sur la version finale du chef-d’oeuvre.
2/ Général Marc-Antoine de Beaumont, chambellan de Madame Mère, qui figure effectivement sur le tableau du Sacre, juste à côté de Madame Mère

Le tableau du Sacre est commandé par Napoleon à David, nommé Premier Peintre de l’Empereur, quelques semaines avant la cérémonie. Il fait partie d’une commande de quatre toiles, dont seules deux verront le jour : Le Sacre et La Distribution des Aigles. Le tableau du Sacre est commencé à la fin de l’année 1805. David y travaille pendant 2 ans et prend quelques libertés avec la réalité. En particulier, l’anecdote est bien connue, il représente Madame Mère au centre de la composition alors que celle-ci n’a pas assisté à la cérémonie en raison de brouilles familiales. Napoléon sait gré à David d’avoir pris cette initiative.

David retouche le tableau au début de l’année 1808, date très vraisemblable de la rédaction notre lettre.

On sait, d’après un extrait du Journal de l’Empire, que le 4 janvier 1808 a bien lieu une visite de Napoleon et Joséphine à l’atelier du peintre. L’article évoque les compliments adressés par l’Empereur à David et précise : « S.M. l’Impératrice unissait souvent sa voix à celle de son époux, pour adresser à l’artiste les éloges les plus flatteurs. ». C’est très probablement de cette visite qu’il est question dans notre lettre.

Le tableau est exposé publiquement de février à mars 1808. Il reste la propriété de David jusqu’en 1819, date à laquelle il est cédé aux musées royaux. Installé au Château de Versailles pendant cinquante ans,il est ensuite accroché au Louvre à partir de 1889, où il se trouve toujours.