VERLAINE, Paul (1844-1896)

Lettre autographe signée “P Verlaine” à Jules Tellier
Paris,, Hôpital Tenon, 19 juillet 1887, 4 pages in-12 sur deux feuillets séparés

“Il y a même au bout du Campo Santo un cabaret très bien qu’eût aimé Baudelaire…”

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Fiche descriptive

VERLAINE, Paul (1844-1896)

Lettre autographe signée “P Verlaine” à Jules Tellier
Paris,, Hôpital Tenon, 19 juillet 1887, 4 pages in-12 sur deux feuillets séparés

Longue et superbe lettre de Verlaine depuis l’hôpital Tenon, ornée d’un croquis, évoquant pêle-mêle Baudelaire, La Fin de Satan de Victor Hugo et nombre de ses propres œuvres. Avec une apparente insouciance, le poète laisse percer une grande détresse matérielle. Il attend la visite de Tellier, Lemaître et La Tailhède et donne des indications détaillées de l’est de la capitale pour arriver jusqu’à lui.


“Mon cher ami
Ce ne sera pas pour aujourd’hui, Vincennes. Donc je vous attends jeudi ET dimanche. Si d’ici-là [si] vous pouviez amener [Jules] Lemaître ce serait très bien. Les jeudis il y a moins de monde. N’oubliez pas que c’est de 1 heure à 3 heures. En déjeunant à onze et demi vous pouvez par des tramways ou omnibus facilement aboutir à pied, de la Bastille, un chemin court relativement, c’est par la rue de la Roquette et le père Lachaise.
Prendre l’allée centrale et celle toujours tout droit sur la gauche [Verlaine fait un petit dessin en marge gauche pour indiquer le chemin] de la chapelle centrale. Au surplus mieux vaut demander la route au conservateur des Machabeés – (orthographe généralement adoptée dans les journaux qui emploient ces mots-là. Moi j’ai mis macabé dans les Mémoires d’un veuf). Il y a même au bout du Campo Santo un cabaret très bien qu’eût aimé Baudelaire. Un ! Très bien !
M’apporter – bouteille d’encre de 2 sous ou encre dans un vieil encrier portatif que vous auriez de trop, 1 porte-plume et quelques plumes aux fins d’écrire beaux souvenirs littéraires ou autres pour les Chroniques, des Chroniques excepté celles où il y a Pour un Enfant et celle que j’ai là, de juillet ; un ou deux livres, un [Jules] Lemaitre et, au fond, cette Fin de Satan ; et du papier si [vous] en avez de reste ainsi qu’enveloppes. Un peu de tabac et une pipe de deux sous. Voilà bien des choses ! Ah, 1 crayon d’un sou !
Tâchez de voir, Michel, sérieusement, que j’aie des souliers propres pour sortir d’ici et mes habits chez Vanier (mes souliers ici) de voir Thomas pour mon chapeau de haut [de] forme et qu’il ait l’obligeance de passer chez la blanchisseuse de la cour St François pour payer s’il peut le blanchissage d’une chemise de toile d’une paire, ce surtout ! des chaussettes et me le faire parvenir ici cette semaine sans faute ; de voir [Léon] Vanier lui exposer mon besoin d’écrire des lettres p[ou]r argent (timbre-poste, pantalon treillis, espadrilles quelques cinq ou dis francs, montrez la lettre si besoin) ? Mon budget, ceci expédié, sera de 7 sous. Exposez-lui que c’est insuffisant j’attends [de] lui un mandat d’un jour à l’autre. Ai projet plaçatoires et rangeatoires. Dites le lui. Dites aussi à l’épigrammique Le Brun que cette fois, ma sagesse, basée sur cette fameuse confession de l’autre jour, est sérieuse et qu’on la verra, nom d’une pipe !

Donc je compte sur vous et sur La Tailhède pour jeudi, n’est-ce pas ? Relisez bien ma lettre et oubliez-en le moins possible.
A vous et à La Tailhède
Bien affectueusement,
P. Verlaine
Salle Seymour,
H[ôpit]al Tenon
Rue de la Chine
E.V. [En Ville]

Ou une lettre, n’est-ce pas ? Il y doit y avoir dans le paquet que Vanier a fait prendre chez Michel (qui m’a écrit une bien drôle de carte postale) un étui avec des lunettes dedans.
Je voudrais bien avoir l’un et les autres.
Quoi encore ? – Ah, que Vanier m’apporte quelques Romances pour moi mettre dédicaces. Vanier a un manuscrit vague de moi du « Voyage en France par un Français » (c’est détestable, mais j’y pourrai puiser des choses en proses pour être payées et autres). Faites Dites le lui et que quand je serai à Vincennes, serai content de l’avoir aux fins de l’éplucher. – Ajoutons encore une fois qu’il est urgent que j’aie quelques sous très vite afin de me mettre en mesure en cas de départ d’entre les bras de la Charité publique (et privée !), pour vivre par moi-même. Pour ça des lettres sont indispensables à écrire et coûtent des masses de 3 sous. Plus quelque tabac ! Misère ! Ô et la carte postale de M. Michel !”


Les Mémoires d’un veuf est la première œuvre de fiction en prose de Verlaine, parue en 1886. Il n’a pas attendu le remariage de Mathilde Mauté, qui eut lieu le 30 octobre 1886, dans le temps même, précisément, où paraissait l’ouvrage, pour se considérer comme “veuf”.

La Fin de Satan est vaste poème épique et religieux de Victor Hugo paru de manière posthume en 1886.

Romances sans paroles est un court recueil de poésie de Paul Verlaine publié en 1874. Le poète compose ce recueil au cours de ses voyages avec Arthur Rimbaud sur une période d’à peu près un an. La deuxième édition du recueil paru chez son éditeur Vanier en 1887.

Le Voyage en France par un Français est un récit de voyage de Paul Verlaine. Resté inconnu des biographes du poète, le titre même ne s’en trouve mentionné que sur le feuillet liminaire de la première édition du volume Sagesse, publiée par le libraire Palmé, en 1881.

Hospitalisé à Tenon dans le 20e arrondissement de Paris, Verlaine était alors en pleine rédaction de son recueil Bonheur.

Jules Tellier (1863-1889) est un poète et journaliste français. Verlaine lui dédia le poème Parsifal dans son recueil Amour paru en 1888. En retour Tellier écrit sur lui un petit ouvrage plein de tendresse.

Provenance : Collection Edouard-Henri Fischer
Correspondance : Van Bever (éd. Messein, 1929, Tome III, p. 342-344)