SARTRE, Jean-Paul (1905-1980)
Manuscrit autographe en premier jet
S.l.n.d. [c. 1956-57], 17 ff. in-4° sur papier quadrillé
« Je vois tout à la fois, tout ce que tu étais, tout ce que tu es… Je n’ai jamais aimé que toi »
Fiche descriptive
SARTRE, Jean-Paul (1905-1980)
Manuscrit autographe en premier jet
S.l.n.d. [c. 1956-57], 17 ff. in-4° sur « papier Sartre », à l’encre bleue
Légères brunissures par endroits, infimes déchirures sans gravité
Un léger manque en marge sur un feuillet, sans atteinte au texte
Plusieurs mots caviardés par Sartre
Exceptionnel manuscrit de travail pour sa pièce Les Séquestrés d’Altona
Avec de nombreuses variantes inédites écartées du manuscrit final
Le plus important corpus des Séquestrés d’Altona en mains privées selon le recensement de l’Item
Les six premiers feuillets forment un premier noyau, que l’auteur développera ultérieurement.
L’affaire de la torture des partisans russes (acte IV, scène 5 à 7), que Frantz ne veut pas avouer à Johanna – mais Leni le forcera à manger le morceau (le journal apporté, acte IV, scène 8). Et entre ces deux passages cruciaux, la beauté et le vide (f°6, qui renvoie à l’acte II, scène 8).
Les personnages portent leur noms primitifs :
-Peter deviendra Frantz.
-Évelyne (Évelyne Rey, nom à la scène d’Évelyne Lanzmann, sœur de Claude, maîtresse de Sartre, actrice) deviendra Johanna.
-Wanda Kosakiewicz (amante de Sartre, et actrice. C’est pour elle que le philosophe écrit des pièces, afin de la faire jouer) joue la sœur de Frantz, Ilse, c’est à dire Leni dans l’état final du texte.
-Il est aussi question du mari d’Évelyne, Ernst, qui deviendra Werner.
Les feuillets 6 à 13 forment un mouvement qui correspond à un dialogue entre le père et son fils (acte V, scène 1). Le feuillet 7, interpolé, semble correspondre à une possibilité que Sartre n’a pas retenue : Peter veut coucher avec Évelyne mais il en est incapable du fait de son impuissance.
Le quinzième feuillet correspond à une scène entre Frantz et Werner, ainsi nommés. C’est donc un état plus tardif du texte. Ce dialogue ne sera pas retenu pour le texte définitif.
Le feuillet suivant pourrait être rattaché à l’acte I, scène 2 : Johanna ne veut pas rester à Altona (Pléiade, p. 871).
Deux campagnes d’écriture se détachent du présent corpus. Il semble en outre appartenir à un stade dépassant le « pré-rédactionnel » si l’on en croit les variations des prénoms et le peu de caviardages opéré par Sartre.
Dans une interview d’avant-première donnée à Madeleine Chapsal, Sartre déclare : « J’ai mis un an et demi à l’écrire… je l’ai terminée il y a trois semaines, au mois d’août, pendant l’interruption des répétitions. Ce fut beaucoup plus difficile que pour Huis clos. » Surmené par l’écriture de Critique de la raison dialectique et par les tensions politiques de l’année 1958, Sartre frôle de près une attaque due à l’abus de corydrane, d’alcool et de barbituriques. Inachevée au début d’octobre 1958, la pièce fut repoussée d’une année, Sartre ayant accepté de consulter un médecin qui lui prescrivit un repos immédiat. Ces détails montrent que Sartre s’était attelé à une pièce monstre (Pléiade, p. 1953). La pièce est créée le 23 septembre 1959 au théâtre de la Renaissance, dans une mise en scène de François Darbon.
L’essentiel des brouillons des Séquestrés d’Altona sont aujourd’hui conservés à la Bibliothèque nationale de France, qui en a fait l’acquisition lors de la vente Michelle Vian de 1985. La quasi-totalité des manuscrits rattachés à la pièce avaient été conservés par elle. Un autre ensemble de 40 feuillets a été acheté en 1996 par la Beinecke Library de l’Université de Yale.
Provenance :
Coll. particulière