[MICHEL, Louise] MAUTÉ, Théodore Jean (1805-1887)

Manuscrit autographe
S.l.n.d. [c. 1872-1873], 2 p. 1/2 in-folio sur papier vergé

« C’est elle ou au moins l’une de celles qui sont allées demander des armes pour combattre à la place des lâches qui fuiraient devant l’ennemi »

EUR 950,-
Fiche descriptive

[MICHEL, Louise] MAUTÉ, Théodore Jean (1805-1887)

Manuscrit autographe
S.l.n.d. [c. 1872-1873], 2 p. 1/2 in-folio sur papier vergé, à l’encre noire
Filigrane : « Berger »
Plusieurs mots caviardé et correction en interligne par Théodore Mauté
Déchirures aux marges, petit manque angulaire au coin inférieur droit

Long et magnifique éloge de Louise Michel, livrant de nombreux détails biographiques essentiels sur sa période d’enseignement et son rôle pendant l’invasion prussienne

« S’il ne fallait raconter ici toutes les bonnes actions, tous les actes de dévouement et de désintéressement de Mlle Michel… la nomenclature en serait trop longue »

Un rare témoignage du vivant de la militante révolutionnaire par l’un de ses plus proches amis


Nous ne livrons ici que quelques fragments de ce texte, qui semble inédit :

Titré « Notice sur Louise Michel », le manuscrit retrace en détail le parcours pré-revolutionnaire de Louise Michel, bienfaisante institutrice auprès de jeunes filles désœuvrées : « née le 29 mai 1830, – il y a environ 7 ou 8 ans, elle a acheté, au delà de sa valeur, il faut le dire, un externat de jeunes filles qu’elle introduisait avec le plus grand dévouement et avec beaucoup de désintéressement dans la rue des Cloÿs (5), ensuite rue Oudot 24, pauvre quartier de Clignancourt et des grandes carrières non loin des fortifications du 18e arrdt de Paris. […]
Combien de fois n’a-t-elle pas donné littéralement jusqu’à son dernier sou à des gens qu’elle croyait dans le besoin absolu réel ; alors qu’il ne lui restait absolument rien pour acheter du pain pour elle et pour sa vieille mère, obligées qu’elles étaient de se coucher à jeun. […]
S’il ne fallait raconter ici toutes les bonnes actions, tous les actes de dévouement et de désintéressement de Mlle Michel, et parler de toutes les personnes qu’elle a secourues, la nomenclature en serait trop longue.
Que de tentatives n’a-t-elle pas faites pour procurer à de pauvres ouvrières un travail, suffisamment rémunérateur ! Toujours en avant, payant san cesse de sa personne et même de son argent, quand elle en avait.
Mais la passion dominante, la préoccupation de tous les instants était l’instruction populaire, donnée largement et gratuitement, donnée par elle.
Pour Mlle Louise Michel point de repos, à peine ses classes étaient-elles terminée pour les enfants, qu’elle s’occupait des adultes à instruire et à moraliser gratuitement sans aucune rétribution. […]
L’invasion Prussienne vint suspendre ces différents cours.
L’âme ardente et généreuse de Mlle Louise Michel l’entraîna à soulager d’une autre façon les classes pauvres et souffrantes, ou à leur être utile.
Elle s’occupa gratuitement des ambulances avec une activité et un dévouement tout patriotique ; elle se dévoua aux blessés… mais les actes de poltronnerie ou de couardise la révoltait ; c’est elle ou au moins l’une de celles qui sont allées à la mairie du 15e arr. à l’hôtel de ville demander des armes pour combattre à la place des lâches qui fuieraient [sic] devant l’ennemi. […]
Il ne nous reste plus qu’à parler de Mlle Louise Miche sous un autre point de vue qui est peu commun jusqu’à présent, la femme de Lettres. Presque tout ce qu’elle a écrit est resté à l’état de manuscrit. La passion pour l’instruction populaire avec la gratuité absolue l’a tellement absorbée qu’elle a négligé son talent d’écrivain, et son abnegation, son indifférence, même, pour tout ce qui est gloire et fortune, l’ont empêché de faire connaître ses œuvres. »

Sur la quatrième page, Théodore Jean Mauté recopie un extrait d’article du Figaro du 3 août 1871 (page 3) au sujet de l’incarcération de Louise Michel à la maison de correction de Versailles, aux côtés de ses camarades militantes. 


Père de Mathilde Mauté (épouse Verlaine), Théodore Jean Mauté de Fleurville (particule qu’il s’adjoint par coquetterie) était un rentier vivant de ses propriétés. Si les circonstances de la rencontre entre la famille Mauté et Louise Michel demeurent aujourd’hui inconnues, cette dernière fut très proche de la famille. Elle fut, à ce titre, l’une des rares personnes présentes au mariage de Paul et Mathilde, le 11 août 1870, en raison de la guerre franco-prussienne qui venait tout juste d’éclater.
Théodore Jean Mauté servit par ailleurs d’intermédiaire dans la correspondance entre la communarde et sa famille lorsqu’elle fut contrainte à la déportation en Nouvelle-Calédonie, de l’été 1873 au printemps 1880. Ce texte, aux allures de plaidoyer, peut être situé avec une quasi-certitude dans les années 1872-1873, au moment même où Louise Michel était incarcérée à la suite de ses activités de meneuse militante révolutionnaire pendant les événements de la Commune.
Lorsque Théodore Jean Mauté meurt, le 31 octobre 1887, Louise Michel est la première à venir rendre hommage à son « vieil ami ». Son adresse de la rue Nicolet — qui fut le premier logement parisien de Rimbaud — est revendue à la même époque.

Provenance :
Succession Mauté de Fleurville

Littérature :
Verlaine et les siens. Heures retrouvées. André Vial, Nizet, Paris, 1975

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