[STAËL] BROGLIE (de), Albertine (1797-1838)

Lettre autographe signée « Staël de Broglie » à Claire de Duras
S.l.n.d. [1er ou 2 fév. 1818], 1 p. 1/2 in-12°, à l’encre brune

« Mr de Rocca vient de succomber à la maladie et à la douleur, il n’a survécu que six mois à ma mère »

EUR 450,-
Fiche descriptive

[STAËL] BROGLIE (de), Albertine (1797-1838)

Lettre autographe signée « Staël de Broglie » à Claire de Duras
S.l.n.d. [1er ou 2 fév. 1818], 1 p. 1/2 in-12°, à l’encre brune sur papier vergé
Bris de cachet (fragment conservé)
Filigrane : « Van der Ley »
Adresse autographe sur la quatrième page : « Madame la Duchesse de Duras »
Très légères salissures, annotations typographiques à la mine de plomb

Touchante lettre d’Albertine de Broglie annonçant la mort d’Albert de Rocca, survenue six mois après celle de sa mère, Madame de Staël

Cette lettre est restée dans la succession de la duchesse de Duras jusqu’en 2013


« Vous apprendrez sans doute avec émotion, Madame, que Mr de Rocca vient de succomber à la maladie et à la douleur, il n’a survécu que six mois à ma mère. Il me priait de ne pas vivre et nous n’avons pas le droit de murmurer si ses souhaits ont été accomplis. Mais je suis pourtant profondément accablée de cet événement. Le charme de son caractère et la sympathie de ses sentiments avec moi étaient une grande douceur qui m’est encore ôtée. Je me sens le besoin de réclamer en faveur de mon frère Auguste-Louis de Staël-Holstein [né, tout comme Albertine, du premier mariage de Germaine Necker avec Erik Magnus Staël von Holstein] et et de son fils, orphelin comme moi aujourd’hui, une partie de cet intérêt que vous témoignez aux malheureux et qui leur est si précieux. Agréez Madame l’assurance de mon dévouement respectueux. 
Staël de Broglie »


Germaine de Staël épouse Albert de Rocca, de vingt-deux ans son cadet, en secondes noces, au château de Coppet, au printemps 1811. Le jeune officier genevois n’a alors que vingt-trois ans. De cette union naît un fils, Louis Alphonse de Rocca, en 1812. Le crépuscule de leur vie à tous deux s’amorce au début de l’année 1817, lorsque Madame de Staël, frappée d’une hémorragie cérébrale, finit par s’éteindre le 14 juillet de la même année, laissant un mari rongé par la tuberculose, et qui devait s’éteindre six mois après son illustre femme. On se souvient du terrible portrait que Chateaubriand fit d’Albert de Rocca et de Germaine de Staël lors de sa dernière visite parisienne au couple, au printemps 1817 :
« Son beau regard me rencontra dans les ténèbres, et elle me dit : ‘Bonjour, my dear Francis. Je souffre, mais cela ne m’empêche pas de vous aimer.’ Elle étendit sa main que je pressai et baisai. « En relevant la tête, j’aperçus au bord opposé de la couche, dans la ruelle, quelque chose qui se levait blanc et maigre : c’était M. de Rocca, le visage défait, les joues creuses, les yeux brouillés, le teint indéfinissable ; il se mourait ; je ne l’avais jamais vu, et ne l’ai jamais revu. Il n’ouvrit pas la bouche ; il s’inclina, en passant devant moi ; on n’entendait point le bruit de ses pas : il s’éloigna à la manière d’une ombre. Arrêtée un moment à la porte, la nueuse idole frôlant les doigts se retourna vers le lit pour ajourner madame de Staël. Ces deux spectres qui se regardaient en silence, l’un debout et pâle, l’autre assis et coloré d’un sang prêt à redescendre et à se glacer au cœur, faisaient frissonner. » (Mémoires d’outre-tombe, livre XI, t. 4, éd. Ganier, 1910, p. 462)

Provenance :
PBA – La duchesse de Duras et ses amis, 24 oct. 2013, n°223

Cette lettre semble inédite

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