COCTEAU, Jean (1889-1963)

Poème autographe : « Mystères de Vénus et des fusiliers marins »
S.l.n.d. [c. 1917-1920], 1 p. in-folio

« En rose marine : l’oursin / Mouillé, salé, rose déclose / Qui pardonne à son assassin »

EUR 950,-
Fiche descriptive

COCTEAU, Jean (1889-1963)

Poème autographe : « Mystères de Vénus et des fusiliers marins »
S.l.n.d. [c. 1917-1920], 1 p. in-folio
Légères fentes à la pliure centrale et aux marges
Plusieurs mots caviardés par Cocteau

Seul manuscrit connu de ce très beau poème aux allusions érotiques ambivalentes, longtemps resté inédit


« 1.
Jalouse de vos cous, cygnes
Une Léda sachant nager
Lève l’austère consigne
Et tire qui sera mangé

Tant que le ciel de lit chaste
Vous retombe dans le dos
Léda blanche chienne en chasse
Fait l’amour au bord de l’eau

La folle, un pompon à sa toque
Se détourne complaisamment
Et pour un caprice équivoque
Cherche le cou de son amant

Vite se transforme la rose
En rose marine : l’oursin
Mouillé, salé, rose déclose
Qui pardonne à son assassin

2. 
Sur vos maisons que le vent berce
La mémoire qui vous aida
Au feu des rampes et des herses
Veut encore applaudir Léda

Où sont les Bretonnes promises ?
L’océan vous trouve trop beaux
Les voiliers levant leurs chemises
Montrent d’agréables tombeaux

Car c’est elle Léda, c’est elle
Dépouillant d’Icare les reins
Et tuant le cygne marin
Qui se dévore avec son aile

3. 
Jadis plongeant pour quelques sous
Le mousse dans le sommeil plonge
Car il cherche à voir par dessous
Les cartes postales du songe

C’est encore vous veuve Léda
Cantatrice, vieille gredine
Qui jouez un rôle d’ondine
Pour les élèves du Borda

On vous dénonce : Prompte à naître !
Vénus et son rire enfantin
De reine, à toutes les fenêtres
Que la mer ouvre le matin

D’avoir entre vos nobles cuisses
Senti la flamme d’un glacier
Fondre comme au soleil de Suisse
Se peut-il que vous rougissiez

Non. Je perce votre mystère
Nos marins abandonnent l’eau
Léda de l’onde les oiseaux
Vous conviennent mieux sur la terre. »


Dans son édition des Cahiers de L’Herne consacrée au poète, David Gullentops souligne que ce poème appartient à la même période d’écriture que le texte éponyme « Mystères de Vénus et des fusiliers marins », publié dans L’Œuf dur en 1923 (OPC, Pléiade, p. 1508-1509). Notons toutefois le repentir de Cocteau en tête du présent manuscrit, qu’il avait initialement titré « Le Tombeau de Vénus et des fusiliers marins », avant de s’en raviser. Si ce poème n’est ni un premier jet ni une variante de celui publié dans L’Œuf dur, les deux textes évoquent néanmoins la période où Cocteau partageait le sort des fusiliers marins sur le front belge, à Nieuport, en 1916. À ceci près que le présent poème constitue l’amorce d’une poésie érotique codée, caractéristique du recueil Vocabulaire. En témoigne le motif de l’oursin, rose marine tour à tour close et déclose, tour à tour masculine et féminine, particulièrement susceptible de traduire la thématique de l’ambivalence sexuelle (David Gullentops, Cahiers Cocteau). Cocteau reprendra d’ailleurs le motif de l’oursin dans ses fresques de la villa Santo Sospir, à Saint-Jean-Cap-Ferrat, et de la chapelle de Villefranche-sur-Mer.

Provenance :
Librairie Bernard Loliée

Bibliographie :
Cocteau, Cahiers de L’Herne, (dir. David Gullentops), 2016, p. 6 et 7

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