COCTEAU, Jean (1889-1963)

Manuscrit autographe signé pour Bacchus
[Saint-Jean-Cap-Ferrat, c. 1951], 167 p. in-folio et in-4°

Manuscrit préparatoire pour Bacchus, la pièce la plus ambitieuse de Cocteau, qui fit scandale

EUR 12.500,-
Fiche descriptive

COCTEAU, Jean (1889-1963)

Manuscrit autographe signé sur la page titre pour Bacchus
[Saint-Jean-Cap-Ferrat, c. 1951], 167 p. in-folio et in-4°, écrites au recto seul, sur papier ivoire
À l’encre majoritairement bleue et rouge, quelques feuillets sont rédigés à la mine de plomb
Très nombreuses ratures, caviardages, corrections, ajouts et surcharges, le tout de la main de Cocteau

DOSSIER PRÉPARATOIRE POUR BACCHUS, LA PIÈCE LA PLUS AMBITIEUSE DU POÈTE, QUI FIT SCANDALE

UN MANUSCRIT CAPITAL, AU CŒUR DU PROCESSUS CRÉATIF DE COCTEAU


Précédé de trois feuillets non foliotés, le feuillet-titre est enrichi d’un double envoi à Francine Weisweiller : « À Francine, À bord de l’Orphée II [le yacht de Francine Weisweiller] », puis  « À Francine, qui pense avec son cœur Jean. Noël 1951. » 
S’ensuit la liste des personnages, ainsi qu’une notice introductive situant la première scène. À cela s’ajoute une très intéressante note autographe de l’auteur, datée du et rédigée chez lui dans sa villa de Santo Sospir, le 3 avril 1951. Apprenant que Jean-Paul Sartre travaille sur un sujet semblable, Cocteau s’inquiète et prend l’initiative d’une rencontre. Les deux écrivains déjeunent ensemble à Antibes, au début d’avril 1951. Cocteau en repart rassuré sur l’originalité de son propos comme sur celle de son intrigue : « Il y a bien des années que je voulais traiter ce sujet. J’avais d’abord pensé au film. Je me rends compte, à l’étude, que le cadre fixe du théâtre convenait mieux et que le Bacchus exigeait de longues scènes […]. C’est à St-Jean-Cap-Ferrat où je me documentais sur Luther que j’appris par un coupe de téléphone de Jean Marais qui le tenait de Maria Casarès, que Sartre traitait à St-Tropez d’un sujet analogue. Les rencontres ne sont pas rares, mais peu de personnes connaissent ces ondes qui circulent et que plusieurs personnes enregistrent. Le 3 avril, un téléphone d’Anne-Marie Cazalis me confirmait la nouvelle et m’apprenait que mon sujet était encore plus proche du sujet de Sartre que je l’avais cru d’abord. Après rencontre avec Sartre, nous décidâmes de ne reculer ni l’un ni l’autre et d’en user comme à l’époque où les poètes s’inspiraient tous ensemble des même mythes grecs […] Et, de même que Sartre m’avait offert le manuscrit des Mains Sales le soir de la première de cette pièce – je lui dédie la mienne. »
On connaît un autre manuscrit préparatoire de la pièce, enrichi de plusieurs dessins, provenant également de Francine Weisweiller.

Collation :
Acte I : 16 f. [scènes 1 et 2] en format in-folio, détachés d’un cahier à spirale
Acte I : 42 f., [scènes 3 à 8] en format in-folio, détachés d’un cahier à spirale
Acte II : 45 f., en format in-folio et in-4°; pagination discontinue
Acte III : 48 f. en format in-4°, pagination discontinue, avec chemise-titre

« Cette pièce est sans doute une de mes meilleures œuvres théâtrales » (Jean Cocteau)
L’intrigue se situe en Allemagne, en l’an 1523, où la lutte politico-religieuse met l’individu face à un choix exclusif entre la jeune Réforme protestante, emmenée par Martin Luther, et la puissante Église catholique inquiétée par les réels succès luthériens. Quand la pièce est créée le 20 décembre au Théâtre Marigny par la compagnie Renaud-Barrault, les critiques ne se privent pas d’insinuer que Cocteau s’est inspiré de la pièce de Sartre, au mépris de la chronologie, comme le titre déposé en 1946. Par ailleurs, Barrault ne programme pas Bacchus dans sa tournée nationale (s’en tenant seulement à la capitale). La pièce est un demi-succès sur la scène française, ce dont Cocteau semble ne s’être jamais remis. Ce furent au total trente-deux représentations pour un texte qui lui avait demandé de si savantes lectures et coûté tant de peine (pièce, costumes, décor, mise en scène tout étant de lui).

Abondamment corrigé, ce manuscrit présente d’innombrables variantes avec la version imprimée :
À titre d’exemple, dans l’acte I, on retrouve cet anachronisme que Cocteau a finalement décidé de supprimer : « Hélas, les événements ne sont pas si simples. Les revendications ouvrières deviennent inadmissibles. » Acte II, scène 6, un long échange entre Hans et le cardinal, sur le bonheur, la chasteté et la guerre, a disparu dans la version imprimée, remplacée par cette simple annotation : « Court silence. » Acte III, scène 5, Cocteau a atténué l’anticléricalisme de la pièce, caviardant une partie de la phrase : « La cause des hommes libres finira peut-être par vaincre le Diable, qui se déguise en bon Dieu, en pape ou en moine rebelle » pour ne finalement garder que « en moine rebelle. »
Enfin, la toute dernière scène, après la mort de Hans, est particulièrement retravaillée par Cocteau ; entre autres répliques supprimées, à l’évêque qui menaçait Christine : « Nous avons les couvents pour apaiser les vierges folles. », ce à quoi elle répliquait : « Je ne suis ni vierge ni folle. »

La pièce du scandale :
« L’affaire Bacchus » constitue un sommet d’agressivité dans la relation entre Mauriac et Cocteau. La représentation du 28 décembre au théâtre Marigny est particulièrement mouvementé. Sorti avant la fin de la représentation, le très catholique Mauriac, choqué par quelques répliques qu’il jugeait blasphématoires, fait paraître dès le lendemain une critique assassine dans Le Figaro littéraire. Celui-ci accuse Cocteau d’avoir voulu ridiculiser dans sa pièce une Église catholique dont il avait suffisamment connu et estimé quelques représentants de valeur au moment de sa conversion en 1925 pour savoir qu’elle portait aussi des fruits admirables : « tu as voulu que l’Église catholique s’incarnât dans un évêque bouffon, dans un cardinal politique, pire à mes yeux que le bouffon. Ta moquerie, à travers eux, atteint l’Église dans son âme. » Mauriac réduit le talent de Cocteau à un don d’imitation : Bacchus devient un nouveau tour de ce « numéro » de Cocteau auquel il assiste depuis « près d’un demi-siècle ». Abasourdi mais combatif, Cocteau répliquera par voie de presse dans France-Soir par un article intitulé « Je t’accuse », sous la forme d’une litanie d’accusation : « Je t’accuse, en portant le fer sur le terrain de l’adversaire, d’être un juge avec une tendresse secrète pour l’accusé. On est l’un ou les autres. Et je t’accuse de vouloir être l’un dans tes articles et les autres dans tes romans […] « Je t’accuse de ne respecter qu’une seule tradition de la France. Celle qui consiste à tuer ses poètes. » 

Provenance :
Francine Weisweiller, l’une de ses plus proches et fidèles amies, qui souvent séjourna dans la villa du poète à Saint-Jean-Cap-Ferrat

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