BRASSENS, Georges (1921-1981)

Manuscrit autographe pour Les Trompettes de la renommée 
S.l.n.d. [c. 1976], 4 p. in-folio oblongues (30 x 40 cm) à petits carreaux, au feutre noir

« Si je publie des noms combien de Pénélopes / Passeront illico pour de fieffées salopes… »

EUR 25.000,-
Fiche descriptive

BRASSENS, Georges (1921-1981)

Manuscrit autographe pour Les Trompettes de la renommée
S.l.n.d. [c. 1976], 4 p. in-folio oblongues (30 x 40 cm) à petits carreaux, au feutre noir
Foliotation de la main de Brassens pour chaque couplet, hormis le septième, d’une autre main
Un repentir de la main de Brassens sur un mot du premier couplet
Manque le troisième couplet, Brassens n’a pas non plus recopié les refrains

Les Trompettes de la renommée ou la satire des mécanismes de la notoriété

Précieuse mise au propre de la chanson titre de son album paru en 1962

L’un de ses textes les plus aboutis, emblématique de l’âge d’or de la chanson française, censuré des ondes par la Maison de la Radio lors de sa sortie


Les Trompettes de la renommée paraît sous le label Philips en décembre 1962, sur l’album du même nom. Guitare en main, Georges Brassens est, pour l’enregistrement studio, accompagné de Barthélémy Rosso à la guitare soliste et de Pierre Nicolas à la contrebasse.
Le présent manuscrit constitue une mise au propre, en recto seul, quasi complète de la chanson, qui a servi peut-être de prompteur à Georges Brassens (accompagné du guitariste Joël Favreau) lors de l’émission Numéro Un, présentée par son ami Marcel Amont le 10 janvier 1976. Filmé en plan rapproché, le regard parfois coquin au gré des paroles, Brassens fixe un point immobile, laissant supposer la présence d’un souffleur retirant les feuillets au fur et à mesure de l’interprétation. Cette hypothèse est par ailleurs renforcée par une forme d’auto-censure de Brassens lui-même (ou lui a-t-on imposé ?) sur le troisième couplet, qu’il n’interprète pas lors de l’émission.

La portée contemporaine de ce texte résonne avec une époque déjà marquée par un recul progressif de la pudeur et l’exposition de soi. Sous des dehors comiques, le texte développe en réalité une critique grave de la célébrité. Brassens y met en scène un artiste refusant de céder à cette logique promotionnelle, au risque de sombrer dans l’oubli, tandis que la société médiatique contemporaine érige l’indécence et la révélation de l’intime en normes.
« Si je publie des noms combien de Pénélopes / Passeront illico pour de fieffées salopes… » : En évoquant la possibilité de « publier des noms », le locuteur souligne ici le pouvoir destructeur de la parole publique, capable de transformer des figures de fidélité, symbolisées par les « Pénélopes », en objets de discrédit moral. Brassens critique ainsi une logique médiatique où la divulgation de l’intime devient un instrument de notoriété, au prix d’une dégradation des réputations. Il accuse cette mise en spectacle permanente des individus, vivants comme morts, où la confession publique devient un outil de valorisation, souvent au détriment du talent lui-même.
Un couplet particulièrement imagé, relevant d’une grivoiserie assumée et s’inscrivant dans la tradition des chansons paillardes, évoque les « morpions » en les associant à une relation impliquant une dame de haute noblesse, renforçant ainsi l’effet de contraste et de transgression sociale.
L’avant-dernier couplet pouvait, à juste titre, heurter la sensibilité du bureau de censure de la Maison de la Radio, dans un contexte où, au tournant des années 1960, le général Charles de Gaulle concevait l’audiovisuel public comme « la voix de la France » : « Sonneraient-ell’s plus fort, ces divines trompettes, / Si, comm’ tout un chacun, j’étais un peu tapette ». Cette provocation relève néanmoins d’un registre satirique caractéristique de Georges Brassens, qui étendait volontiers sa verve à l’ensemble des catégories sociales : flics, militaires, curés, putains, journalistes, bourgeois, étudiantsL’anecdote selon laquelle il s’abstint d’interpréter ce couplet en présence de Charles Trenet témoigne d’ailleurs d’une certaine délicatesse personnelle.

Véritable chef-d’œuvre de son répertoire, Les Trompettes de la renommée condensent l’essentiel de l’esthétique créatrice de Brassens.

Census : Aucun manuscrit de cette chanson ne figure dans les fonds d’archives de la ville de Sète. Jérôme Arnoult ne recense qu’un seul autre manuscrit de cette œuvre.

Provenance : Succession Sophie Duvernoy (1930-2025)
Figure discrète mais essentielle de l’entourage de Georges Brassens, Sophie Duvernoy entre à son service en 1969, après avoir travaillé chez le dessinateur Raymond Peynet. Elle l’appelait « le bon maître », surnom que Georges Brassens lui avait lui-même suggéré, non sans malice, lors de leur rencontre. Originaire de Pologne et de neuf ans la cadette du chanteur, elle est recrutée presque fortuitement par ce dernier lorsque Peynet part s’installer dans le Sud. Brassens vit alors dans l’immeuble Le Méridien, rue Émile Dubois, aux côtés de voisins et amis tels que Jacques Brel. Dès lors, Sophie accompagne Brassens dans son installation rue Santos-Dumont et s’impose rapidement comme une présence stable dans un environnement marqué par les visites d’amis et du monde artistique. Se dessine ainsi une relation fondée sur la confiance et la complémentarité entre deux tempéraments réservés.
Au cœur de cet espace domestique devenu lieu de création, Sophie Duvernoy assume un rôle central, veillant à préserver les conditions nécessaires au travail du poète sétois. Gardienne du silence, responsable de l’intendance et des échanges avec l’extérieur, elle évolue au plus près du processus créatif de Brassens sans jamais en troubler l’équilibre. Sa proximité se manifeste également par une participation ponctuelle à son œuvre. En effet, elle prend part au chœur des copains (avec notamment Claudine Caillart, Fred Mella, Joël Favreau, Pierre Nicolas, André Tavernier…) dans deux chansons, Tempête dans un bénitier et Le Roi. Après la mort de son « bon maître », elle vit dans un appartement acquis par ce dernier et dont il lui avait garanti l’usage à vie, témoignant ainsi de la place singulière qu’elle occupa, à la fois dans son quotidien et à proximité immédiate de sa création artistique.

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