BRASSENS, Georges (1921-1981)

Manuscrit autographe de deux chanson : Fernande et Le Roi
S.l.n.d., 2 p. grand in-4° en recto-verso, à l’encre verte

« Il y a peu de chances qu’on / Détrône le roi des cons »

EUR 18.000,-
Fiche descriptive

BRASSENS, Georges (1921-1981)

Deux manuscrits autographes : Fernande et Le Roi
S.l.n.d., 2 p. grand in-4° à petits carreaux, en recto-verso, à l’encre verte
Petites taches et décharges d’encre sans gravité, trois mots caviardé au stylo bille bleu, fente en marge inférieure

Fernande et Le Roi : Précieux manuscrit de deux titres majeurs du répertoire de Brassens, soigneusement mis au propre

« C’est cette mâle ritournelle / Cette antienne virile / Qui retentit dans la guérite / De la vaillante sentinelle »


Fernande, genèse d’un texte mythique : En villégiature dans sa maison de Lézardrieux, c’est en allant à Paimpol pour rendre visite à son vieil ami Michel Le Bonniec (neveu de Jeanne Le Bonniec-Planche, figure elle-même célébrée dans son œuvre) que Brassens imagine le refrain de Fernande, qu’il improvise aussitôt, ravi de sa trouvaille. Arrivé chez son ami, il entre dans la boutique en le chantant, offrant même – selon la légende – à une cliente, en train d’essayer des chaussures, la primeur de cette création.
La chanson repose sur une série de figures et de mises en scène (gardien de phare, séminariste, sentinelle, Soldat inconnu) qui associent univers masculins, verticalité symbolique et possibles connotations phalliques, tout en jouant sur des contrastes ironiques entre sacré et charnel. Dans une construction cyclique, Brassens articule humour, provocation et réflexion implicite sur les représentations du désir masculin.

Le Roi : Fidèle à son registre sémantique basé sur l’ironie mordante, Brassens use sans détour de l’hyperbole, parfois injurieuse. À travers la métaphore monarchique, le poète élabore son récit dont la stabilité repose non sur une légitimité politique, mais sur la permanence de la « connerie » humaine. Ainsi, lorsque le texte affirme que cette dynastie « n’est pas bâtie sur du sable », il fait du « roi des cons » non le plus sot des hommes, mais le bénéficiaire d’un ordre collectif durable, garanti par la docilité universelle : « tout le monde le suit, docile ». Il renforce son propos en suggérant des renversements politiques possibles : « qu’on déloge le shah d’Iran », « qu’on congédie le vieux Franco », « que la couronne d’Angleterre […] roule par terre »
Brassens propose une satire désabusée du politique : derrière la diversité des régimes et des figures d’autorité, c’est la continuité de la bêtise collective qui assure, de manière implicite, la pérennité de toute forme de domination.

Fernande demeure aujourd’hui le texte paillard par excellence dans le répertoire musical de Georges Brassens. La chanson, de même que Le Roi, figure sur l’album éponyme, paru en 1972 sous le label Philips. Celui-ci est certifié disque d’or en 1976 avec 100 000 exemplaires écoulés, puis disque de platine en 1980 pour 400 000 exemplaires.

Brassens fait ici une mise au propre de ses deux chansons, soigneusement calligraphiés à l’encre verte. Était-ce un feuillet qu’il tenait en main pour un enregistrement studio ? Hypothèse envisageable compte tenu que le poète s’abstient d’écrire le refrain pour Fernande, tandis qu’il rédige l’incipit pour Le Roi : « Mais il y a ».

Jérôme Arnoult a recensé jusqu’à cinq manuscrits autographes pour chacune des deux chansons. Deux versions de Fernande (inv. M004-01 et M004-02) et une du Roi (inv. M064) sont aujourd’hui conservées à l’Espace Brassens de Sète.

Provenance : Succession Sophie Duvernoy (1930-2025)
Figure discrète mais essentielle de l’entourage de Georges Brassens, Sophie Duvernoy entre à son service en 1969, après avoir travaillé chez le dessinateur Raymond Peynet. Elle l’appelait « le bon maître », surnom que Georges Brassens lui avait lui-même suggéré, non sans malice, lors de leur rencontre. Originaire de Pologne et de neuf ans la cadette du chanteur, elle est recrutée presque fortuitement par ce dernier lorsque Peynet part s’installer dans le Sud. Brassens vit alors dans l’immeuble Le Méridien, rue Émile Dubois, aux côtés de voisins et amis tels que Jacques Brel. Dès lors, Sophie accompagne Brassens dans son installation rue Santos-Dumont et s’impose rapidement comme une présence stable dans un environnement marqué par les visites d’amis et du monde artistique. Se dessine ainsi une relation fondée sur la confiance et la complémentarité entre deux tempéraments réservés.
Au cœur de cet espace domestique devenu lieu de création, Sophie Duvernoy assume un rôle central, veillant à préserver les conditions nécessaires au travail du poète sétois. Gardienne du silence, responsable de l’intendance et des échanges avec l’extérieur, elle évolue au plus près du processus créatif de Brassens sans jamais en troubler l’équilibre. Sa proximité se manifeste également par une participation ponctuelle à son œuvre. En effet, elle prend part au chœur des copains (avec notamment Claudine Caillart, Fred Mella, Joël Favreau, Pierre Nicolas, André Tavernier…) dans deux chansons, Tempête dans un bénitier et Le Roi. Après la mort de son « bon maître », elle vit dans un appartement acquis par ce dernier et dont il lui avait garanti l’usage à vie, témoignant ainsi de la place singulière qu’elle occupa, à la fois dans son quotidien et à proximité immédiate de sa création artistique.

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