Prenez une longueur d’avance
Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir nos nouveautés et annonces importantes.
En vous abonnant, vous acceptez notre politique de confidentialité. Désabonnez-vous à tout moment.
Lettre autographe signée « Gabriel Matzneff » à Jean le Marchand
Paris, 1er avril 1974, 2 p. in-8° au feutre noir sur papier filigrané
« Si dans ce livre mon écriture est discontinue, morcelée, éclatée, c’est que pour un tel sujet il ne pouvait en être autrement »
Lettre autographe signée « Gabriel Matzneff » au journaliste et critique littéraire Jean le Marchand
Paris, 1er avril 1974, 2 p. in-8° au feutre noir sur papier filigrané
Enveloppe autographe jointe, timbrée et oblitérée
Belle lettre littéraire de l’écrivain, livrant une analyse détaillée de son roman Isaïe réjouis-toi et de ses inspirations littéraires
« J’admire fort Balzac, Dostoïevski et Flaubert sont les dieux de mon adolescence »
« Cher Jean le Marchand,
Merci de l’article, si sensible, que vous avez consacré à Isaïe réjouis-toi dans Le Quotidien du médecin.
Vous avez raison, si dans ce livre mon écriture est discontinue, morcelée, éclatée, c’est que pour un tel sujet il ne pouvait en être autrement, c’est que je ne pouvais écrire cette histoire autrement.
En ce qui regarde la ‘trahison’ de Véro, si Nil réagit si mal, c’est surtout, me semble-t-il, parce qu’il est, lui aussi, très amoureux du petit Anthony, et qu’il devient comme fou à l’idée d’être exclu, rejeté. Si Véro l’avait ‘trompé’ avec un inconnu, un indifférent, il n’aurait assurément pas réagi à ses mensonges de la même façon, il n’aurait assurément pas divorcé. Quant à son absence d’aumône, c’est vrai, mais la souffrance laisse peu de place à l’aumône, il me semble.
Un seul point où je sursaute : d’où tenez-vous que je n’ai pas de considération pour le roman ? J’admire fort Balzac, Dostoïevski et Flaubert sont les dieux de mon adolescence, j’ai une passion pour Thomas Mann, pour Alexandre Dumas, je suis un grand lecteur de Miller et de Kerouac (il est vrai que ces deux derniers ne sont pas des romanciers au sens ‘classique’ du terme), et si, c’est vrai, je lis peu de romans, c’est que je lis, en général, peu de livres. J’aime mieux le cinéma. Merci encore et bien sincèrement vôtre
Gabriel Matzneff
P.S. L’autre jour, chez Henriette Gröll, je voulais vous parler, mais comme je suis plutôt timide, je n’ai pas osé vous aborder. »
Aux origines d’un cycle romanesque autobiographique : roman autobiographique paru en 1974 aux éditions de la Table ronde, Isaïe réjouis-toi s’inscrit dans un cycle romanesque de Matzneff dans lequel figure Nil Kolytcheff, alter ego de l’écrivain. Tatiana Scherbatcheff, que Matzneff avait épousée en 1970 (pour en divorcer en 1973), apparaît quant à elle sous les traits de Véronique. Le roman explore la tension entre l’idéal chrétien-orthodoxe du mariage et la réalité destructrice d’une passion conjugale minée par la jalousie et la trahison. L’intrusion d’un tiers, Anthony, jeune étudiant anglais âgé de seize ans dont Véro tombe amoureuse (bientôt suivie de Nil), plonge le couple dans une crise et pose la question de la fidélité, de la possession amoureuse et de la foi religieuse du narrateur.
Provenance :
Jean le Marchand, puis coll. particulière