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Deux lettres et manuscrits enrichis de dessins originaux, à Etienne Martin
Paris, décembre 1881 et 1888, en tout 11 p. petit in-8°
« Tu me feras le plaisir de brûler ces croquis »
Corpus de deux lettres et manuscrits illustrés de dessins originaux
Paris, décembre 1881 et 1888, en tout 11 p. petit in-8° à l’encre noire
Sur papier vergé, filigrane à couronne : « Paris Louvre Note Paper »
Très bon état, hormis quelques discrètes réparations, anciennes traces de montage et légères transparences par endroits
Intéressant corpus inédit de lettres et croquis du jeune Alexis Vollon, âgé de seulement 16 ans
Dans la première lettre, adressée à son ami Étienne Martin, Vollon enrichit son texte de nombreux dessins animaliers finement exécutés :
Paris, 16 déc. 1881 : « Mon cher Etienne, Je te gâte ! Je t’écris avec de l’encre bouillante qui a séjourné sur le poële toute la journée. Nous avons vu Monsieur Martin hier soir [le père du correspondant]. Ça nous a fait un plaisir énorme d’avoir de vos nouvelles toutes fraîches » Il s’amuse d’avoir déchiffré trop facilement la lettre envoyée par son ami, ce dernier l’avait écrite à l’envers, Vollon dit connaître « beaucoup de trucs, et j’ai trouvé de suite de lire dans la glace ». Il l’affuble à de nombreuses reprises du sobriquet « Banjo » et dit être « plongé dans la photographie, mais je ne lâche pas pour cela l’électricité. Chez Duval il y a un petit chien blanc, un peu gros, qui est joliment Banjo […] Il s’appelle, devine comment… il s’appelle Robis. » Puis il évoque les habitudes du chien, ses manies, le décrit en détail, puis le croque à plusieurs reprises sur diverses pages de la lettre. Au verso de la dernière page, abondamment augmentée de dessin, Vollon ajoute pour finir : « tu me feras le plaisir de brûler ces croquis, quand tu les auras vus, parce que ça me ferait honte qu’un autre que toi les voit. Je me garde bien de ne pas les montrer à papa. »
De l’ensemble des dessins et croquis transparaît un indiscutable talent pour un jeune homme de 16 ans, futur artiste reconnu de son temps. Il s’agit ici très certainement des toutes premières études connues de Vollon.
Dans une seconde et longue lettre, vraisemblablement datée de la fin de l’année 1888, Vollon s’adresse à l’aquarelliste Paul Martin (1830-1903), avec toute la déférence qui s’impose.
[Paris], rue Rochechouart 67, 4 p. in-8° à l’encre noire :
Il tente de relativiser l’échec d’Étienne à l’accession de la société des XXXIII, sérail de jeunes artistes nouvellement créé. Sans doute membre lui-même, Vollon se trouve embarrassé vis-à-vis du père de son ami : « Je viens donc vous dire, mon cher Monsieur Martin, de ne pas vous inquiéter davantage, et surtout de ne pas vous tourmenter si le nom d’Étienne n’a pas été choisi. D’abord parce que la société des XXXIII, toute nouvelle, composée absolument, sinon de jeunes gens, de jeunes artistes, pour la plupart, n’ayant pas encore de nom, n’a encore aucune importance. Ensuite, parce que cinq membres de la société ayant donné leur démission, on a dû choisir leurs remplaçants dans une liste d’au moins quarante noms de peintres qui demandaient à faire partie de la société. Il m’était donc, comme vous pouvez le voir, assez difficile d’en faire recevoir Étienne, étant tout seul pour le présenter et le recommander. Tandis que les autres candidats étaient pistonnés par la plupart des exposants de cette année […] Je vais maintenant répondre aux questions que vous me faites :
La société se fonde avec un bail passé avec Mr Georges Petit [grand galeriste parisien et concurrent de Durand-Ruel] pour trois ans […] Bien des choses affectueuses pour moi, à Banjo, Madame Madeleine…
Alexis Vollon »
Alexis Vollon se forme auprès de son père, Antoine Vollon, dont il hérite le goût pour une peinture riche en couleurs. Émergeant à l’époque des impressionnistes, il en partage certains sujets tout en veillant à préserver les qualités de coloriste transmises par son maître. Au fil de sa carrière, il explore des registres variés : scènes de genre, épisodes inspirés de la Comédie Italienne, portraits, paysages ou encore marines. Il pratique également la gravure, avec une prédilection pour l’eau-forte. Le portrait occupe toutefois une place centrale dans son œuvre, notamment à travers le pastel, technique dans laquelle il développe une manière personnelle et reconnue. Entre 1880 et 1901, il présente régulièrement au Salon des Artistes Français des vues maritimes représentant Mers-les-Bains ou le port du Tréport. Sa première exposition personnelle se tient en 1884 à la galerie des Artistes Modernes, à Paris. Dès l’année suivante, il débute au Salon des Artistes Français et reçoit une mention honorable.
Fils unique de l’aquarelliste Paul Martin, Étienne Martin reçoit d’abord l’enseignement de son père avant de s’orienter vers la peinture à l’huile. Il se forme ensuite auprès d’Antoine Vollon, figure majeure de la peinture provençale, par l’intermédiaire duquel il fait la connaissance d’Alexis Vollon, plus jeune que lui d’une dizaine d’années. Tout au long de sa carrière, il demeure fidèle aux principes artistiques de ce maître dont il se revendique l’élève, allant jusqu’à lui consacrer une biographie afin de prolonger et de transmettre son héritage.
Provenance :
Coll. particulière