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Lettre autographe signée « Aragon » à Henri Droguet
S.l., 23 nov. [19]70, 1 p. 1/2 in-4° à l’encre bleue
« J’aurai chez moi pour une quinzaine un illustre et encombrant personnage que j’aime bien… Pardonnez ces cachotteries »
Lettre autographe signée « Aragon » à Henri Droguet
[Paris], 23 nov. [19]70, 1 p. 1/2 in-4° à l’encre bleue
Très légères décharges d’encre
Publication dans Les Lettres Françaises, venue prochaine de Rostropovitch et rencontre avec son jeune poète
« Mon cher Droguet,
J’ai bien reçu votre mot, mais déjà trop tard pour la correction dans le n° suivant des Lettres [Françaises]*. Après ça, malgré la tristesse que ça m ‘a fait, ces fautes, autant pour moi que pour vous, mettre une rectification quand personne (après 15 jours) n’a plus le journal sous le nez… hein ? j’ai hésité, et puis il y avait aussi Marc Delouze mal traité à quatre ou cinq endroits… [Marc Delouze puble l’année suivante son premier recueil, Souvenirs de la Maison des Mots, avec une préface de Louis Aragon] Enfin, vous me (vous nous) pardonnerez. Tout ce que je regrette c’est de ne pas, je l’avoue, avoir corrigé moi même vos épreuves, mais à peine ai-je pu le faire pour deux poètes et demi…
Bon. Cahour [Michel Cahour, autre jeune poète qu’Aragon publia simultanément avec Droguet dans Les Lettres Française] et sa femme sont venus me voir, on a parlé de vous. Si un jour vous faites un saut à Paris, prévenez-moi, on pourrait se voir, je vous mènerai chez moi à la campagne, par exemple. Sinon, peut-être qu’un jour, moi, j’irai dans vos parages.
J’ai un vague projet pour Noël, avoir chez moi la foule de mes poètes, qu’en dites-vous ? Une chose d’ailleurs n’empêcherait pas l’autre. Je ne vous fixe pas de date, je puis presque toujours me rendre disponible, mais la première partie de décembre (enfin après le 7) j’aurai chez moi pour une quinzaine un illustre et encombrant personnage que j’aime bien** […] Pardonnez ces cachotteries.
Cahour m’a dit que le titre que je vous avais mis ne vous a pas trop déplu : j’en suis content, je craignais un peu que ça vous semble de mauvais goût. C’est que je ne vous connais pas autrement que par l’encre, et c’est un état de fait que je serai heureux de faire cesser.
Amicalement, voulez-vous ?
Aragon »
Ainsi qu’il le confiait lui-même dans Aragon parle (Seghers), le poète n’a pu vivre de sa littérature « qu’à partir de 1959, c’est à dire à l’âge de soixante et un ans. Jusque-là, jamais. » Devenu directeur des Lettres françaises depuis 1953, Aragon met dès lors à contribution son immense notoriété littéraire pour promouvoir de nombreux jeunes poètes et écrivains dans le journal. Il permet ainsi à Henri Droguet (né en 1944) et Michel Cahour (né en 1940) d’y figurer, aux côtés de nombreux autres découvertes poétiques, au milieu d’auteurs consacrés comme Pablo Neruda, Eugène Guillevic ou Nicolas Guillen. Telle était la volonté d’Aragon d’intégrer une mixité dans la revue, entre autres chroniques littéraires et artistiques.
*Aragon fait en début de lettre allusion à « Sept poèmes pour vous faire plaisir » de son correspondant, publié dans Les Lettres Françaises le 11 novembre 1970.
**L’encombrant personnage est le violoncelliste Mstislav Rostropovitch, qui arrive le 7 décembre chez Aragon. Les Lettres Françaises du 23 au 29 décembre 1970 (n°1365) on publié aux pages 2 à 6 le Chant pour Slava d’Aragon accompagné de la note suivante : « Le 12 décembre 1970, à six heures passées du soir, Mstislav Rostropovitch joua pour Elsa Triolet la Sarabande de Bach, en présence de quatre personnes à Saint-Arnoult-en-Yvelines, sous les hêtres de la Villeneuve, devant le grand lit à deux places où je suis attendu. »
Bibliographie :
Recherches croisées Aragon / Elsa Triolet n°13, Presses Universitaires de Strasbourg, 2011, n°IV