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Lettre autographe signée « El viejo » à sa maîtresse Jeanne Schneider
[Prison de Fleury-Mérogis], 25 janv. [19]77, 2 p. in-4°
« Parfois j’enverrais tout le monde se faire foutre pour être totalement seul »
Lettre autographe signée « El viejo » à sa maîtresse Jeanne Schneider
[Prison de Fleury-Mérogis], 25 janv. [19]77, 2 p. in-4°
Adresse autographe de cellule au coin supérieur gauche
Légère transparence du papier par endroits
Tendre lettre de l’Ennemi public n°1, tentant de se faire pardonner après un parloir agité avec sa maîtresse, laissant néanmoins entrevoir son caractère explosif
« J’ai reçu mon réquisitoire sur les ‘hold ups’, rien de mauvais »
« Nanou d’amour,
Bonsoir madame Schneider… quelle agréable parloir… que du sourire (sic)… sincèrement on est un peu con… mais c’est la vie… il faut bien que de temps en temps je jette un peu d’ombre sur notre amour. Dire que tu ne saurai jamais ce qu’a provoqué mon brusque changement au parloir. Oh rien à te reprocher… mais je suis comme je suis et certainement pas celui que tu as connu il y a 8 ans [allusion à leurs braquages et enlèvements communs au Canada]… je veux dire celui que j’étais il y a 8 ans. Enfin notre parloir s’est bien terminé. Parfois j’enverrais tout le monde se faire foutre pour être totalement seul. J’espère que tu as bien compris le système du jeu. Tout les jours la même somme est ‘placée’. Vérifie toujours ton ticket pour la somme et pour le numéro du cheval. Il t’arrivera de perdre… mais en fin de mois tu seras toujours gagnante […] Cet après midi je faisais ma maquette et comme je pensais à notre ‘agréable parloir’… j’ai tout monté à l’envers… trois heures de boulot à recommencer… tu es heureuse (ma vache)… ça te venge un peu ! J’ai reçu mon réquisitoire sur les ‘hold ups’, rien de mauvais¹. […] La presse ne fait pas de cadeaux aux mecs de l’avenue de Breteuil… ils vont prendre dans les 18 à 20 ans, d’après moi². Une chose mon ange, au PMU, tu joues mais tu ne traînes pas, car c’est pas spécialement bien fréquenté et on pourrait te suivre pour savoir où tu demeures… pour te casser après ! vu que tu joues gros. OK. Voilà ‘Mademoiselle Jane’ (sic) j’espère que ce soir tu me fais une belle lettre où tu me dis que tu n’aimes pas que je t’engueule… et pourtant j’ai raison… comme toujours…
Bon, je te quitte en posant de doux bécots sur tout ce qui est toi. Bonne nuit chaton. El viejo.
La bise à la puce. »
1/ Le réquisitoire du procureur fait condamner Mesrine le 19 mai 1977 à 20 ans de prison pour vols à main armée, recel et port d’armes par la cour d’assises de Paris présidée par le juge Petit. Durant ce procès, il se produit une anecdote célèbre : il défait le nœud de sa cravate, en sort une petite clé, qu’il proclame être celle de ses menottes procurée par un gardien véreux, puis il la lance aux journalistes présents au tribunal, déclarant ainsi prouver la corruption de la police et de la justice.
2/ Allusion au hold-up du CIC de l’avenue de Breteuil à Paris par Mahmoud Philippe El Shennawy et Taleb Hadjadj, en septembre 1975. Mesrine voit juste, El Shennawy est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité avec Taleb Hadjadj, peine qui sera commuée en vingt années de réclusion criminelle. El Shennawy est libéré de prison, le 15 mars 1990.
Jacques Mesrine rencontre Jeanne Schneider en 1968. Elle est une call-girl, dont les souteneurs ont été abattus par Mesrine, selon ses dires. Après plusieurs larcins commis en Europe, ils fuient au Québec et poursuivent leurs activités criminelles. Ils passent plusieurs années en prison, et ce malgré l’acquittement du couple suite au meurtre d’Évelyne Le Bouthilier (patronne d’un motel à Percé où le couple Mesrine-Schneider avait résidé le soir de l’assassinat).
Rentrée en France pour purger sa peine à Fleury-Mérogis au début de 1973, Jeanne apprend que Mesrine vient d’être arrêté à Boulogne-Billancourt et condamné à 20 ans de prison. Les deux amants entretiennent dès lors une correspondance amoureuse. Fatiguée de cette vie de gangster, Jeanne Schneider fini par se ranger et rompre alors que lui est toujours en prison. Mesrine ne s’arrête pas, condamne avec acharnement ses conditions de détentions et s’évade. Il tombe sous les balles de la BRI après 16 mois de cavale, le 2 novembre 1979, à l’âge de 42 ans.
Provenance :
Succession Jeanne Schneider