COURBET, Gustave (1819-1877)

Lettre autographe signée « Gustave Courbet » à Louis Martinet
[Paris] « rue Hautefeuille 32 », s.d. [mai 1862 ?] 1 p. ¼ in-8°, à l’encre brune

« Je vous envoie un tableau pour l’ouverture de votre exposition »

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Fiche descriptive

COURBET, Gustave (1819-1877)

Lettre autographe signée « Gustave Courbet » à Louis Martinet
[Paris] « rue Hautefeuille 32 », s.d. [mai 1862 ?] 1 p. ¼ in-8°, à l’encre brune
Légère décharge d’encre sur la partie supérieure de la première page témoignant d’un pliage de Courbet alors que l’encre n’était pas encore sèche, trois mots caviardés par l’auteur
Timbre à sec « BATH » au coin supérieur gauche
Nous restituons la prose et la ponctuation de Courbet en l’état

Courbet donne ses directives pour l’exposition de ses œuvres, tableaux et sculpture, à la Société nationale des Beaux Arts

Lettre inédite, la seule aujourd’hui connue de Courbet adressée à Martinet


« Je vous envoie un tableau pour l’ouverture de votre exposition.
Un naufrage dans la neige (haut jura franche comté)
Vous avez à moi une tête de jeune fille (portrait) mettez la je vous prie.
de plus
Un essai de sculpture Le petit pêcheur de chabots des bords de la Loue Ornans fr.
[anche] comté
Statue en fonte de fer offerte par l’auteur a Ornans sa ville natal
[e]
[en marge :]
Gustave Courbet
rue haute feuille 32
[…] »


D’abord inspecteur dans l’administration des Beaux-Arts, Louis Martinet quitte ses fonctions pour ouvrir, en 1859, sa première galerie d’exposition permanente de peintures au 26, boulevard des Italiens, à Paris. Afin d’augmenter son crédit auprès des grands collectionneurs de l’époque, il s’associe à Théophile Gautier en 1862 pour fonder la même année et à la même adresse la Société nationale des Beaux Arts, dont « le principe […] est le droit d’auteur en peinture, – le profit légitime et équitable que l’artiste doit pouvoir tirer de l’exposition qui se fait de son œuvre » (Louis Martinet, dans son propos liminaire du Courrier artistique, 15 mars 1862).
Courbet se joint à Delacroix et Corot à l’appel du galeriste pour la toute première exposition de la Société, qui ouvre ses portes le 15 juin. À son inévitable sculpture du Pêcheur de Chabots s’ajoutent trois huiles sur toile : Le Naufrage dans la neige (1860), Les Demoiselles de village (1852), dont il n’est pas fait mention dans la lettre, et, semble-t-il, une troisième toile, la « Tête de jeune fille » ici mentionnée par Courbet et que nous n’avons pu identifier.
Réalisé en mars 1862 devant ses élèves, le Pêcheur de chabots était alors pour Courbet l’objet de toutes ses fiertés. La statue représente un enfant d’environ dix ans, entièrement nu, en train de pêcher avec un trident. On retrouve, ainsi qu’il le précise dans sa lettre, la mention « essai » sur l’exemplaire en fonte offert par l’artiste à Ornans, sa ville natale. Courbet avait parallèlement envoyé un exemplaire, sans doute en plâtre, à l’Exposition internationale de Londres ainsi qu’à Paris, où, dit-il dans une lettre à son père d’avril 1862, « elle [fit] un bruit extraordinaire » (Corr., éd. Petra Ten-Doesschate Chu, n°62-2). Un autre exemplaire, en plus de celui exposé par Martinet à la Société nationale des Beaux Arts, fut quant à lui envoyé à l’exposition de Besançon.
Depuis Saintes et soucieux de la réception critique de ses œuvres, l’artiste s’enquiert de l’avancement de l’exposition dans une lettre à Jules Troubat de juin 1862 : « Donnez-moi des nouvelles de ma statue et de l’exposition Martinet. » (Ibid., n°62-4).
Le Naufrage dans la neige est aujourd’hui conservé à la National Gallery de Londres (inv. NG3242).
L’adresse du 32, rue Hautefeuille est l’atelier parisien de Courbet, dans lequel il réalisa, entre autres, sa célèbre toile L’Atelier du peintre, Allégorie Réelle déterminant une phase de sept années de ma vie artistique (et morale), exécutée en 1855 et aujourd’hui conservée au Musée d’Orsay (inv. RF2257)

Provenance :
Coll. particulière

Littérature :
Gustave Courbet en Saintonge, Roger Bonniot, éd. C. Klincksieck, Paris, 1973, p. 286 ; Courbet [Catalogue raisonné], t. I et t. II, Robert Fernier, Bibliothèque des arts, 1978, p. 267 [pour Le Naufrage dans la neige] et p. 315 [pour le Pêcheur de Chabots, orthographié « chavots »] ; Correspondance de Courbet, éd. Petra Ten-Doesschate Chu, Flammarion, 1995, p. 186-189

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