DESNOS, Robert (1900-1945)

Lettre autographe signée « Robert Desnos » à Jean Carrive
Paris, 2 mai [1923], 4 p. in-12° à l’encre bleue foncée

« Plus que jamais j’ai besoin de barricade et par ces jours chauds d’une guillotine sanglante et de balles de plomb sur le macadam »

EUR 4.500,-
Fiche descriptive

DESNOS, Robert (1900-1945)

Lettre autographe signée « Robert Desnos » à Jean Carrive
Paris, 2 mai [1923], 4 p. in-12° à l’encre bleue foncée
À en-tête de L’Élysée-Bellevue
Enveloppe autographe jointe, timbrée et oblitérée (manque marginal)

Belle lettre du poète faisant allusion à l’un de ses sommeils hypnotiques et enrichie d’un autoportrait en pleine page


« Mon cher Carrive,
Je serai bientôt millionnaire ou mendiant. Du moins je le souhaite. La vie m’est médiocre depuis quelques jours et pour l’amour il faut être en haillons ou… passons.
Je vous assure que l’amour se trouve partout.
[…] 
À grand’peine j’ai réussi à me procurer un exemplaire de Maldoror que je vous envoie (édition de la Sirène épuisée et rare)[édition de 1920. La première date de 1869]. Pour moi j’ai été assez heureux pour découvrir la première édition.
Il fait beau comme à Bordeaux aujourd’hui mais nos révolutionnaires ont le cœur froid.
J’ai réellement cessé d’écrire. Quelques lignes encore paraîtront de moi puis ce sera le silence que je souhaite éternel sans toutefois m’engager à rien, ne voulant dépendre que des événements. Nous verrons à faire mieux.
[…]
À paraître, Anthologie de l’orgueil par André Breton et Paul Éluard.
Je me tais pour le contenu. Et à paraître d’ici longtemps sans doute.
Ne vous lassez pas d’écrire à Breton mais pardon pour nos silences. Plus que jamais j’ai besoin de barricade et par ces jours chauds d’une guillotine sanglante et de balles de plomb sur le macadam.
Aisément je m’imagine gonflant des discours incendiaires à l’usage de multitudes versatiles ou fait pour des amours très obscènes, puissantes et cérébrales dans des cadres divers.

Je ne veux plus faire que cela.
J’attends cette biographie surréaliste, intelligent bougre, avec espoir. Envoyez.
[ici Desnos dessine son autoportrait, faisant sortir la signature de son prénom par sa bouche]
Robert Desnos »


Intégré au futur groupe surréaliste formé autour de Éluard et Breton, Desnos se distingue surtout par ses expériences de sommeils hypnotiques, initiées notamment chez ce dernier, en 1922. Endormi, il répond, improvise poèmes et dessins, incarnant une parole automatique d’une grande liberté. Ces séances révèlent son goût pour l’involontaire, le rêve et le fabuleux, où surgissent visions et figures. Son besoin d’une « barricade et par ces jours chauds d’une guillotine sanglante » est un motif récurrent chez Desnos, qui apparaît dans son sommeil hypnotique du 30 septembre 1922 (Littérature, n.s. n°6, novembre 1922, p. 11).

En vis-à-vis de la dernière page, Robert Desnos fait son autoportrait, dont sa signature, en toutes lettres, semble sortir de sa bouche. À l’horizon, un navire portant à la proue les lettres « N.H. » semble faire référence à Nouvelles Hébrides.

Élève bordelais isolé et en révolte contre les conventions familiales, Carrive découvre à l’âge de 18 ans la revue Littérature et cherche, par le biais d’André Breton, à s’agréger au cercle d’avant-garde parisien. Méfiant à l’égard de ce correspondant prolixe, Breton délègue souvent à Desnos le soin de lui répondre. Entre les deux jeunes hommes s’instaure alors un échange d’une liberté et d’une virulence singulières, où la provocation et le goût de la subversion littéraire tiennent lieu de manifeste implicite.
Carrive figure parmi les dix-neuf noms mentionnés dans le Manifeste du surréalisme (1924) comme ayant « fait acte de surréalisme absolu ». Il contribue au douzième et dernier numéro de La Révolution surréaliste en 1929, avant de progressivement se détacher du mouvement à la fin des années 1920. André Breton finit par lui régler son compte, parmi d’autres, dans le Second Manifeste du surréalisme (1930) : « M. Carrive, incapable d’envisager le problème politique ou sexuel autrement que sous l’angle du terrorisme gascon, pauvre apologiste en fin de compte du Garine de M. Malraux.

Provenance :
Jean Carrive, puis Charlotte Behrendt, épouse Carrive (1909-2002) ; Bibliothèque surréaliste de Jean Carrive, Tajan, 17 nov. 2016, n°416, (succession Charlotte Carrive)

Bibliographie :
Cahiers Robert Desnos – 1923, ns n°9, 2020, p.71-73 (transcription fautive sur un mot)

Prenez une longueur d’avance

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir nos nouveautés et annonces importantes.

En vous abonnant, vous acceptez notre politique de confidentialité. Désabonnez-vous à tout moment.