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Manuscrit autographe
[Paris, c. 1874-1876], 1 p. petit in-4° (env. 23 x 19 cm), à l’encre noire
« Il se mit à frapper à coups de bec Tiphaine / Il lui creva les yeux ; il lui broya les dents »
Manuscrit autographe
[Paris, c. 1874-1876], 1 p. petit in-4° (env. 23 x 19 cm), à l’encre noire sur papier gris clair
Au verso d’une enveloppe dépliée, adressée depuis le Royaume-Uni par une personne non identifiée à « Monsieur Victor Hugo / Paris » (timbres et marques postales) ; cachet de fermeture « The Eastern Club / Dundee »
Petites pliures et salissures sans gravité
Deux variantes inédites des sept derniers vers de L’Aigle du casque, le monumental poème de Hugo paru dans La Légende des siècles
On relève deux groupes de vers au verso d’une enveloppe ayant servi de copeau au poète. Ces deux strophes correspondent à l’exipit de son monumental poème L’Aigle du casque. Hugo y dresse le portrait de Tiphaine, chevalier saxon solitaire, redouté et sans attaches connues, incarnant le guerrier cruel et sans pitié : il provoque en duel le jeune comte Angus, un adolescent de seize ans, puis, après un combat inégal, le poursuit sans relâche à travers bois malgré les supplications d’un ermite, de religieuses et d’une mère, avant de le tuer sauvagement. Hugo livre ici les premières esquisses, demeurées à ce jour inédites, du châtiment imposé à Tiphaine.
« Et cela dit, ainsi qu’un piocheur fouille un champ,
Comme avec sa cognée un pâtre brise un chêne,
Il se mit à frapper à coups de bec Tiphaine ;
Il lui creva les yeux ; il lui broya les dents ;
Il lui pétrit le crâne en ses ongles ardents
Sous l’armet d’où le sang sortait comme d’un crible,
Le jeta mort à terre, et s’envola terrible. » (version publiée)
L’Aigle du casque figure dans le tome I de la Nouvelle Série de La Légende des siècles (Calmann-Lévy, 1877), au sein de la section IX, « Avertissements et châtiments » (p. 255-276). Comme pour Le Mariage de Roland et Aymerillot (La Légende des siècles, éd. 1859), le poème trouve son origine dans l’article de l’historien médiéviste Achille Jubinal : Quelques romans chez nos aïeux, publié dans le Journal du dimanche du 1er novembre 1846, et plus spécifiquement dans la traduction libre de ce dernier pour la chanson de geste de Raoul de Cambrai. Ainsi que le rapportent Jacques Seebacher et Guy Rosa dans leur appareil critique des Œuvres complètes (voir référence infra), « l’aigle justicier remplace la cigogne au ‘bec d’acier’ d’abord prévue ». Derrière le châtiment du « sombre » lord Tiphaine se faisant dévorer par l’aigle de métal ornant son casque se dessine un farouche avertissement du poète, en plein combat pour l’amnistie des Communards.
Les Œuvres complètes situent la rédaction du recueil de la Nouvelle série de La Légende des siècles au 5 août 1876, qui doit nécessairement correspondre à la mise au propre. Le présent fragment a été rédigé au verso d’une enveloppe adressée au poète datant du 7 octobre 1874. On peut dès lors penser que Hugo a rédigé ces variantes dès réception du courrier, ou peu après. Comme à son habitude, il a barré d’un trait vertical et franc chacune des strophes, en vue d’une nouvelle mise au propre.
Provenance :
Coll. particulière
Bibliographie :
Poésies complètes III, éd. Jacques Seebacher et Guy Rosa, Bouquins, 1985, p. 339 ; Hugo, La Légende des siècles de 1859, Claude Rétat, Sedes, p. 223