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Carte-lettre autographe signée « Joseph Caillaux » à Philippe Pétain
Mamers, Sarthe, 30 avr. 1944, 1 p. in-8° sur papier gris, à l’encre noire
« Je sais que le président Roosevelt a l’intention d’affirmer qu’il vous a approuvé dès le début »
Carte-lettre autographe signée « Joseph Caillaux » à Philippe Pétain
Mamers, Sarthe, 30 avr. 1944, 1 p. in-8° sur papier gris, à l’encre noire
Déchirures marginales à l’ouverture sans manque de texte, décharge d’encre à la signature
Curieuse lettre de Caillaux à Pétain, au crépuscule du régime de Vichy
« Cher grand ami, oui je vous confirme les deux nouvelles
Le renard aime les raisins
Hélène a épousé Joë
Je sais que le président Roosevelt a l’intention d’affirmer qu’il vous a approuvé dès le début comme [Jules] Jeanneney, Léon Bérard et moi.
Le grand président américain sait que vous avez l’intention de dire à [Albert] Lebrun et [Édouard] Herriot ‘La France par la République continue’.
Mais il y a Laval qui m’a trahi, qui voulait faire fusiller Blum et Daladier. Laval répand de l’argent pour vous accabler et s’innocenter.
Bien vôtre
Joseph Caillaux »
Si Caillaux passe ses dernières années dans une forme de rumination, sa carrière politique, commencée dès 1898, s’est en réalité prolongée sans interruption jusqu’en 1940 : il préside la commission des Finances du Sénat jusqu’à cette date et occupe encore, à plusieurs reprises dans l’entre-deux-guerres, le ministère des Finances. Il vote l’octroi des pleins pouvoirs à Pétain le 10 juillet 1940. Contrairement à une lecture qui pourrait être suggérée à première vue, l’attitude de Roosevelt envers Pétain relève moins d’une adhésion idéologique que d’un calcul pragmatique : maintenir un canal diplomatique avec Vichy (via l’ambassadeur William D. Leahy) permet, espère-t-on, d’encourager les éléments du gouvernement vichyste opposés à la collaboration militaire avec l’Allemagne et de limiter les concessions françaises aux exigences allemandes en Afrique du Nord et au Levant. Cette politique s’accompagne d’une défiance persistante envers de Gaulle, jugé par Washington encombrant et peu représentatif.
La situation politique en 1944 n’augure rien de bon pour Pétain. Le chef de l’État est sur le point d’être traduit en justice pour intelligence avec l’ennemi. En décembre 1940, Pétain renvoie Pierre Laval de son poste de vice-président du Conseil, en raison notamment de son autonomie excessive et de ses tractations secrètes avec le Reich. Pétain lui reproche moins le principe de la collaboration, qu’il partage, que la manière trop indépendante dont Laval la conduit.
Bien que Pierre Laval ait tenté de « s’innocenter » comme l’évoque Caillaux, il est finalement exécuté comme traître pour sa collaboration avec les nazis, le 15 octobre 1945. Son contrôle sur la France se dégrade sous l’effet de la montée du mouvement de résistance et de la progression des courants ultra-collaborationnistes incarnés par Marcel Déat, chef du Rassemblement national populaire (RNP), dont la nomination au gouvernement en 1944 témoigne de l’emprise croissante du Reich sur le régime de Vichy.
Provenance :
Coll. particulière