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Manuscrit autographe
S.l.n.d. [c. 1813 ?], 3 p. ¼ petit in-4°
« Tout ce que fait le christianisme pour abolir successivement l’esclavage ancien, l’esclavage féodal, l’esclavage des Nègres, celui des Indiens du Nouveau Monde… »
Manuscrit autographe
S.l.n.d. [c. 1813 ?], 3 p. ¼ petit in-4° sur papier vergé, à l’encre noire
Filigrane : Contremarque aux initiales « FL MDE » des papetiers auvergnats Fénérol et Malmenaide (Gaudriault, p. 291)
Plusieurs caviardages de la main de Grégoire, apostille au coin supérieur gauche d’une autre main
Discours inédit de l’abbé Grégoire à l’Institut pour son ouvrage consacré à la cause noire, le grand combat de sa vie : De l’influence du christianisme sur l’abolition de l’esclavage
Nous restituons ici une transcription volontairement elliptique de ce manuscrit, demeuré inédit. Il reflète sinon le plus emblématique, l’un des engagements les plus marquants du prélat. Rédigé à la troisième personne, Grégoire s’adresse en ces termes : « La question envisagée sous l’aspect religieux présente un grand intérêt à quiconque sent la nécessité de rattacher son existence fugitive sur la terre à un ordre de choses stable et consolant dans l’avenir. Ce point de vue est le plus intéressant pour l’auteur de cet ouvrage, mais il a dû ne traiter son sujet que sous les rapports par lesquels il rentre dans le domaine de l’histoire et des travaux de la classe. […] Le fondateur du christianisme ne voulut pas s’immiscer dans les institutions politiques et, par cette raison, il ne proclame pas, d’une manière formelle, l’abolition de l’esclavage. Cette mesure eût déchaîné toutes les passions, brisé les ressorts de la société et fourni de nouveaux prétextes pour le décrier ; mais il prêche une doctrine qui, par une marche progressive, devait l’adoucir et enfin l’abolir, en inculquant, sans relâche, les sentiments de justice et de charité. […] Quoique le christianisme convienne à tous les siècles, les pays, les états, il s’adapte plus spécialement aux besoins des malheureux qui furent toujours les objets privilégiés de sa sollicitude. Après avoir présenté le tableau des efforts de la société chrétienne en faveur des pauvres et des captifs très nombreux dans les premiers siècles de notre ère […] dont la plus ancienne est celle des parabolains à Alexandrie. L’auteur développe, d’une manière étendue, tout ce que fait le christianisme pour abolir successivement l’esclavage ancien, l’esclavage féodal, l’esclavage des Nègres, celui des Indiens du Nouveau Monde. On voit cette religion luttant sans cesse contre la cupidité et les préjugés, pour réintégrer dans les droits sociaux diverses portions de l’histoire humaine que des lois ou des opinions erronées frappent d’un injuste mépris, tels que les Juifs, les parias, …etc. Un chapitre nouveau ajouté par l’auteur à ses recherches expose l’influence salutaire du christianisme sur l’état et la condition des femmes […] »
Rallié au tiers état à l’Assemblée constituante, Henri Grégoire réclame l’abolition totale des privilèges et de l’esclavage et prône le suffrage universel masculin. Dès 1789, il adresse à l’Assemblée nationale un Mémoire en faveur des gens de couleur ou sang-mêlés de St. Domingue & des autres isles françoises d’Amérique. Opposé au rétablissement de l’esclavage par Bonaparte en 1802, mais isolé, il publie en 1808 De la littérature des nègres, ou recherches sur leurs facultés intellectuelles, leurs qualités morales et leur littérature pour contrer l’offensive colonialiste et ségrégationniste du régime. Bien que jamais publié, De l’influence du christianisme sur l’abolition de l’esclavage s’inscrit de toute évidence dans sa continuité : le présent manuscrit de présentation est à ce jour le seul témoignage du corps même de ce texte.
Grégoire mènera sans relâche les combats abolitionnistes au sein des Sociétés des Amis des Noirs. Son fondement philosophique fut l’unité du genre humain, qui lui permit de concilier la proclamation révolutionnaire des droits de l’homme et le message évangélique. Souvent désigné comme « l’Ami des hommes de toutes les couleurs », Grégoire a lutté contre le racisme toute son existence, défendant ceux qui étaient considérés par d’autres comme consubstantiellement inférieurs.
Provenance :
Ancienne coll. H.D.