RIVIÈRE, Jacques (1886-1925)

Lettre autographe signée « Jacques » à Alain-Fournier
Cenon [en banlieue bordelaise] 2 sept. 1913, 3 p. ½ in-8°

« J’ai senti que mes mots n’avaient pas la même couleur que le sentiment qui me les dictaient »

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Fiche descriptive

RIVIÈRE, Jacques (1886-1925)

Lettre autographe signée « Jacques » à Alain-Fournier
Cenon [en banlieue bordelaise] 2 sept. 1913, 3 p. ½ in-8° à l’encre noire, sur papier vergé
Légère fente au pli, plusieurs mots caviardés par Rivière, annotations typographiques d’une autre main

Rare lettre de Rivière à son beau-frère Alain-Fournier, en grande partie inédite


« Mon cher Henri
Pardon si je t’ai fait tant de peine ! Quand je t’ai écrit cette petite lettre j’étais fatigué et, sitôt qu’elle était partie, j’ai senti que mes mots n’avaient pas la même couleur que le sentiment qui me les dictait.
[…]
Pourtant je suis sûr qu’il n’y a aucun inconvénient à ce que vous passiez  nous voir dans la journée et il est infiniment probable qu’on vous retiendra à déjeuner ou à dîner. Avertis-moi simplement par un mot, trois jours à l’avance, de votre passage.
Pierre [Pierre Rivière, le frère cadet de Jacques] a enfin décroché le consentement de mon père. Il pense se marier à la fin de cette semaine où au début de l’autre. Je retournerai à Paris pour ce mariage, mais sans emmener Isabelle [épouse de Jacques Rivière et sœur d’Alain-Fournier].
Si j’ai refusé un peu sèchement la qualité de neurasthénique, c’est que j’ai le sentiment qu’il y a quelque vraisemblance, mais beaucoup d’injustices dans cette façon de me voir. Au contraire, de ce que tu sembles croire, je fais une dépense active et continuelle de bon sens ; ou tout au moins je m’imagine la faire. Et mon plus grand souci, c’est de maintenir une exacte proportion entre me motifs et mes actions.
Cette lettre de Rochefort, mon pauvre ami, ne contenait donc pas ce que tu espérais ? Je pense que c’est ce que tu veux dire par : mauvaises nouvelles.
J’ai dit à Verbeke, il y a huit jours, de t’envoyer le justificatif à Cambo
[Cambo-les-Bains, dans les Pyrénées-Atlantiques]. Ne l’a-t-il pas fait ? De la rue Madame, sitôt le numéro reçu, on doit t’envoyer quatre exemplaires [de La Nouvelle Revue française, dans laquelle Le Grand Maulnes paraissait en feuilleton depuis le mois de juillet] à Cambo également.
Tuyau supplémentaire pour les promenades : il y a quatre route pour aller à Pampelune. On peut partir par Roncevaux et revenir par Aïnhoa ou Behobie ou je ne sais quoi encore.
Je suis toujours très enfoncé. Je t’embrasse donc ici avec fatigue et amitié.
Jacques »


En août 1909, Jacques Rivière épouse Isabelle Fournier (la même « Isabelle » de la dédicace du Grand Meaulnes), sœur de son ami Alain-Fournier. De cette union naîtront deux enfants. L’auteur du Grand Maulnes, alors en villégiature au Pays basque, doit se rendre à Bordeaux pour rendre visite à son beau-frère, ainsi qu’il le confirme dans sa lettre du 4 septembre. C’est le dernier été de quiétude pour cette famille, que la brutale disparition d’Alain-Fournier sur le front viendra briser dès l’année suivante, aux premières heures de la guerre.

Provenance :
Coll. particulière

Bibliographie :
Correspondance 1905-1914, t. IV, Éditions de la Nouvelle Revue Française,1926, p. 371 (transcription partielle, les quatre premiers paragraphes manquent)

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