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Lettre autographe signée « Le Vte de Chateaubriand » au littérateur Abel
Paris, le 29 sept. 1815, 4 pp. in-8°
« Je réclamais la liberté de la pensée, qui amenèrent les fureurs de Buonaparte et ses nouvelles menaces de me faire fusiller »
Lettre autographe signée « Le Vte de Chateaubriand » au littérateur Abel (1757-1836)
Paris, le 29 sept. 1815, 4 pp. in-8°
Nombreux repentirs inédits de la main de Chateaubriand sur les deuxième et troisième pages
Ancienne trace de montage en marge, cachet de collection sur la quatrième page
D’une conscience morale inébranlable, Chateaubriand relate la fureur que suscita chez Napoléon son discours de réception à l’Académie
« Ne voulant occuper aucune place sous l’assassin du duc d’Enghien… je fis mon discours de manière qu’on serait obligé de me défendre »
« Je vous remercie, Monsieur, du manuscrit que vous avez bien voulu me communiquer. Il y a quelque chose de vrai dans la note de votre auteur [J.E. Chetwode] ; mais la phrase citée se trouvait dans mon discours même, et venait à la suite d’un morceau très vif contre les Régicides. Ce fut un morceau et un autre, où je réclamais la liberté de la pensée, qui amenèrent les fureurs de Buonaparte et ses nouvelles menaces de me faire fusiller, si jamais mon discours était prononcé en public. J’avais reçu l’ordre du duc de Rovigo de me présenter pour candidat à l’institut, sous peine d’être enfermé pour le restant de mes jours à Vincennes.
Ne voulant occuper aucune place sous l’assassin du duc d’Enghien, et forcé de me présenter pour occuper celle de [Marie-Joseph] Chénier, je fis mon discours de manière qu’on serait obligé de me défendre de le prononcer malgré l’éloge de droit don chaque récipiendaire était obligé de couronner son discours. Je réussi dans ce dessein, mais je pensais y perdre la vie ; et l’on se rappelle tout le bruit que cette affaire de l’institut fit dans le temps à Paris.
Je pense donc Monsieur, que l’anecdote racontée par M. Chetwode étant presque entièrement controuvée, elle peut être supprimée sans inconvénients.
Pour mon compte, je désire que l’on parle de moi le moins possible. C’est à vous Monsieur, de suivre là-dessus votre sentiment ; et je vous renouvelle encore mes remerciements pour votre politesse et la délicatesse de votre procédé envers moi.
J’ai l’honneur d’être, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
Le Vte de Chateaubriand »
Quand Marie-Joseph Chénier (frère du poète guillotiné pendant la Révolution) meurt le 10 janvier 1811, sa disparition laisse vacante une place dans la seconde classe de l’Institut, affectée à la langue et à la littérature françaises. Peu enclin à reprendre le siège de Chénier, Chateaubriand n’a pas non plus oublié qu’il se verrait, au surplus, forcé de faire l’éloge d’un homme qui avait raillé Atala, voté la mort de Louis XVI et traîné le catholicisme dans la boue. Mais l’écrivain s’y résout.
Le discours est lu en avril 1811 devant l’Académie, non par l’auteur lui-même, comme quelques voix l’avaient demandé, mais en son absence, par l’un des membres de la Commission. Entre éloge de la liberté, attaques contre le pouvoir et revendication du droit de l’écrivain à s’exprimer sans entraves, le discours prend les tournures d’un pamphlet anti-impérial.
Après un court débat demeuré secret, se tient un scrutin décidant, à la majorité, que le discours ne peut être admis. Chateaubriand, qui attend dans une pièce voisine, est aussitôt prévenu de cette décision. Regnaud de Saint-Jean-d’Angély, l’un des familiers de l’Empereur, court rapporter cet incident, à ses yeux plus politique que littéraire. Il est porteur du discours, dont Napoléon a immédiatement connaissance. Grande est l’irritation de l’Empereur : et pour cause, il prend à son compte l’entièreté du propos, donc des attaques. Chateaubriand se voit interdit d’occuper son siège ; il n’y accèdera qu’à la Restauration.
Une inimitié datant de l’assassinat du duc d’Enghien
Les relations personnelles du grand écrivain et de Napoléon Bonaparte se détériorent sous l’Empire. Son admiration pour Bonaparte est pourtant totale à partir de 1800 ; il est nommé premier secrétaire d’ambassade à Rome. L’écrivain fini cependant par basculer dans la défiance dès l’exécution du duc d’Enghien, en 1804. Il donne immédiatement sa démission et passe dans l’opposition à l’Empire.
Ces épisodes décisifs seront largement repris dans Mémoires d’outre-tombe, volumes III et IV.
Provenance :
Coll. L.B.
Bibliographie :
Correspondance générale, éd. P. Riberette, Nrf, t. III, p. 60-61, n°729
Correspondance, éd. Thomas, t. I, p. 392-395 (n° 246aa)
Marquis de Granges de Surgères, Une gerbe de lettres inédites de Chateaubriand, Nantes et Pars, Leclerc, 1911, p. 28