CHATEAUBRIAND (de), François-René (1768-1848)

Lettre autographe signée « Le Vte de Chateaubriand » à un monsieur
Paris, le 29 7bre [septembre] 1815, 4 pp. in-8

« Je réclamais la liberté de la pensée, qui amenèrent les fureurs de Buonaparte et ses nouvelles menaces de me faire fusiller »

EUR 7.800,-
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Fiche descriptive

CHATEAUBRIAND (de), François-René (1768-1848)

Lettre autographe signée « Le Vte de Chateaubriand » à un monsieur
Paris, le 29 7bre [septembre] 1815, 4 pp. in-8°
Plusieurs repentirs de la main de Chateaubriand sur les deuxième et troisième pages
Ancienne trace de montage en marge, cachet de collection sur le quatrième feuillet

Exceptionnelle lettre de l’écrivain évoquant son discours de réception à l’Académie et la fureur de l’empereur Napoléon qu’il provoqua


« Je vous remercie, Monsieur, du manuscrit que vous avez bien voulu me communiquer. Il y a quelque chose de vrai dans la note de votre auteur [J.E. Chetwode] ; mais la phrase citée se trouvait dans mon discours même, et venait à la suite d’un morceau très vif contre les Régicides. Ce fut un morceau et un autre, où je réclamais la liberté de la pensée, qui amenèrent les fureurs de Buonaparte et ses nouvelles menaces de me faire fusiller, si jamais mon discours était prononcé en public.  J’avais reçu l’ordre du duc de Rovigo de me présenter pour candidat à l’institut, sous peine d’être enfermé pour le restant de mes jours à Vincennes.
Ne voulant occuper aucune place sous l’assassin du duc d’Enghien, et forcé de me présenter pour occuper celle de
[Marie-Joseph] Chénier, je fis mon discours de manière qu’on serait obligé de me défendre de le prononcer malgré l’éloge de droit don chaque récipiendaire était obligé de couronner son discours. Je réussi dans ce dessein, mais je pensais y perdre la vie ; et l’on se rappelle tout le bruit que cette affaire de l’institut fit dans le temps à Paris.
Je pense donc Monsieur, que l’anecdote racontée par M. Chetwode étant presque entièrement controuvée, elle peut être supprimée sans inconvénients.
Pour mon compte, je désire que l’on parle de moi le moins possible. C’est à vous Monsieur, de suivre là-dessus votre sentiment ; et je vous renouvelle encore mes remerciements pour votre politesse et la délicatesse de votre procédé envers moi.
J’ai l’honneur d’être, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
Le
Vte de Chateaubriand »


Chateaubriand revient ici en détails sur son discours d’élection à l’Académie française. Marie-Joseph Chénier (frère du poète guillotiné pendant la Révolution) meurt le 10 janvier 1811. Sa mort laisse vacante une place à l’Institut, dans la « seconde classe », affectée à la langue et à la « littérature française ».
« Membre de la IIe Classe », voilà qui ne disait rien au public. Chateaubriand était donc médiocrement soucieux d’un honneur qui n’ajouterait rien à son illustration. En outre, dans tous les cas, il ne pouvait lui convenir de remplacer Chénier, car il se verrait forcé de faire l’éloge d’un homme qui avait poursuivi de ses railleries Atala, voté la mort de Louis XVI et traîné le catholicisme dans la boue.

Le discours est lu en avril 1811, devant l’Académie, non par l’auteur lui-même, comme quelques voix l’ont demandé, mais en son absence, et par l’un des membres de la Commission. Entre éloge de la liberté, attaques contre le pouvoir, revendication du droit de l’écrivain à s’exprimer sans entraves, le discours prend des tournures de pamphlet anti-empire
Après un court débat demeuré secret, a lieu un scrutin décidant, à la majorité, que le discours ne peut être admis. Chateaubriand, qui attend dans une pièce voisine, est aussitôt prévenu de cette décision. Regnaud de Saint-Jean-d’Angély, l’un des familiers de l’empereur, court rapporter cet incident, à ses yeux plus politique que littéraire. Il est porteur du discours, dont Napoléon a immédiatement connaissance. Grande est son irritation, et pour cause, il prend à son compte l’entièreté du propos, donc des attaques. Chateaubriand se voit interdit d’occuper son siège ; il le fera seulement après la Restauration.

Une inimité datant de l’assassinat du duc d’Enghien

Les relations personnelles du grand écrivain et Napoléon Bonaparte se gâtent sous l’Empire, Son admiration pour Bonaparte est totale depuis 1800, il est même affecté premier secrétaire d’ambassade à Rome. Cependant, Chateaubriand bascule dans la défiance dès l’exécution du duc d’Enghien, en 1804. Il donne immédiatement sa démission et passe dans l’opposition à l’Empire.

Chateaubriand reviendra très largement sur ces épisodes dans ses Mémoires d’outre-tombe, volumes III et IV.

Références :
Chateaubriand, Correspondance générale, éd. P. Riberette, Nrf, t. III, p. 60-61, n°729