BAUDELAIRE, Charles (1821-1867)

Lettre autographe signée « Charles Baudelaire » à Alphonse de Calonne
[Paris], 23 février [18]64, 1 p. in-8° sur papier bleu

« Un lourd travail, je vous assure, mais dont je suis assez content »

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Fiche descriptive

BAUDELAIRE, Charles (1821-1867)

Lettre autographe signée « Charles Baudelaire » à Alphonse de Calonne
[Paris], 23 février [18]64, 1 p. in-8° sur papier bleu avec timbre à sec « BATH » au coin supérieur droit
Adresse autographe au verso, signée « C.B. »
Petite réparation ancienne au scotch sur le bris de cachet, sans atteinte au texte

Baudelaire demande à Alphonse de Calonne de lui retourner les manuscrits de trois sonnets et annonce l’envoi prochain de poèmes en prose, qui formeront Le Spleen de Paris


« Cher Monsieur,
Avez-vous publié trois sonnets de moi, Le Tasse en prison, Le gouffre, Bien loin d’ici, que je vous ai remis, il y a quelques temps ?
Si cela n’a pas été publié, vous me rendriez très heureux en les retrouvant et en les remettant au porteur. Il y en a un particulièrement (Le Tasse) que je cherche en vain dans ma mémoire.
J’aurais prochainement  trois feuilles au moins à vous  donner ; un lourd travail, je vous assure, mais dont je suis assez content.
Veuillez agréer, cher Monsieur, l’assurance de mes parfaits sentiments.

Charles Baudelaire. » 


« Sur Le Tasse en prison d’Eugène Delacroix » fut composé en 1844 (d’après une note d’Albert de La Fizelière, premier biographe du poète, en marge supérieure du manuscrit et dont il est le détenteur à cette époque). À la fin de 1863, Baudelaire en fait envoyer une copie par La Fizelière sous forme de lettre à Alphonse de Calonne de la Revue contemporaine, mais ce dernier ne le publiera jamais. La veille de notre lettre, le 22 février, Baudelaire demande à La Fizelière de lui adresser autre une copie car le poète voulait en parallèle le faire publier par Albert de Collignon dans la Revue nouvelle, cette fois-ci avec plus de succès car la parution aura lieu le 1er mars suivant. On retrouve le même sonnet, plus tard, dans les Epaves, section ajoutée aux Fleurs du Mal en 1866.
Dans ces vers, Baudelaire semble faire état de sa propre déchéance physique et mentale, s’incarnant dans le Torquato Tasso dans l’asile de fous (1839), peinture de Delacroix dont il est ici question. Ce sonnet nous prouve de plus la profonde admiration (unilatérale) du poète pour le peintre en 1843-1844.

« Le Gouffre » est d’abord publié dans la revue L’Artiste, le 1er mars, puis dans La Revue nouvelle, exactement deux ans après, et enfin dans Le Parnasse contemporain, le 31 mars 1866. La voix du poète y prend conscience de la mort, générant des situations angoissantes voire névrotiques.

« Bien loin d’ici » est publié dans La Revue nouvelle puis dans Le Parnasse contemporain aux mêmes dates que « Le Gouffre », mais également une semaine auparavant dans une autre revue, le 23 février. Cela suggère que Baudelaire démarchait beaucoup. Dans ce poème, il reprend des topoï des Fleurs du Mal tels que l’exotisme et la femme sensuelle.

En ce qui concerne le « lourd travail […] dont [Baudelaire est] assez content », il s’agit selon toute vraisemblance des Petits Poèmes en prose, recueil aussi connu sous le titre du Spleen de Paris (1857-1864). Quand on connaît l’acharnement perpétuel du poète pour atteindre la perfection, un tel propos peut sembler paradoxal.

Alphonse de Calonne, fondateur et directeur de La Revue contemporaine, ne publiera jamais les trois sonnets mentionnés par Baudelaire. Ils figurent dans l’édition posthume des Fleurs du Mal de 1868 par Michel Levy, section « Spleen et idéal », sous les numéros CI, CII et XCIX – d’après l’ordre de mention dans notre lettre.

Provenance :
Collection Minnoret-Rochambeau, vente Drouot, 20-21 avril 1948, n°14

Référence :
Correspondance, éd. Claude Pichois, Pléiade, t. II, p. 348-349