BRASSENS, Georges (1921-1981)

Manuscrit autographe pour Le Modeste
S.l.n.d. [c. 1976], 2 p. in-plano (40 x 30 cm)

« Selon lui, mettre en plein soleil / Son cœur ou son cul c’est pareil / C’est un modeste »

EUR 12.000,-
Fiche descriptive

BRASSENS, Georges (1921-1981)

Manuscrit autographe pour Le Modeste
S.l.n.d. [c. 1976], 2 p. in-plano (40 x 30 cm)
Foliotation lacunaire aux marges des strophes
Très légère décharge d’encre sur trois lettres, sans gravité

Précieuse manuscrit complet de ce fameux titre aux allures d’autoportrait, paru dans Trompe la mort, dernier album du poète sétois 


« Le Modeste » est composé par Brassens comme un autoportrait déguisé, inspiré de l’univers méridional de la Camargue et de Sète. Derrière la répétition du refrain, très court, « C’est un modeste », le poète construit une figure paradoxale : celle d’un homme fier de sa discrétion, qui refuse toute démonstration excessive des sentiments comme toute mise en avant de soi. Brassens joue ainsi d’une fausse modestie pleine d’ironie : ses « bras d’Hercule » pourraient « rendre les autres ridicules », tandis que son refus de l’effort ou des effusions affectives devient une manière pudique d’affirmer sa singularité. L’écriture mêle humour populaire, expressions méridionales et références culturelles, dans une langue volontairement familière, caractéristique de son répertoire.

Le texte repose également sur l’idée d’un décalage constant entre l’apparence et la vérité intérieure. Sous les attitudes bourrues, les railleries ou le détachement affiché, se cache une profonde sensibilité : « Sur la patate, il en a gros ». Le personnage refuse d’exposer « son cœur » au grand jour, assimilant la confidence sentimentale à une forme d’impudeur. Cette pudeur affective, typique de l’univers brassénien, fait du « modeste » une figure profondément humaine : attachée à l’amitié, à la fidélité et à une authenticité qui se lit « entre les mots, / Entre les faits, entre les gestes ».

Ce manuscrit mis au propre comporte deux légères variantes : Au troisième vers de la première strophe, le « À Paris Bordeaux Lille Brest » devient ici « Paris Lille Rome Brest ». La seconde variante porte quant à elle sur le quatrième vers de la quatrième strophe : « rudoie » est ici remplacé par « tutoie ».

Cette chanson demeure l’une des plus célèbres et les plus subtiles de son dernier album Trompe la mort, gravée à l’automne 1976 chez Philips. Comme toujours, Brassens y est accompagné de son fidèle contrebassiste Pierre Nicolas. Joël Favreau y tient la seconde guitare.

Provenance : Succession Sophie Duvernoy (1930-2025)
Figure discrète mais essentielle de l’entourage de Georges Brassens, Sophie Duvernoy entre à son service en 1969, après avoir travaillé chez le dessinateur Raymond Peynet. Elle l’appelait « le bon maître », surnom que Georges Brassens lui avait lui-même suggéré, non sans malice, lors de leur rencontre. Originaire de Pologne et de neuf ans la cadette du chanteur, elle est recrutée presque fortuitement par ce dernier lorsque Peynet part s’installer dans le Sud. Brassens vit alors dans l’immeuble Le Méridien, rue Émile Dubois, aux côtés de voisins et amis tels que Jacques Brel. Dès lors, Sophie accompagne Brassens dans son installation rue Santos-Dumont et s’impose rapidement comme une présence stable dans un environnement marqué par les visites d’amis et du monde artistique. Se dessine ainsi une relation fondée sur la confiance et la complémentarité entre deux tempéraments réservés.
Au cœur de cet espace domestique devenu lieu de création, Sophie Duvernoy assume un rôle central, veillant à préserver les conditions nécessaires au travail du poète sétois. Gardienne du silence, responsable de l’intendance et des échanges avec l’extérieur, elle évolue au plus près du processus créatif de Brassens sans jamais en troubler l’équilibre. Sa proximité se manifeste également par une participation ponctuelle à son œuvre. En effet, elle prend part au chœur des copains (avec notamment Claudine Caillart, Fred Mella, Joël Favreau, Pierre Nicolas, André Tavernier…) dans deux chansons, Tempête dans un bénitier et Le Roi. Après la mort de son « bon maître », elle vit dans un appartement acquis par ce dernier et dont il lui avait garanti l’usage à vie, témoignant ainsi de la place singulière qu’elle occupa, à la fois dans son quotidien et à proximité immédiate de sa création artistique.

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