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Lettre autographe signée « Chamfort » à Guillaume Alexandre Tronson du Coudray
S.l, « 8 août, l’an 2 » [1793], 1 p. petit in-4° sur bifeuillet vergé
« Il importe à l’accusé et à mon empressement que ce soit le plus tôt possible »
Lettre autographe signée « Chamfort » à Guillaume Alexandre Tronson du Coudray
S.l, « 8 août, l’an 2 » [1793], 1 p. petit in-4° sur bifeuillet vergé
Adresse autographe sur la quatrième page, discret cachet de collection
Filigrane : Blason à double croix de Saint-André avec initiales « SKW » sur un écu entouré de lambrequins ornementaux et sommé d’un oranger (Gaudriault, p. 51)
Chamfort tente de trouver un appui officieux auprès du célèbre avocat après l’arrestation de son collègue Carra, bibliothécaire de la nation
« Je désirerois, Citoyen, que les hasards de la société m’ussent quelquefois rappellé à votre souvenir comme vos succès vous ont souvent rappelé aux miens mais, dans tous les cas, je m’y rappelle moi-même avec toute la confiance que m’inspire votre honnêteté et vos talens. J’ai besoin d’eux et d’elle pour un accusé qui m’interesseroit comme un innocent, et comme patriote, s’il ne m’interesseroit encore comme un ami.
Je vous prie, Citoyen de vouloir bien m’indiquer le jour et l’heure ou je pourrai avoir le plaisir de vous voir chez vous. Il importe à l’accusé et à mon empressement que ce soit le plus tôt possible.
Salut et fraternité
Chamfort »
Au lendemain de la chute de la monarchie, le ministre de l’Intérieur Roland nomme conjointement Jean-Louis Carra et Chamfort « à la place de bibliothécaires pour la Bibliothèque nationale, aux appointemens de 4 000 livres chacun… ». Cette nomination vise à récompenser le « civisme » et l’engagement révolutionnaire des deux hommes, en particulier celui de Carra, dont l’action en faveur du renversement de la monarchie est alors largement reconnue. Si le tandem est officiellement placé à la tête de l’institution, Carra participe toutefois peu à son administration effective. Rapidement absorbé par ses activités politiques et ses missions auprès des armées, il laisse l’essentiel de la gestion quotidienne à Chamfort.
La situation de Carra se dégrade brutalement en 1793. Isolé politiquement et abandonné par une grande partie de ses anciens soutiens, il est arrêté puis traduit devant le Tribunal révolutionnaire dans le cadre du procès des Girondins. Alors que plusieurs de ses anciens amis prennent leurs distances avec lui, Chamfort se distingue par sa fidélité. Malgré les menaces qui pèsent également sur sa propre personne, il s’emploie à organiser la défense de son collègue et ami. Le 8 août 1793, il sollicite ainsi le célèbre avocat Tronson du Coudray afin qu’il accepte de défendre Carra. Démarche est d’autant plus remarquable que Chamfort est lui-même attaqué pour ses positions politiques et bientôt inquiété par les autorités révolutionnaires. Si Tronson du Coudray ne devient finalement pas le défenseur officiel de Carra ; ce dernier aura Guigné pour défenseur officieux. Tronson du Coudray défendra quant à lui Marie-Antoinette deux mois plus tard. Carra est condamné à mort avec les Girondins et exécuté le 1er novembre 1793.
Provenance :
Coll. particulière
Littérature :
Lettre mentionnée mais non transcrite dans Jean-Louis Carra (1742-1793), parcours d’un révolutionnaire, Stefan Lemny, L’Harmattan, 2000, p. 260