DAUDET, Alphonse (1840-1897)

Lettre autographe signée « Alphonse Daudet » à un journaliste
S.l.n.d., [Marseille, c. 1876], 1 p. ½ in-8°

« Après de longues années de luttes, de misère, de courses, de voyages, j’ai pu me mettre sérieusement à l’ouvrage… »

EUR 2.500 ,-
Fiche descriptive

DAUDET, Alphonse (1840-1897)

Lettre autographe signée « Alphonse Daudet » à un journaliste du Bien public
S.l.n.d., [Marseille, c. 1876], 1 p. ½ in-8° à l’encre brune, liseré de deuil
Quels caviardages de la main de Daudet

Touchante biobibliographie inédite de l’écrivain, retraçant l’ensemble de son œuvre, des années de bohème à sa consécration littéraire


« Monsieur,
Votre lettre après mille poursuites et détours me rejoint dans un hôtel de Marseille, et je m’empresse de vous répondre, en vous envoyant les dates que vous me demandez.
Je suis né à Nîmes en 1840. J’ai été élève au Lycée de Lyon que j’ai quitté à seize ans en 1856 pour entrer comme maître d’Études au collège d’Alais
[Alès]. J’en suis sorti en 1857 pour venir me lancer dans la littérature et publier à Paris chez Tardieu à cette date de 1857 un petit volume de vers : Les Amoureuses, qui eut du succès, et me valut d’entrer en 1860 chez M. de Morny qui me prit comme secrétaire ou plutôt me fit des loisirs de ses appointements pour me permettre d’écrire. À partir de ce moment, la vie a été assez douce pour moi, mais de seize à vingt-cinq ans, j’ai eu une existence de privations et de tristesses que je ne souhaite à personne. Je me suis marié en 1867, et mon vrai travail, mes vrais livres datent de ce jour-là. J’ai publié depuis cette époque les Lettres de mon moulin, Le Petit chose, Tartarin de Tarascon, les Lettres à un absent, Les Contes du lundi, Robert Helmont, les Femmes d’artistes, Fromont jeune, plus le frère aîné, un acte au Vaudeville, le Sacrifice, 3 actes au Vaudeville, Lise Tavernier, 7 actes à L’Ambigu, L’Arlésienne, 5 actes au Vaudeville ; j’avais publié auparavant ou fait joué, Les Amoureuses (vers), la Double conversion (vers), le roman du Chaperon rouge, la dernière idole, un acte à l’Odéon, L’Œillet blanc, un acte aux français, Les Absents, un acte à l’Opéra-comique.
En somme après de longues années de luttes, de misère, de courses, de voyages, j’ai pu me mettre sérieusement à l’ouvrage.
J’ai été décoré il y a six ans. Quoi encore ? Rien. Et si je vous ai dit tout cela, c’est parce que vous écrivez au Bien public qui a été mon journal, et où je vous lis toujours avec intérêt.
Croyez à ma bonne confraternité et rappelez-vous je vous prie au souvenir de M. Patural
Alphonse Daudet »


Pour entrer plus en détail dans la genèse du parcours littéraire de Daudet, soulignons que son poste de maître d’étude dans un collège d’Alès constitue pour lui une expérience pénible, qui lui inspirera son premier roman, Le Petit Chose (1868). Lorsqu’il rejoint son frère Ernest à Paris, en 1857, s’ouvre une période de vie bohème, certes joyeuse, mais marquée par la précarité. Au surplus, sa fréquentation d’une des dames de l’entourage de l’impératrice Eugénie lui vaut de contracter une affection syphilitique extrêmement grave, dont les complications le feront souffrir toute sa vie. À l’instar de son confrère Zola (né comme lui en 1840), il nourrit d’abord des ambitions poétiques avant de collaborer à différents journaux, notamment, L’Universel et Le Figaro. Plus tard, son emploi auprès du duc de Morny lui laisse un temps précieux qu’il consacre à la rédaction de contes et de chroniques. Au début des années 1860, ses voyages en Algérie, en Corse et en Provence constituent autant de sources d’inspiration pour les Lettres de mon moulin, dont le succès éditorial lui sert de tremplin dans sa carrière d’écrivain.

Provenance :
Coll. particulière

Document inédit

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