DESBORDES-VALMORE, Marceline (1786-1859)

Poème autographe : « Romance » [Seule au Rendez-vous]
S.l.n.d [après 1833], 1 p. 1/2 in-8° à son chiffre

« Ô menteur ! qui disait sa vie / Nouée au fuseau de mon sort »

EUR 4.500,-
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Fiche descriptive

DESBORDES-VALMORE, Marceline (1786-1859)

Poème autographe : « Romance » [Seule au Rendez-vous]
S.l.n.d [après 1833], 1 p. 1/2 in-8° à son chiffre
Petit manque au deuxième feuillet sans atteinte au texte

Provenant de la collection Rodocanachi

L’un des plus beaux poèmes de Marceline Desbordes-Valmore, chef d’œuvre de la poésie romantique, issu de son recueil Les Pleurs


Plusieurs variantes inédites sont à observer avec la version publiée, dont une inversion des strophes 2 et 3

Titré ici « Romance », le poème tel que publié dans le recueil est intitulé Seule au rendez-vous

« Ô menteur ! qui disait sa vie,
Nouée au fuseau de mon sort,
Criant au ciel que son envie
Était de mourir de ma mort :
Éclos sous le feu de mon ame,
Tremblant de s’y brûler un jour,
Il jeta des pleurs sur la flamme :
Ô menteur ! ô menteur d’amour !

Ivres d’un bonheur solitaire,
Nos ailes ont touché les cieux ;
Mais il est enfant de la terre ;
Il y retombe curieux.
à mes yeux plein de ses traits d’Ange
Le monde est voilé sans Retour ;
mais il a changé, le ciel change ;
Ô menteur ! ô menteur d’amour !

” Je n’ai fait qu’essayer de vivre,
Disait l’ange aux légers sermens :
” J’apprends tout ! j’ai trouvé mon livre
” Imprimé dans tes yeux charmans !
” Entre mon cœur et ta présence,
” Je ne peux plus porter un jour !… “
Entre nous il a mis l’absence :
Ô menteur ! ô menteur d’amour !

Je sais qu’une invisible chaîne
Jette son aimant entre nous ;
Je sais où finira ma peine ;
Mais je vais seule au rendez-vous.
La route sans fleurs et sans charmes
Fuira ! Pour se rejoindre un jour,
Doit-on passer par tant de larmes ?
Ô menteur ! ô menteur d’amour ! »


Marceline Desbordes-Valmore entre dans la vie artistique par une brève carrière théâtrale sous l’Empire. C’est cependant au travers de la poésie romantique que tout son génie se révèle, au point d’en devenir une figure centrale aux côtés de ses contemporains Hugo, Vigny ou encore Gautier. Après la publication de son premier recueil Élégies, Marie et romances, en 1919, de célèbres revues et journaux de l’époque lui montre un vif intérêt, tels La Muse Française. Presque trente ans après sa mort, la poétesse est sacralisée en « maudite » par Verlaine dans la seconde édition de ses Poètes Maudits, parue en 1888.

Mariée au comédien Prosper Valmore (1793-1881) en 1819, Marceline devient amante blessée de par sa brève relation extra-conjugale avec le poète et journaliste Henri de Latouche (1785-1851). Ils s’écriront presque toujours et ne se reverront presque jamais. Si Latouche demeure implicitement le dédicataire de nombre des productions poétiques de Desbordes-Valmore, celui-ci semble apparaître ici comme une figure spectrale.
Ce poème, écrit sous forme de lamento, nous ramène à l’ethos du poète rattaché au courant romantique. Marceline Desbordes-Valmore, dont la voix semble s’exhaler en soupirs languissants, apostrophe son soupirant qui, par des accents fatalistes, fini par lui échapper. Seule au rendez-vous est issu du plus célèbre recueil de la poétesse : Les Pleurs, paru en 1833. Du point de vue de la métrique, ce sont ici quatre huitains en octosyllabes à rimes croisées. Chaque fin de strophe est renforcée par une anaphore accusatrice.

Provenance :
Bibliothèque André Rodocanachi

Bibliographie :
Œuvres poétiques, éd. Marc Bertrand, Jacques André, p. 222-223 (plusieurs variantes avec le texte publié mentionnées supra)