LA ROCHEFOUCAULD (de), Louis-Alexandre (1743-1792)

Deux lettres, une autographe signée, l’autre signée, à Frédéric Samuel Ostervald
Brest et Paris, 13 août 1780 et 12 nov. 1783, 3 p. 1/4 in-8°

« Il a paru il y a deux ou trois ans dans votre pays deux petits ouvrages dont l’un est intitulé Reflexions sur l’esclavage des Nègres… dont j’ignore l’auteur »

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Fiche descriptive

LA ROCHEFOUCAULD (de), Louis-Alexandre (1743-1792)

Deux lettres, une autographe signée, l’autre signée, à Frédéric Samuel Ostervald
Brest et Paris, 13 août 1780 et 12 nov. 1783, 3 p. 1/4 in-8°
Adresses sur les quatrièmes pages de chaque lettre par son secrétaire
Filigrane : Initiales « GR » [Georgius Rex] couronnées entre deux branches de laurier dans un cercle, réf., Gaudriault, p. 82 et p. 106, Heawood, n° 441 à 450.
Cachets de cires rouge et noir, tous deux armoriés
Nous restituons l’orthographe et la syntaxe en l’état.

Paris, 12 nov. 1783, lettre signée à Frédéric Samuel Ostervald

Curieuse lettre de La Rochefoucauld lancé à la recherche de deux publications sous pseudonymes, ignorant alors qu’elles émanent de son ami Condorcet


« J’ai toujours attendu, Monsieur, mais inutilement jusques aujourd’huy, le livre que vous m’avez annoncé par votre lettre du 16 8bre [octobre]. Il n’est point arrivé et comme vous ne me désignez pas la voiture par laquelle je devois la recevoir, il ne m’a pas été possible d’eclaircir s’il s’est égaré en route ou bien s’il n’est pas parti. Je vous prie donc de m’envoyer à ce sujet des eclaircissements plus précis qui me mettente à porté de les retrouver. S’il n’est pas encore parti, je vous prirai de le garder jusques à une nouvelle lettre de ma part, parce que j’aurai peut-être une autre voye à vous indiquer pour me le faire parvenir. 
Il a paru il y a deux ou trois ans dans votre pays deux petits ouvrages dont l’un est intitulé Reflexions sur l’esclavage des Nègres par M. Schwartz et l’autre sur L’État ou le Mariage des Protestans en France [Recueil de pièces sur l’état des protestants en France], dont j’ignore l’auteur. Je voudrois avoir deux Exemplaires de chacun. Je vous prie de me les envoyer par la 1ère expédition que vous ferez à Paris ; mais en me désignant mieux le temps et la manière de leur voyage. J’attendrai votre réponse pour solder mon compte avec vous ) l’adresse que vous m’avez indiqué. 
J’ai l’honneur d’être, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur. 
Le Duc de La Rochefoucauld »


Condorcet fait paraitre Réflexions sur l’esclavage des nègres sous le pseudonyme du pasteur Joachim Schwartz, en 1781, chez la Société typographique de Neufchâtel. Il y dénonce la pratique de l’esclavage jugé comme un véritable crime. Il fait simultanément paraître Recueil de pièces sur l’état des protestants en France, qu’il avait préalablement rédigé en 1778.
Est-il donc possible que La Rochefoucauld ne connût pas l’auteur de ces deux ouvrages ? Cette lettre semble d’autant plus surprenante que La Rochefoucauld d’Enville et Condorcet se connaissaient depuis 1773. Les deux hommes s’appréciaient, c’est en tout cas le sentiment éprouvé par La Rochefoucauld envers Condorcet, si l’on en croit le témoignage d’une lettre de Julie de Lespinasse à ce dernier, en date du 5 avril 1773 :  « Je lui ai donné hier de vos nouvelles [à Mr d’Anlezi] , ainsi qu’a Mr le duc de la rochefoucault [sic] qui vous aime beaucou[p.] » (Julie de Lespinasse, lettres à Condorcet, éd. J. N. Pascal, p. 69-70).
La sœur de La Rochefoucauld, la duchesse Louise Elisabeth de La Rochefoucauld d’Enville (1716-1797) possédait une propriété à La Roche-Guyon, chez qui Condorcet s’est rendu dès 1773. Le philosophe y a inévitablement croisé La Rochefoucauld, en plus de leurs vies parisiennes communes.
La Rochefoucauld fait partie du groupe des 47 députés de la noblesse qui se rallient le 25 juin 1789 au Tiers état. Après la séparation de l’Assemblée constituante, il devient membre du directoire du département. Il s’opposa alors à Pétion ; après la journée du 10 août 1792, il donne sa démission et quitte Paris pour échapper à la colère des insurgés. Il est arrêté à Gisors alors qu’il raccompagnait sa mère et sa femme de retour des eaux de Forges au château de La Roche-Guyon. Il est alors tué le 4 septembre 1792 par des volontaires de la Sarthe et de l’Orne.

Membre des Grand Conseil et Petit Conseil Neuchâtel au tournant des années 1750, puis des Quatre-Ministraux en 1757, Ostervald fonde en 1769 la Société typographique de Neuchâtel, qu’il dirige jusqu’en 1789. Il est auteur, entre autres, d’un cours de géographie (1757) plusieurs fois réédité et d’une description de la principauté de Neuchâtel (1764).

On joint :
Une autre lettre de La Rochefoucauld, cette fois autographe signée, au même
Brest, 13 août 1780, 1 p. 1/4 in-8° sur papier vergé

En déplacement à Brest, le duc de La Rochefoucauld enrichit sa bibliothèque auprès de son correspondant

« Le nouvel ouvrage que vous aussi sur les Découvertes Russes »

« La lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 5 de ce mois, vient, Monsieur, de m’être renvoiée ici ; je ne mérite point tous les remerciemens que vous voulez bien me faire ; le succès des démarches auxquelles j’eus part il y a deux ans, a été trop peu heureux, et quoique la case que vous plaidez soit certainement de toute justice, et que le Public y trouvât un véritable et très grand avantage, j’ai grand peur que les démarches nouvelles n’aient pas plus d’effet. Je suis trop loin de la capitale dans ce moment ci pour les seconder, et je n’ai pas assez de crédit pour ceux qui en décideront pour l’offrir, mais s’il se présentoit quelques occasions où je pusse vous être utile : je vous prie de croire que ce seroit avec beaucoup de plaisir de ma part.
Comme M. l’Abbé Monger vous a fait la demande des Volumes qui me manquent de votre Collection des Arts et Métiers, et qu’il a dû vous demander aussi pour moi, le nouvel ouvrage que vous aussi sur les Découvertes Russes, ce sera, par lui, si vous le trouvez bon, que je recevrai cet envoi, il n’y a que le cas où, à cause des nouvelles défenses, vous croiriez l’envoi plus dûr à mon adresse, que je vous prierois de me l’adresser ; Hotel de La Rochefoucauld, rue de Seine à Paris, en me fonnant avis du tems où il devoir arriver, pour que je pusse le faire returer de la Chambre syndicale.
Recevez, je vous prie, l’assurance ds sentimens avec lesquels j’ai l’honneur d’être, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,
Le Duc de La Rochefoucauld »

Provenance :
Coll. particulière

Nous remercions Nicolas Rieucau pour les éléments qu’il nous a aimablement communiqués.

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