MESRINE, Jacques (1936-1979)

Lettre autographe signée « El viejo à toi » à Jeanne Schneider
[Prison de Fleury-Mérogis], 17 janv. [19]77, 2 p. in-4°

« La mort est préférable à la prison à vie »

EUR 2.800 ,-
Fiche descriptive

MESRINE, Jacques (1936-1979)

Lettre autographe signée « El Viejo » à sa maîtresse Jeanne Schneider
[Prison de Fleury-Mérogis], 17 janv. [19]77, 2 p. in-4° sur papier ligné, au stylo bille bleu
Marques de pliures inhérentes à la mise sous pli

Belle lettre d’amour, ornée d’un dessin original, sur la parution prochaine de son livre et ses considérations sur la peine de mort


« Nanou d’amour,
Bonsoir mon ange. Ce soir ta longue lettre de vendredi.. je rigole… surtout pour la fin.. tu n’as pas besoin de donner mon adresse, elle est connue, mais tu as bien raison de ne pas être jalouse, qui voudrait d’un vieillard comme ton pirate ? ‘personne’.
[…] J’espère mon ange que ton boulot marche comme tu le désires et que quand on te parle de ‘Pige’ tu ne dis pas que toi tu en as tiré 7 et demi. Tu me dis la réaction de Raf ! avec son ‘que je le regretterai sous peu’, menace ou avertissement ? Pose lui la question. Je signe avec qui je le désire [allusion à son ouvrage à paraître, L’instinct de mort], je marche tout seul depuis l’âge de deux ans, je sais que pour lui c’est un très gros manque à gagner. Mais c’est bien lui qui nous a présenté Lattès. De plus, je n’ai qu’une parole qui une fois donnée ne peut être changée pour une question d’argent… même si la proposition est plus forte et cela par principe. Peut-être cherchera-t-il à couler mon bouquin – mais cela me laisse froid. Je ne suis pas né pour plaire mais pour être ce que je suis.
Hier soir j’ai ajouté un bouquet à ta lettre et écrit directement ce qui me passait par la tête. Que veux-tu ma puce, je t’aime et ici je me sens impuissant à te le prouver.
[…] Autrement je te vois demain, tu me donneras donc les dernières nouvelles. […] Tiens Gary Gilmore a été exécuté aux USA. Je trouve cela très bien puisqu’il l’avait demandé… l’homme est libre de son choix. La mort est préférable à la prison à vie. À sa place j’aurais agi de même si aucun espoir de cavale n’est réalisable. Demain te voir, j’espère que tu vas être ‘une gentille nana’ avec ce vieux voyou que je suis. Ah nanou ! sacrée tigresse va !… tu ne laisses pas approcher ton tigre. Ton vieil amant pose ses lèvres sur les tiennes avec amour… caresse de papier du livre de notre vie… je t’adore mon ange, c’est ça qui compte. Bonne nuit chaton & la bise à la puce.
El Viejo »


Comprenant qu’il se passera probablement des années avant qu’une nouvelle occasion d’évasion se présente à lui, Mesrine décide d’écrire son autobiographie, L’instinct de mort, qui paraît le 3 mars 1977 chez J-C Lattès. Il la rédige dans les Quartiers de haute sécurité (Q.H.S.) de la Santé et de Fleury-Mérogis. Le 19 mai, « l’ennemi public numéro un » est condamné à 20 ans de prison pour vols à main armée, recel et port d’armes par la cour d’assises de Paris, présidée par le juge Petit.
Gary Gilmore est condamné à mort pour le meurtre de deux hommes lors de vols à main armée commis dans l’Utah en juillet 1976. Après sa condamnation, il renonça à la plupart des recours et demanda lui-même l’exécution de sa peine. Il est exécuté par peloton d’exécution le 17 janvier 1977 dans la prison d’État de l’Utah, devenant le premier condamné exécuté aux États-Unis après le rétablissement de la peine de mort par la Cour suprême en 1976.

Mesrine rencontre Jeanne Schneider en 1968. Elle est une call-girl, dont les souteneurs ont été abattus par Mesrine, selon ses dires. Après plusieurs larcins commis en Europe, les amants fuient au Québec et poursuivent leurs activités criminelles. Ils passent plusieurs années en prison, et ce malgré l’acquittement du couple suite au meurtre d’Évelyne Le Bouthilier (patronne d’un motel à Percé où le couple Mesrine-Schneider avait résidé le soir de l’assassinat).
Rentrée en France pour purger sa peine à Fleury-Mérogis au début de 1973, Jeanne apprend que Mesrine vient d’être arrêté à Boulogne-Billancourt et condamné à 20 ans de prison. Les deux amants entretiennent dès lors une correspondance amoureuse. Fatiguée de cette vie de gangster, Jeanne Schneider fini par se ranger et rompre alors que lui est toujours en prison. Mesrine ne s’arrête pas, condamne avec acharnement ses conditions de détentions et s’évade. Il tombe sous les balles de la BRI après 16 mois de cavale, le 2 novembre 1979, à l’âge de 42 ans

Provenance :
Succession Jeanne Schneider

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