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Lettre autographe signée « Morellet » à Maine de Biran
S.l.n.d. [29 ou 30 déc. 1813], 3 p. in-8° à l’encre noire
« Voltaire a dit de Montesquieu : Le genre humain avoit perdu ses titres, Montesquieu les a retrouvés et les lui a rendus »
Lettre autographe signée « Morellet » à Maine de Biran
S.l.n.d. [29 ou 30 déc. 1813], 3 p. in-8° à l’encre noire sur papier vergé
Adresse autographe sur la quatrième page
Bris de cachet (très légère déchirure sans manque de texte)
Quelques décharges d’encre dues à la fermeture trop hâtive du courrier par Morellet
Nous restituons l’orthographe en l’état et avons ajouté les accents pour une meilleure lecture
Longue et superbe lettre sur le discours historique de Lainé devant le Corps législatif à l’occasion des préparatifs de la campagne de France
Un témoignage essentiel sur un épisode décisif de la politique française au tournant du XIXᵉ siècle et du rôle de l’éloquence parlementaire
« Mon cher et estimable collègue,
j’ai un grand désir de vous voir et de causer avec vous et vous savez sur quoi. Je n’ose vous proposer d’accepter chés moi un petit diner parce que je vous crois forcé de céder à des invitations nécessitantes. Si je pouvois vous réunir avec Mr [Joseph-Henri-Joachim ]Lainé je serois au comble de mes vœux et c’est une négociation dont je vous prierai de vous charger. En attendant vous m’obligerez beaucoup de me donner jeudy une ou deux heures de votre soirée, nous avons besoin, toute notre société, de vous témoigner notre reconnoissance pour le beau rapport que nous devons à chacun de vous et à tous les cinq. Ce sont là Libera verba animi [des mots libres de l’esprit]. Voltaire a dit de Montesquieu Le genre humain avoit perdu ses titres, Montesquieu les a retrouvés et les lui a rendus, on dira La nation française oublioit les siens, des hommes courageux les lui ont remis sous les yeux. J’ai trouvé le rapport admirable d’un bout à l’autre. Une diction simple, claire et pure. Une marche ferme. Un ordre très bien entendu. De beaux mouvemens et de ce qui fait comme dit Horace l’homme éloquent quod disertum facit [ce qui rend l’homme éloquent] mais pourquoi dirai-je l’impression que j’ai vécue lorsqu’elle a été universelle. J’ai vu plusieurs de vos confrères émus jusqu’aux larmes et je l’ai été moi même ainsi du tableau des maux qu’on soufferts les départements du midi. C’est un bel endroit aussi ou plutôt une belle vue que de demander aux souverains qu’il fasse connoitre à la nation par une déclaration formelle ce qu’il faut entendre par l’empire dont il veut défendre l’intégrité en s’imposant la loi de ne pas franchir cette limite. C’est du moins là comme j’ai entendu cette partie du discours. Le discours est sans doute de vous cinq pour le fonds, toutes les idées vous en étant communes, mais à la manière dont M. Lainé l’a débité à l’énergie qu’il a donnée dans sa déclamation, à certaines expressions, à la force et à la vérité de son action, je crois que la rédaction est son ouvrage et je n’hésite pas à dire qu’il est digne de la tribune d’où [se] sont fait entendre les Cicéron et les Hortentius. Je tâcherai de vous voir au corps législatif mais je n’ai pas voullu vous exprimer mes sentimens dans la circonstance présente au milieu du tumulte et de vos assemblées.
Je vous salüe de tout mon cœur.
Mercredi
Morellet… »
Membre du Corps législatif depuis 1808, André Morellet fut aux premières loges du discours de Joseph-Henri-Joachim Lainé, dont il livre ici un témoignage de première main : ce dernier est nommé en 1813 membre de la commission extraordinaire (dite Commission des cinq et dont Maine de Biran était partie prenante) par le Corps législatif pour déterminer les « besoins et les désirs de la Nation ». Lainé prononce le 28 décembre 1813 au Palais Bourbon une allocution historique présentant un rapport exprimant le vœu de la France pour la paix et la préservation de l’intégrité du territoire, en pleine Campagne de France et dans un contexte de crise impériale. Son rapport, plaidant pour des réformes plus libérales et évoquant « Paix et Liberté », déplaît à Napoléon. Sous la colère de l’Empereur, Lainé quitte alors le Corps législatif et se retire à Bordeaux, d’où il accueille la Restauration avec ferveur quelques mois plus tard.
Éminent encyclopédiste et écrivain, Morellet se distingue des autres membres du parti philosophique, en ce que la plupart de ses écrits ont été autant d’actions, c’est-à-dire qu’ils ont été produits en vue d’une application pratique. Il siège au fauteuil 5 de l’Académie de 1785 à 1819. Ses lettres sont fort rares sur le marché.
On joint :
Une lettre autographe signée de l’abbé François-Xavier-Marc-Antoine de Montesquiou-Fézensac, également adressée à Maine de Biran
S.l.n.d. [c. 1815 ?], 1/2 p. in-4° sur papier vergé
Adresse autographe sur la quatrième page, bris de cachet sans manque de texte
Fervent plaidoyer visant à faire adopter le titre de « Louis le Désiré » pour le roi par le Corps législatif
« Seroit il possible, Monsieur, que l’adresse du Corps l[é]g[isla]tif donnat au Roi [Louis XVIII] le titre de Louis le Désiré. Nous scavons que cest celui qui le flatte le plus, et il lui seroit particulierement agréable dans la bouche des députés ; permettes moi de vous remettre cette négotiation qui seroit a merveille dans vos mains, puisque personne ne seroit s’y porter de meilleure volonté.
L’abbé de Montesquiou »
Membre du Conseil d’État provisoire à partir du 26 avril 1814, l’abbé de Montesquiou accepte, à regret, le portefeuille de l’Intérieur le 13 mai 1814. Il exerce ces fonctions jusqu’au 19 mars 1815, faisant preuve d’une bienveillance envers les agents de l’Empire, dont la plupart furent maintenus, ce dont ils se montrèrent reconnaissants. Pendant les Cent-Jours, il se retire en Angleterre et décline avec dignité les 100 000 francs d’indemnité que Louis XVIII offrait à chacun de ses ministres. Il obtient le titre de Ministre d’état sous la seconde Restauration.
Provenance :
Coll. particulière