[RIMBAUD] VERLAINE, Paul (1844-1896)

Lettre autographe signée « Votre P Verlaine » à l’abbé Louis Le Cardonnel
Paris, 9 fév[rier] [18]86, 2 p. 1/4 in-8° sur papier de deuil

« Je ne sais vraiment où je vais, c’est ce qu’on appelle ne plus vivre. Une inquiétude animale que berce je ne sais quel zutisme qui est peut-être l’espoir en tel lieu »

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Fiche descriptive

[RIMBAUD] VERLAINE, Paul (1844-1896)

Lettre autographe signée « Votre P Verlaine » à l’abbé Louis Le Cardonnel
Paris, 9 fév[rier] [18]86, 2 p. 1/4 in-8° sur papier de deuil
Traces de pliures, petites taches

Verlaine est à la recherche du manuscrit des Illuminations


« Mon cher Le Cardonnel
On ne vous voie plus ; que devenez-vous donc ?
Combien j’aimerais à vous voir !
Tâchez d’avoir le plus tôt possible les Illuminations et apportez-les-moi en toute hâte.
Très pressé
[en] vue [d’] une édition probable de Rimbaud complet[e].
– Hélas 15 ans tout ce que cette femme intelligente
[Mathilde Mauté] n’en détient ou a [deux mots caviardés] détruit.
Ma situation se fonce ou se défonce, au choix. Je ne sais vraiment où je vais, c’est ce qu’on appelle ne plus vivre. Une inquiétude animale que berce je ne sais quel zutisme qui est peut-être l’espoir en tel lieu.
Je travaille ferme cependant ? Voici presque les mémoires d’un veuf sur le « marbre », et je termine deux autres volumes en prose dont la seconde série des Poètes Maudits.
[…]
Apportez donc enfin les vers et à très bientôt, n’est-ce pas ?
Votre P Verlaine »


L’ensemble des poèmes formant les Illuminations est remis par Rimbaud à Verlaine lors de leur dernière entrevue, en février 1875, à Stuttgart. Quelques mois plus tard, Verlaine transmet un dossier de « poèmes en prose » (qu’il n’intitule pas encore Les Illuminations) à Germain Nouveau, selon une lettre de Verlaine à Ernest Delahaye. Le manuscrit est ensuite rendu à Verlaine, qui le remet à son beau-frère, Charles de Sivry. Ce dernier le conserve de nombreuses années avant de le donner à Louis Le Cardonnel, qui le confie à l’un de ses amis, Louis Fière. C’est de chez celui-ci que Verlaine parvient finalement à le faire envoyer chez Gustave Khan, directeur de la revue La Vogue, qui l’y publie en mai et en juin 1886.
Verlaine prend les traits d’un « Pitoyable frère » dans le poème « Vagabonds », issu du recueil en question.

Les Mémoires d’un veuf paraissent la même année chez son éditeur, Léon Vanier. L’autre ouvrage auquel Verlaine fait allusion est peut-être Louise Leclercq, publié également en 1886.

La deuxième édition des Poètes maudits paraît, quant à elle, en 1888. S’y ajoutent trois portraits en plus de ceux de Corbière, Rimbaud et Mallarmé : Desbordes-Valmore, Villiers de l’Isle-Adam et Verlaine lui-même, sous l’anagramme de Pauvre Lélian.
Enfin, il est intéressant de noter que Verlaine accuse ici ouvertement son épouse de détenir ou d’avoir « détruit » des manuscrits de Rimbaud.

Lettre inédite