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Lettre autographe signée « Émile Zola » [à Aurélien Scholl]
Paris, 10 avr. [18]86, 2 p. in-8°
« L’ingratitude dont vous m’accusez pour Balzac m’a ému ; et je m’en défends »
Lettre autographe signée « Émile Zola » [à Aurélien Scholl]
Paris, 10 avr. [18]86, 2 p. in-8° à l’encre noire
Petites taches sans gravité, traces de pliures dues à la mise sous pli d’origine
Vive réaction de Zola, accusé de ne pas avoir reconnu l’héritage balzacien à travers Pierre Sandoz, son double dans L’Œuvre
« Merci mille fois, mon cher confrère, des choses trop élogieuses que vous pensez de ‘l’Œuvre’. Mais l’ingratitude dont vous m’accusez pour Balzac, m’a ému ; et je m’en défends. Voici deux lignes de mon livre qui vous ont échappé évidemment : ‘Sandoz haussa désespérément les épaules : lui aussi se lamentait d’être ni au confluent d’Hugo et de Balzac’ (p. 52). Ce qui établit la filiation dont je suis fier, loin de la renier tout en regrettant aux heures d’orgueil de n’être pas mon père à moi-même.
Merci encore, et veuillez me croire votre dévoué et reconnaissant.
Émile Zola »
Cette lettre vient en réponse à un article du quotidien Le Matin du 10 avril, dont la une, rédigée par Aurélien Scholl, est consacrée à L’Œuvre, quatorzième volume de la série des Rougon-Macquart. Le roman paraît quelques jours plus tôt, le 31 mars, après avoir occupé quatre-vingts feuilletons dans le Gil Blas, entre le 23 décembre 1885 et le 27 mars 1886.
On connaît les vives réactions que le roman a suscitées, notamment chez ses compagnons artistes avec qui le romancier partagea jadis une vie de bohème dans le quartier des Batignolles. Deux personnages ressortent du roman, Claude Lantier et Pierre Sandoz. Si le premier est largement inspiré de ses amis Cézanne et Manet, Zola fait du second son double de manière très explicite.
D’abord laudatif dans son article : « L’Œuvre est un beau livre, le plus beau livre qu’ait écrit Zola. Dans une langue élevée, superbe, vibrante d’éloquence, l’auteur a montré l’artiste aux prises avec son rêve. » ; Scholl porte l’estocade dans un second temps, citant le personnage Sandoz et accusant par la même occasion le romancier de ne pas reconnaître l’héritage balzacien, dont Zola n’avait d’ailleurs jamais fait mystère : « ‘Il faut mourir pour avoir raison’ [allusion au suicide de Claude Lantier] dit Sandoz dans l’une des plus belles pages de l’Œuvre. Voilà un avis que je ne saurais partager. Je sais bien qu’on a élevé des statues à des gens qu’on a laissés mourir de faim […] Balzac vivant a pu jouir de toute sa gloire, et Sandoz ne fait pas à Balzac mort l’honneur d’une mention. Sandoz parle à plusieurs reprises, avec un enthousiasme sincère, de son œuvre colossale, l’histoire d’une famille sous le Second Empire […] et il semble n’avoir jamais eu connaissance de la Comédie humaine. Pourtant Balzac est mort. Et j’en appelle à Sandoz lui-même, si Claude Lantier n’était pas un Rougon-Macquart, s’il était né à Orléans et non à Plassans, en quoi son roman en serait-il modifié ? Quel détail faudrait-il y changer ? » Ici la réponse de Zola prend tout son sens…
Provenance :
Coll. particulière
Lettre inédite