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Épreuve originale sur papier albuminé
[Paris, entre fin 1861 et début 1862], 25,1 x 18,5 cm
Le chef-d’œuvre d’Étienne Carjat, seul tirage d’époque connu
Épreuve originale sur papier albuminé
[Paris, entre fin 1861 et début 1862]. Timbre humide « Et. Carjat »
(25,1 x 18,5 cm) Contrecollé sur carton avec timbre sec du photographe (31,8 x 24,9)
Angles du montage découpés sans atteinte au tirage, pupilles retouchées et quelques petits points noircis dus aux retouches du photographe ; annotations au stylo bille au verso
Encadrement (réversible) sous verre musée, Marie-Louise anthracite avec biseau blanc, cadre doré
BAUDELAIRE CANDIDAT À L’ACADÉMIE
Le chef-d’œuvre d’Étienne Carjat, seul tirage d’époque connu
Baudelaire candidat à l’Académie :
Poussé par une aspiration sincère à la reconnaissance littéraire et à l’honneur académique, Baudelaire officialise sa candidature à l’Académie française en adressant une lettre à Abel Villemain, secrétaire perpétuel de l’institution, aux premiers jours de décembre 1861. À cette même période, le poète fait réaliser son portrait par Étienne Carjat dans le but de donner plus de crédit à sa démarche.
Sa candidature suscite toutefois des réactions contrastées. Si Lamartine et Sainte-Beuve l’incitent à y renoncer, Charles Asselineau lui apporte son soutien. Alfred de Vigny, malgré l’admiration qu’il témoigne à son œuvre, se montre également réservé quant à cette entreprise. Gustave Flaubert, sollicité par Baudelaire pour intervenir en sa faveur, ne manque pas d’exprimer son ironie dans une lettre adressée à Jules Sandeau le 26 janvier 1862. La presse se montre, elle aussi, largement hostile : Le Figaro et La Chronique parisienne raillent notamment les ambitions académiques du poète.
Confronté à la froideur de l’institution et à l’absence de perspectives favorables, Baudelaire finit par retirer sa candidature le 10 février 1862, avant l’issue définitive du processus électoral.
Ce saisissant portrait, le plus célèbre sur les seize photographies connues du poète, cristallise l’essence même de son aura et de son œuvre. De cette photographie, Ivanovitch Ourousof écrit dans le Tombeau de Baudelaire : « Baudelaire vu jusqu’à mi-corps avec un vêtement flasque et flottant, un col de chemise non empesé, une cravate de couleur unie nouée mollement. Figure rasée, cheveux se faisant rares et courts, ramenés sur le front. Aspect maladif et pauvre. Très belle photographie. »
Ami du poète, Carjat est aussi caricaturiste et directeur de périodiques. Il accueille de Baudelaire des textes dans son hebdomadaire Le Boulevard. Surtout, il laisse de lui de magnifiques portraits photographiques, pris au cours de trois séances, à la fin de 1861 ou au début de 1862, en 1863 et en 1866. Lors de la première séance, Étienne Carjat prend trois clichés différents, où Charles Baudelaire apparaît dans trois poses successives : debout, assis, et, comme ici, en buste — le plus intense avec son cadrage rapproché dramatique. Ces portraits font l’objet d’une annonce publicitaire de mise en vente publiée dans Le Boulevard du 12 janvier 1862.
Cette épreuve est aujourd’hui la seule connue à avoir été tirée du vivant de Baudelaire :
Le timbre à l’adresse de la rue Laffitte permet de situer ce tirage entre le moment où est pris le cliché et celui où Étienne Carjat déménage rue Pigalle, en 1866. Il installe en effet son premier studio au n° 56, rue Laffitte, à Paris, en 1861, mais, faisant face à des ennuis d’argent et à des disputes avec ses associés Georges-Mathurin Legé et Sosthène Bergeron-Danguy, il est contraint de leur vendre en 1866 son atelier et son fonds. Legé et Bergeron utilisent alors un timbre sec conservant le nom de Carjat mais avec le leur ajouté.
Ce portrait est devenu le plus célèbre du poète
« C’est une grande épreuve qui n’a rien à envier aux portraits de Nadar, ni l’extraordinaire assise de la figure, ni le clair-obscur dramatique qui creuse les traits, donnant au regard une intensité presque insoutenable tant elle est douloureuse » (Cat. Nadar, 1994, p. 84)
Baudelaire a beau fortement désapprouver la photographie, ses carnets rapportent de fréquentes visites chez Carjat. Baudelaire en dit : « Cela [le portait] n’est pas parfait, parce que cette perfection est impossible, mais j’ai rarement vu quelque chose d’aussi bien » (cité d’après cat. Carjat, 1983, p. 22)
Le précieux exemplaire de la mère de Charles Baudelaire
Provenance : Caroline Dufaÿs puis Baudelaire, puis Aupick (1794-1871), avec qui le poète entretint des relations souvent houleuses mais passionnelles et en tout cas étroites.
Puis Félicité Baudelaire, née Ducessois (1812-1902), par succession. Elle est veuve du demi-frère de Charles Baudelaire, Alphonse (1805-1862). Charles Baudelaire, qui la critiqua sur le tard, fit mine de la courtiser dans ses jeunes années pour agacer Alphonse, et lui marqua ensuite longtemps de la sympathie. Elle reçut une partie des biens de Caroline Aupick en 1871, et les souvenirs baudelairiens qui s’y trouvaient passèrent ensuite entre les mains des enfants de son frère Félix Ducessois (1826-1897) — Félicité n’ayant pas eu d’enfant. Puis Henri et Louise Ducessois (neveux de Félicité), puis Geneviève et Raffael Ducessois.
Cette épreuve albuminée ne doit pas être confondue avec la photoglyptie publiée ultérieurement dans la série Galerie contemporaine.
Iconographie :
Tirage reproduit dans l’Album Baudelaire, éd. Stéphane Guégan, Pléiade, 2024, p. 195, n°180