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Manuscrit autographe pour L’Orage
S.l.n.d. [c. 1975], 8 p. in-folio oblongues (30 x 40 cm)
« Parlez-moi de la pluie et non pas du beau temps / Le beau temps me dégoûte et m’ fait grincer les dents… »
Manuscrit autographe pour L’Orage
S.l.n.d. [c. 1975], 8 p. in-folio oblongues (30 x 40 cm) à petits carreaux, au feutre noir
Trous de classeur, annotations typographiques d’une autre main sur le premier et le sixième feuillet
Parfait état de conservation
L’Orage, ou l’adultère revisité par Brassens avec humour et poésie
Très précieux manuscrit autographe complet de l’une de ses chansons les plus mythiques
Tout amateur de Brassens identifie immédiatement les mots de la première strophe de ce titre mythique :
« Parlez-moi de la pluie et non pas du beau temps / Le beau temps me dégoûte et m’ fait grincer les dents / Le bel azur me met en rage / Car le plus grand amour qui m’ fut donné sur terre / Je l’ dois au mauvais temps, je l’ dois à Jupiter, / Il me tomba d’un ciel d’orage… »
L’enregistrement de la chanson a lieu en février 1960, au Studio Blanqui, à Paris. Elle gravée dans la foulée sur l’album Les Funérailles d’antan. Pour l’orchestration, Brassens est accompagné par son fidèle contrebassiste Pierre Nicolas et, à la deuxième guitare, Victor Apicella.
Brassens a recopié sur de très grands feuillets (en recto seul) la chanson in-extenso. Ce manuscrit lui servi peut-être de prompteur lors de l’émission Numéro Un, présentée par son ami Marcel Amont le 10 janvier 1976. Brassens y est accompagné du guitariste Joël Favreau. Filmé en plan rapproché, le poète sétois fixe un point immobile, laissant supposer la présence d’un souffleur retirant les feuillets au fur et à mesure de l’interprétation. Cette mise au propre ne contient aucune faute de l’auteur, hormis un léger repentir visible sur le premier feuillet, sur la deuxième ligne : « fais » devient « fait ». Brassens a par ailleurs rajouté de sa main, à la mine de plomb, quelques accents circonflexes sur certains mots.
Composée sans refrain, la chanson se développe uniquement en couplets narratifs. Cette construction linéaire, fondée sur des couplets successifs et magnifiquement rythmée, renforce l’impression d’un « conte chanté », où chaque élément contribue à l’avancée de l’histoire. Brassens y évoque « son amour pour le mauvais temps et son coup de foudre pour sa voisine, épouse d’un représentant d’une maison de paratonnerres, qui, affolée un soir d’orage, vint lui réclamer ses bons offices… » (1976 : le coup de foudre de Georges Brassens, INA).
L’œuvre se distingue par sa dimension à la fois ludique et presque didactique, multipliant les références et les clins d’œil culturels tout en conservant un rythme alerte et une grande cohérence formelle. L’ensemble donne à cette scène d’adultère fortuit une portée plus universelle sur la fragilité des engagements et la contingence des situations humaines.
Le succès transgénérationnel de ce titre est tel que de nombreux jeunes interprètes l’ont intégré à leur répertoire, aux côtés d’artistes français et étrangers déjà reconnus, portant aujourd’hui à plus de cent le nombre d’interprétations de L’Orage.
Provenance : Succession Sophie Duvernoy (1930-2025)
Figure discrète mais essentielle de l’entourage de Georges Brassens, Sophie Duvernoy entre à son service en 1969, après avoir travaillé chez le dessinateur Raymond Peynet. Elle l’appelait « le bon maître », surnom que Georges Brassens lui avait lui-même suggéré, non sans malice, lors de leur rencontre. Originaire de Pologne et de neuf ans la cadette du chanteur, elle est recrutée presque fortuitement par ce dernier lorsque Peynet part s’installer dans le Sud. Brassens vit alors dans l’immeuble Le Méridien, rue Émile Dubois, aux côtés de voisins et amis tels que Jacques Brel. Dès lors, Sophie accompagne Brassens dans son installation rue Santos-Dumont et s’impose rapidement comme une présence stable dans un environnement marqué par les visites d’amis et du monde artistique. Se dessine ainsi une relation fondée sur la confiance et la complémentarité entre deux tempéraments réservés.
Au cœur de cet espace domestique devenu lieu de création, Sophie Duvernoy assume un rôle central, veillant à préserver les conditions nécessaires au travail du poète sétois. Gardienne du silence, responsable de l’intendance et des échanges avec l’extérieur, elle évolue au plus près du processus créatif de Brassens sans jamais en troubler l’équilibre. Sa proximité se manifeste également par une participation ponctuelle à son œuvre. En effet, elle prend part au chœur des copains (avec notamment Claudine Caillart, Fred Mella, Joël Favreau, Pierre Nicolas, André Tavernier…) dans deux chansons, Tempête dans un bénitier et Le Roi. Après la mort de son « bon maître », elle vit dans un appartement acquis par ce dernier et dont il lui avait garanti l’usage à vie, témoignant ainsi de la place singulière qu’elle occupa, à la fois dans son quotidien et à proximité immédiate de sa création artistique.