CÉLINE, Louis-Ferdinand (1894-1961)

Lettre autographe signée « LF Céline » [à Roger Vailland]
[Korsør], 29 [janvier 1950], 3 p. in-folio

« Je vois que vous êtes de jolis assassins bien déterminés … »

EUR 2.000 ,-
Fiche descriptive

CÉLINE, Louis-Ferdinand (1894-1961)

Lettre autographe signée « LF Céline » [à Roger Vailland]
[Korsør], 29 [janvier 1950], 3 p. in-folio sur papier vergé, à l’encre bleue
Marques de pliures habituelles

Projet d’assassinat de Céline : lettre inédite de l’écrivain, mêlant sarcasme et insulte, en réaction à l’article du résistant Roger Vailland « Nous n’épargnerions plus Louis-Ferdinand Céline », publié à l’occasion de la parution de Casse-pipe

« VOUS ÊTES BEAUCOUP TROP CON POUR RIEN COMPRENDRE À RIEN… »


« Monsieur,
Je ne suis pas disposé à rire mais votre rocambolesque histoire de « n’épargnerions plus… » est tout de même cocasse… Je vois que vous êtes de jolis assassins bien déterminés… et bien imaginatifs aussi pour avoir vu Laubreaux jamais chez moi ! [Alain Laubreaux, journaliste collaborationniste à Je suis partout] même à travers les rideaux ! Ou étiez-vous en 39 vous qui maniez si bravement les armes dans l’ombre au coin des rues… ? et en 14… ? ou résistiez-vous…? Ah je voudrais vous voir moi dans un escadron face au feu ! au véritable combat des véritables hommes pas au « guet-apens » dans les escaliers sombres…
Mais c’est beaucoup trop vous demander… ah la « société en décomposition » !… allez, allez comploter avec les dames Simone ou autre c’est votre lieu… Et bonjour à Champfleury si vous le rencontrez ! C’était un brave homme et je crois un ami. – C’est bien la valise de Simone que j’ai portée dont je me suis chargé un jour ? Et de son appendicite ?
Oh mais vous êtes beaucoup trop con pour rien comprendre à rien.
LF Céline
Mutilé de guerre engagé volontaire des 2 guerres, invalide miliaire nov. 1914 »


Dans son article « Nous n’épargnerions plus Louis-Ferdinand Céline », publié par La Tribune des Nations le 13 janvier 1950, Roger Vailland revient sur les circonstances dans lesquelles un groupe de résistants auquel il appartenait aurait envisagé d’exécuter l’écrivain, qui habitait alors l’appartement au-dessus de celui où ils tenaient leurs réunions, au 4, rue Girardon. Le projet aurait finalement été abandonné en considération du talent littéraire de Céline. Ce récit rétrospectif s’inscrit dans un contexte d’après-guerre marqué par les débats autour de la collaboration et de l’épuration. Céline identifie rapidement son « tueur morveux », son « épurateur soi-disant » qu’il tourne en dérision dans Féerie. Il ne répondra directement à ce texte qu’en février 1958 dans Le Petit Crapouillot. Le « témoignage » de Vailland est démenti par Robert Chamfleury, chez qui les réunions de résistants avaient lieu, puis par Jacques Francis Rolland, fils de l’écrivain Louis Francis qui fréquentait l’atelier de Gen Paul avant-guerre.
On retrouve un récit détaillé du projet d’assassinat de l’écrivain dans Céline, par Yves Buin (2022, Folio) : « Juillet 1943, un soir, dix résistants du réseau Champfleury-Mabille sont réunis, imprudemment, dans l’appartement de Robert Champfleury au quatrième étage du 4, rue Girardon, au-dessous de l’appartement de Céline. Céline vient de recevoir le caricaturiste Ralph Soupault, secrétaire de la Fédération de Paris du P.P.F., et Alain Laubreaux, critique théâtral à Je suis partout. Céline les raccompagne. La descente de l’escalier est bruyante et ne peut échapper au groupe du quatrième qui, des fenêtres, observe le trio poursuivant sa discussion sur le trottoir. Une idée naît que formule l’un des résistants, Roger Vailland : « Et si l’on tuait Céline ? » Une grenade lancée du quatrième ferait l’affaire mais aurait pour conséquence de condamner l’appartement de Champfleury, plaque tournante de diverses filières de la Résistance – n’a-t-il pas abrité une réunion du prestigieux C.N.R. ? – et les mettrait en danger, lui et sa compagne. Puisque Céline est ainsi bien repéré, à l’occasion d’une autre visite des collaborateurs, il sera aisé à partir du petit square de l’avenue Junot de les mitrailler et de s’enfuir dans la nuit. Deux hommes suffiront. Une action classique de commando. Ni vu ni connu. Exit, Céline, l’infâme, et ses acolytes honnis. Ce scénario a existé. On l’a dit, Céline, sur liste noire, recevait des menaces fréquentes, anonymes. Dès la parution de Bagatelles, il prévoyait un règlement de comptes dont il serait la victime… »

Provenance :
Coll. particulière

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