CHATEAUBRIAND (de), François-René (1768-1848)

Lettre autographe signée « Chateaubriand » à Laure de Cottens
Paris, 27 décembre 1832, 4 pp. in-4°

« J’espérais bien travailler en paix à mes mémoires et ne revoir jamais une patrie qui n’en est plus une pour moi »

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Fiche descriptive

CHATEAUBRIAND (de), François-René (1768-1848)

Lettre autographe signée « Chateaubriand » à Laure de Cottens
Paris, 27 décembre 1832, 4 pp. in-4°
Déchirure en marge inférieure sans manque

Superbe et longue lettre de Chateaubriand, au ton désabusé, évoquant ses Mémoires d’outre-tombe et la publication de son Mémoire sur la captivité de la Duchesse de Berry


« Vous avez bien voulu, Madame, vous intéresser à mon voyage en France. Voici ce qui m’est arrivé. J’ai presque toujours été malade ; un excès de travail m’a donné une fièvre de nerfs ; je suis encore, en vous écrivant, mangé par des sangsues qui me serrent le cou. Malgré toutes ces misères, mon ouvrage est achevé ; il paraîtra samedi [29 décembre 1832]. Je n’en espère rien pour la prisonnière [Marie Caroline de Bourbon-Siciles, duchesse de Berry], mais je remplis un devoir à mes risques et périls sans m’embarrasser du reste. On dit qu’on n’arrêtera cette fois, ni ma personne, ni mon écrit. Peu m’importe. Je ne les aime, ni ne les estime, ni ne les crains.
J’ai été vivement contrarié, Madame, par le malheureux accident : J’espérais bien travailler en paix à mes mémoires et ne revoir jamais une patrie qui n’en est plus une pour moi. Désormais, je ne pourrai guères quitter de nouveau la France avant le retour de la belle saison. M[a]d[am]e de Chateaubriand n’est pas assez bien portante pour se mettre en route au milieu de l’hyver. Nos regrets et nos espérances, Madame, en partant de Genève, et en y retournant, sont toujours de vous quitter et de vous retrouver. Agréez, Madame je vous prie, avec tous mes souhaits de bonne année, mes respectueux hommages. Je me recommande au souvenir de votre charmante famille et de nos amis communs.
Chateaubriand
Vous savez, madame, que je n’ai pu communiquer avec la prisonnière et qu’on ne lui a pas fait passer mes lettres. Il en est de même pour tout le monde. Ceux qui ont dit que Madame avait agréé l’offre de leur service se sont trop avancés. Madame n’a écrit ni pu faire écrire à personne. »


L’aventureuse Duchesse de Berry : Marie-Caroline de Bourbon-Siciles, fille du roi des Deux-Siciles François I er Xavier et de Marie-Clémentine d’Autriche, épousa en 1816 le duc de Berry Charles-Ferdinand (assassiné par le bonapartiste Louvel en 1820), fils de Charles X, dont elle eut un fils, Henri d’Artois (Henri V). Exilée à la révolution de Juillet (1830), elle revint en France en avril 1832 et tenta sans succès de soulever le peuple en Provence, en Vendée et en Bretagne, dans le but d’une restauration légitimiste : arrêtée à Nantes en novembre 1832, elle fut enfermée à Blaye, et libérée seulement en 1833.

Chateaubriand, une des personnalités saillantes du légitimisme : bien que sollicité personnellement par la duchesse de Berry, il réprouva d’abord la folle équipée de celle-ci, mais il fut arrêté sur simple soupçon de participation au complot et retenu prisonnier du 16 au 30 juin 1832. Après la capture de la duchesse, il s’activa néanmoins pour lui venir en aide, publiant à la fin de décembre 1832 (imprimé à la date de 1833) un retentissant Mémoire sur la captivité de Madame la duchesse de Berry, dont il est ici en partie question, qui lui valut à son tour un procès. Il en sort acquitté le 27 février.

Amie de Chateaubriand, Laure de Cottens, avait failli épouser son cousin éloigné Benjamin Constant. Elle habitait Lausanne et était la fille de la femme de lettres suisse Constance Constant d’Hermenches, dont le père avait été général au service de France et qui fut liée d’amitié avec les Lameth, la duchesse de Biron, madame de Genlis, ou encore le général de Montesquiou. Dans ses Mémoires d’outre-tombe, Chateaubriand évoque brièvement madame de Cottens, « femme affectueuse, spirituelle et infortunée »

Références :
Corr. générale
, éd. Gallimard – Nrf –  vol. IX – p. 215-216, n° 294