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Lettre autographe signée (paraphe) à Mme de Vintimille
[Paris], 16 août 1806, 4 pp. in-12°, à l’encre brune
« Chateaubriand parle déjà de son retour… »
Lettre autographe signée (paraphe) à Mme de Vintimille
[Paris], 16 août 1806, 4 pp. in-12°, à l’encre brune
Plusieurs caviardages et surcharges de la main de Joubert
Précieux témoignage de Joubert sur les pérégrinations italiennes de son ami Chateaubriand, en partance pour l’Orient
« Chateaubriand parle déjà de son retour. « Il nous racontera, dit-il, dans nos foyers, à la fin de cet automne, les choses des pays lointains. »
Il faut vous dire qu’en arrivant à Trieste, le 30 juillet, il a trouvé dans le port un navire autrichien, prêt à partir pour Smyrne le lendemain et qui semblait avoir appareillé exprès pour lui. Aussi n’a-t-il pas douté que ce ne fût là une galanterie que lui faisait la Providence. Il l’a très chrétiennement remerciée et s’est enfin senti content et charmé de son sort.
« Son étoile, à ce qu’il me marque, commence à l’emporter visiblement et les prières de Saint-Sulpice ont opéré. » Saint-Sulpice, c’est-à-dire le séminaire, fait en effet, tous les soirs, pour son heureux voyage, une prière à laquelle il a beaucoup de foi depuis le vaisseau autrichien […] On a imprimé ce matin dans le Mercure un bout de lettre qu’il a adressé à Bertin et dans laquelle il parle assez mal de Venir et de ses gondoles noires. […] Il ajoute « qu’il a pris une de ces gondoles pour un mort qu’on portait en terre. » Je meurs moi-même, je meurs de peur que le Publiciste [devenu plus tard Le Journal des débats] ne s’empare de cette phrase et que l’étoile du pauvre Chateaubriand ne soit battue dans cette petite occasion.
Vraiment, sa femme entend mieux les petites choses et, si le Publiciste lisait ses lettres, il les trouverait de bon goût et dignes de ses feuilletons. […] Cette plume vive et leste mérite, je crois, de vous faire quelque plaisir.
[Ici Joubert reproduit la lettre de Madame de Chateaubriand du 26 juillet, n°139 142]. Je n’ai pas sous les yeux la deuxième lettre à ma femme, et qui est encore plus piquante. Au moment où elle l’écrivait, son mari était parti la veille à dix heures du soir. Il voyage toujours la nuit, comme vous voyez […] Dieu les conduise et les ramène tous les deux ! J’attends la femme et le mari. Nous consolerons celle-ci du mieux que nous pourrons. C’est fâcheux de ne pouvoir espérer des nouvelles de l’autre que par son retour et sa présence. Enfin, il faut espérer que la même Providence que vous lui assignez ainsi que moi, et qui l’a suivi jusqu’au port, ne l’abandonnera pas et l’y ramènera. Ici finissent mes fonctions de nouvelliste et je donne ma démission. »
Rendu aux lettres, Chateaubriand conçoit le projet d’une épopée chrétienne, où seraient mis en présence le paganisme expirant et la religion naissante. Désireux de visiter par lui-même les lieux, il quitte Venise pour l’Orient le 28 juillet 1806. Laissant derrière lui une épouse aimante et patiente, il traverse Trieste, la Dalmatie et Corfou, puis débarque dans le Péloponnèse le 10 août. Il parcourt ensuite la Grèce, l’Asie Mineure, la Palestine et l’Égypte avant de revenir en France dans le courant de l’année 1807.
Chateaubriand fait la connaissance de Joubert en 1801 par le truchement de Louis de Fontanes, dans le salon parisien de Pauline de Beaumont. Il édite, en 1838, pour le cercle restreint de ses amis, le premier Recueil des pensées de M. Joubert, choisies parmi les quinze mille pages de ses carnets.
Dans ses Mémoires d’outre-tombe, Chateaubriand esquisse en quelques traits le portrait de Madame de Vintimille : « Femme d’autrefois, comme il en reste peu, [elle] fréquentait le monde et nous rapportait ce qui s’y passait » (t. II, p. 263).
Provenance :
Coll. P.E.R.
Bibliographie :
Correspondance générale, t. II, éd. Rémy Tessonneau, William Blake & Co. Edit, Bordeaux, 1996, n°141