GENET, Jean (1910-1986)

Manuscrit autographe signé en-tête « J.G » de premier jet
S.l.n.d [Tanger, 1970], 1 p. in-12 au verso d’une enveloppe

« Sans bras, sans jambes, sans ventre, sans cœur, sans sexe, sans tête, en somme un ennemi complet portant sur lui déjà toutes les marques de ma bestialité »

EUR 3.000,-
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Fiche descriptive

GENET, Jean (1910-1986)

Manuscrit autographe signé en-tête « J.G » de premier jet
S.l.n.d [Tanger, 1970], 1 p. in-12 au verso d’une enveloppe
Quelques mots caviardés

Puissant texte sous forme d’annonce, introduisant son dernier livre posthume L’Ennemi déclaré


« J.G. cherche, ou recherche, ou voudrait découvrir, ne le jamais découvrir, le délicieux ennemi très désarmé, dont l’équilibre est instable, le profil incertain, la face inadmissible, l’ennemi qu’un souffle casse, l’esclave déjà humilié, se jetant lui-même par la fenêtre sur un signe, l’ennemi vaincu : aveugle, sourd, muet. Sans bras, sans jambes, sans ventre, sans cœur, sans sexe, sans tête, en somme un ennemi complet portant sur lui déjà toutes les marques de ma bestialité qui n’aurait plus – trop paresseuse – à s’exercer. Je voudrais l’ennemi total, qui me haïrait sans mesure et dans toute sa spontanéité, mais l’ennemi soumis, vaincu par moi avant de me connaître. Et irréconciliable avec moi en tout cas. Pas d’amis. Surtout pas d’amis : un ennemi déclaré mais non déchiré. Net, sans faille. De quelles couleurs ? Du vert très tendre comme une cerise au violet effervescent. Sa taille ? Entre nous, qu’il se présente à moi d’homme à homme. Pas d’amis. Je cherche un ennemi défaillant, venant à la capitulation. Je lui donnerai tout ce que je pourrai : des claques, des gifles, des coups de pieds, je le ferai mordre par des renards affamés, manger de la nourriture anglaise, assister à la Chambre des Lords, être reçu à Buckingham Palace, baiser le Prince Philip, se faire baiser par lui, vivre un mois à Londres, se vêtir comme moi, dormir à ma place, vivre à ma place : je cherche l’ennemi déclaré »


Genet fait à la fois le portrait d’un vaincu et d’un vainqueur. Il se tourne lui-même en dérision afin de compromettre un peu plus sa victoire et finalement la trahir.

Parmi les textes et interventions de Genet réunis dans L’Ennemi déclaré, on compte articles, entretiens, déclarations, préfaces, manifestes et discours. Tous rendent compte d’un paradoxe : celui qui est l’écrivain le plus solitaire et retranché de son temps est aussi, durant les vingt dernières années de sa vie, l’un des plus présents sur la scène publique.

Superbe document de travail dans lequel explose la créativité de Genet.

Jean Genet, L’Ennemi déclaré (textes et entretiens), Paris, Gallimard, 1991, p. 9