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Lettre autographe au président Hénault
S.l.n.d. [Versailles ? c. 1753], 2 p. in-4°, à l’encre brune sur papier vergé
« Je viens de faire peindre un petit Jésus couché sur la paille, comme au moment de sa naissance »
Lettre autographe à Charles-Jean-François Hénault d’Armorezan, dit le « président Hénault »
S.l.n.d. [Versailles ? c. 1753], 2 p. in-4°, à l’encre brune sur papier vergé
Cachet de cire aux armes de la Reine, légère restauration au pli central
Petit manque sans atteinte au texte (fragment conservé à l’ouverture du cachet)
Foliotation « 358 » à la mine de plomb sur la deuxième page
Nous rétablissons la ponctuation
Marie Leszczynska et la peinture :
Longue lettre en partie inédite et empreinte de piété sur ses activité picturales
« Je sors de chez Mme de Luynes [Marie Brûlart de La Borde , sa première dame d’honneur] dont je suis très contente mon cher Président mais je vous avertis que tant que je ne la verrai plusieurs jours sans fièvre je ne serai point tranquille, il y en a où elle n’en a point mais ce n’est pas tout il ne nous en faut point du tout, le Bon Dieu nous fera cette grâce. Est-il possible qu’elle se soit occupé à vous parler de mon amitié pour elle, vous savez combien elle l’a méritée. Comment allez-vous mon cher Président. Qu’il m’ennuie de ne vous point voir, enfin j’ai entendu le Père Clieu [Gabriel-Mathieu d’Erchigny de Clieu ?], c’est un beau discours, c’est parler, mais ce n’est point prêcher. Ne dites pas ce que je vous dis car c’est ce qu’il y a le plus à la mode après l’inoculation que je vous dois, mon Président. Cela ne vient point fort à propos, n’importe je viens de faire peindre un petit jésus couché sur la paille, comme au moment de sa naissance. Il tient sa petite croix dans une main, tous les instruments de sa Passion autour de lui, et j’ai mis deux versets qui sont dans le Psaume 39, que voici [40 selon la numérotation hébraïque moderne, versets 8-9 de la Vulgate latine] : Sacrificium et pro peccato non postulasti; tunc dixi : ecce venio [Tu n’as pas réclamé de sacrifice ni d’offrande pour le péché ; alors j’ai dit : « Voici que je viens »], celui-là est écrit au-dessus, celui-ci au dehors du tableau : In capite libri scriptum est de me ut facerem voluntatem tuam, Deus meus, volui et legem tuam un medio cordis mei [Au commencement du livre, il est écrit de moi que je fasse ta volonté. Mon Dieu, je l’ai voulue, et ta loi est au milieu de mon cœur]. Cela est-il bien ? cela n’est pas tout, j’ai fait aussi un petit tableau du super flumina babylonis [il s’agit du psaume 137, l’un des 150 poèmes du livre des Psaumes dans la Bible]. Tout cela part de ma bonne tête. Je désire bien, mon cher Président, non pour satisfaire mon amour propre mais mes sentiments pour vous. »
Marie Leszczynska reçut une éducation comprenant notamment l’apprentissage des arts d’agrément, conformément aux usages en vigueur pour les jeunes femmes de son rang. À l’instar de son père Stanislas Leszczynski, elle s’initia ainsi à la pratique de la peinture en amateur. Cette activité ne constitua pas pour autant un simple divertissement passager : très tôt sensibilisée aux arts picturaux, la reine entretint tout au long de son existence un rapport étroit avec la peinture, si bien qu’elle fut l’une des figures essentielles du mécénat artistique de la cour. Son environnement quotidien témoigne de cet attachement, puisqu’elle choisit de s’entourer de portraits, de paysages et de compositions religieuses réalisées par les artistes de son temps, auxquels s’ajoutaient ses propres productions.
Le président Hénault occupa une place singulière dans l’entourage de Marie Leszczynska, en tant que membre du petit cercle intime que la reine réunissait autour d’elle, groupe dépourvu de toute ambition politique et voué, selon les mots de Michel Antoine, à la seule complaisance mutuelle. C’est dans ce cadre de proximité affective et de confiance que s’inscrit l’abondante correspondance que la reine, grande épistolière, adressa à Hénault. Cette relation, si elle demeure étrangère aux grandes affaires du royaume, témoigne d’un lien de confiance durable, puisque Hénault fut nommé en 1759 surintendant de la maison de la Reine, fonction qu’il conserva jusqu’à la mort de celle-ci, en 1768. La reine devait par ailleurs lui offrir son portrait exécuté par Nattier, marque tangible de son estime. Cette correspondance elle-même se caractérise avant tout par son ton intime, illustrant ainsi moins l’implication de la reine dans les affaires publiques que la qualité d’un attachement personnel et durable envers son confident.
Provenance :
Ancienne coll. H.D.
Bibliographie :
Lettres inédites de la reine Marie Leckzinska et de la duchesse de Luynes au Président Hénault, Victor des Diguères, éd. H. Champion, 1886, p. 46 (transcription très succincte)