[POUCHKINE] MÉRIMÉE, Prosper (1803-1870)

Notes autographes et dessins originaux
S.l.n.d., [c. 1850 ?] 2 p. in-folio, à l’encre noire

« собак и лай и завыванье »

EUR 3.500 ,-
Fiche descriptive

[POUCHKINE] MÉRIMÉE, Prosper (1803-1870)

Notes autographes et dessins originaux
S.l.n.d., [c. 1850 ?] 2 p. in-folio, à l’encre noire
Pliure centrale, petits trous de corrosion dus à l’encre métallo-gallique utilisée par Mérimée

Vers de Pouchkine et dessins originaux : un spectaculaire feuillet autographe inédit de Mérimée


Ces notes et dessins originaux forment un ensemble composite de l’écrivain, ainsi qu’il en avait l’habitude. Si nombre d’entre eux nous sont aujourd’hui parvenus, ce feuillet est quant à lui demeuré inconnu aux chercheurs.
On connaît l’indéfectible admiration de Mérimée pour Pouchkine. Outre les nombreuses traductions qu’il fit des vers du poète russe, la plus célèbre d’entre toutes demeure La Dame de pique, nouvelle parue pour la première fois en 1834 en Russie.
En bas du feuillet, l’écrivain-traducteur a soigneusement recopié, en alphabet cyrillique, deux extraits de poèmes de Pouchkine, dont il fit aussi les traductions :
Le premier est l’incipit de Boudris et ses fils (Будрыс и его сыновья, 1833), adapté par le poète russe du poème polonais de Mickiewicz Trzech Budrysów : « Boudrys a trois fils, trois Lituaniens, comme lui ». Le vers introduit le vieux Boudrys et ses trois fils, qu’il envoie chacun dans une direction différente (Russie, Allemagne, Pologne) chercher fortune.

Plus en bas du feuillet, Mérimée a recopié un vers isolé qui semble se rattacher au poème Les Bohémiens (Цыганы, 1824), avec une faute : « Собак и лай и забыванье », littéralement « Des chiens l’aboiement, et l’oubli », tandis que le vers exact est Собак и лай изавыванье. Il s’agit du célèbre passage de ce poème décrivant le campement tzigane en mouvement : Лохмотьев ярких пестрота, Детей и старцев нагота, Собак и лай и завыванье, Волынки говор, скрып телег (« La bigarrure des haillons voyants, la nudité des enfants et des vieillards, l’aboiement et le hurlement des chiens, le murmure de la cornemuse, le grincement des chariots »). La traduction de Mérimée n’est quant à elle pas littérale : « Quelle bigarrure de haillons aux couleurs éclatantes ! Les chiens hurlent à la cornemuse qui ronfle, tandis que les roues grincent sur le gravier. »
Tout en haut du feuillet, on trouve le poème Le Hussard (1833) , toujours en alphabet cyrillique : Ищу уздечки, нет уздечки / Как взвился, как понёс меня / И очутились мы у печки (traduction de Mérimée, une fois de plus non littérale : « Je cherche les rênes, point de rênes. Il part, il m’emporte. Quel train ! Et je me retrouve devant notre poêle »). On retrouve le même vers écrit au verso du feuillet.

En centre du feuillet, Mérimée à recopié en alphabet grec l’incipit de l’Odysée : Ἄνδρα μοιἔννεπε, Μοῦσα, πολύτροπον, ὃς / μάλα πολλὰ πλάγχθη, avec une seule inexactitude : à la place de « Μοῦσα » (Muse), Mérimée écrit « Δεά » (Déesse).
La première page est illustrée d’un beau dessin assez abouti représentant deux personnages, dans des styles vestimentaires contemporains de Mérimée. Tandis qu’une femme figure de profil, les mains emmitouflées dans un manchon, à la droite figure un homme de dos, coiffé d’un haut de forme et d’un veston cintré. On aperçoit un éperon saillant à son pied droit, peut-être un rappel au poème Le Hussard ? Deux figures géométriques encadrent de part et d’autre le couple.
Deux autres grands dessins figurent au verso du feuillet : le premier représente une femme vêtue à l’hellénique, sur un chariot, cravachant quatre chevaux. Le second dessin figure une femme, fouet en main, sur le dos d’un cheval.
Boudris et ses fils : Pouchkine traduit ce poème de Mickiewicz en 1833 et le publie l’année suivante dans le Cabinet de lecture avec le sous-titre « Ballade lituanienne, inspirée de M. » ; mention qui disparaîtra des éditions ultérieures (1835, 1838). Mérimée en fait à son tour une traduction, restée inédite de son vivant et conservée à la BnF (Naf -22739), sans savoir à l’époque qu’il s’agissait d’une adaptation de Mickiewicz plutôt que d’une œuvre originale de Pouchkine.
Le Hussard : Mérimée semble avoir inclus la traduction du poème dans son recueil de Nouvelles (Paris, Michel Lévy frères, 1852) simplement pour « remplir le volume », si l’on en croit sa lettre adressée à Sobolevski. Cette ballade correspond à l’idée que Mérimée se faisait du fantastique, comme en témoigne son article sur Pouchkine (Œuvres complètes, Section I : Littérature, tome 6 : Études et traductions de littérature russe, dir. Antonia Fonyi, p. 89), où il loue le style du poète dans ses récits merveilleux et sa capacité à adopter, à l’exemple des conteurs populaires, une crédulité enfantine communicative. Les Bohémiens : à l’instar du Hussard, Mérimée demande d’inclure ce poème pour grossir le volume (voir supra) On peut noter une parenté entre Zemfira, l’héroïne des Bohémiens, et Carmen, les deux revendiquant la liberté dans l’amour.

Provenance :
Coll. particulière

Bibliographie :
Œuvres complètes, Section I : Littérature, tome 6 : Études et traductions de littérature russe, dir. Antonia Fonyi, textes établis, présentés par Jean-Louis Backès, annotés par Jean-Louis Backès et Antonia Fonyi avec le concours de Michel Cadot, Paris, Honoré Champion, 2016, p. 281, 315.

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