[PRINCE IMPÉRIAL] THÉROULDE, Ernest (1837-1889)

Manuscrit autographe
Arsenal de Woolwich, 11 juillet 1879, 6 p. in-folio

« Des blessures reçues par son Altesse impériale dans la fatale journée du 1er juin et dont les traces apparaissent visibles à tous les assistants »

EUR 6.000 ,-
Fiche descriptive

[PRINCE IMPÉRIAL] THÉROULDE, Ernest (1837-1889)

Manuscrit autographe
Arsenal de Woolwich, 11 juillet 1879, 6 p. in-folio à l’encre noire
Filigrane : ‘Stowford Mills 1877’
Petites taches sans gravité, légères fentes aux plis des marges supérieures
Manuscrit de la main de Théroulde, ancien chef de cabinet du grand chambellan ;  avec de nombreuses additions autographes marginales par le marquis Napoléon de Bassano (fils du duc de Bassano, grand chambellan de l’Empereur)
Multiples caviardages et surcharges de la main de Théroulde

Premier jet du procès-verbal relatif à l’ouverture du cercueil du Prince impérial

Un document capital venant clore le dossier biographique du seul fils de Napoléon III et Eugénie, tué de dix-sept coups sagaie à 23 ans par les Zoulous en Afrique australe : « L’œil droit présent une plaie à peu près verticale de la paupière supérieure produite par un instrument piquant et tranchant qui a détruit le globe oculaire en totalité »


Ce premier jet de procès-verbal apporte un témoignage des plus émouvants sur l’ensemble de la cérémonie protocolaire relative à l’ouverture du cercueil, un mois et onze jours après que le Prince impérial a été tué dans une embuscade par des Zulus, en Afrique australe. Dans les moindres détails, Théroulde, ancien chef de cabinet du grand chambellan, restitue chacune des étapes de cette journée cruciale.
Nous n’en donnons ici qu’un bref aperçu :
Il est tout d’abord noté que le cercueil du Prince impérial est « débarqué de l’Enchantress, puis porté par des matelots […] jusqu’à une salle dépendante de l’ Arsenal de Woolwich », transformée à cet effet en chapelle ardente, ainsi que le notifie Bassano en marge du feuillet. Théroulde dresse ensuite la liste des personnes ayant assisté à la réception du cercueil. Sont présents, entre autres, les Princes Lucien Bonaparte et Louis Murat ou encore Jean-Baptiste Franceschini-Pietri (l’homme de confiance de Napoléon III).
S’ensuit une allocution « émue » de [Eugène] Rouher [vice-empereur de Napoléon III, ministre d’État, chef du parti bonapartiste après 1973] ; ce dernier demandant l’ouverture du cercueil afin de procéder à la constatation de l’identité du corps ; ce à quoi Pietri demande que la décision soit soumise à un vote. En marge, Bassano fait « connaître le désire formel de l’Impératrice que le cercueil ne fût pas ouvert ». Une liste de cinq personnes, s’ajoutant à la voix de l’Impératrice, s’opposent tout autant à l’ouverture, vote insuffisant pour qu’il en fût autrement.
Théroulde procède à une longue description, très détaillée, de l’ouverture du cercueil : « Les plantes aromatiques et les linges qui recouvrent le corps sont éloignés ainsi que la gaze […] Le corps de son Altesse impériale apparaît […] sur la poitrine reposent trois photographies ; celle de l’Empereur, celle de l’Impératrice, celle de la Duchesse, Medinaceli cousine de son Altesse impériale [Maria Luisa Fitz James Stuart, morte en 1876] ; entre les mains qui sont croisées sur le ventre et enroulées dans un chapelet. – Le corps est étendu sur le dos, le pied droit est superposé au pied gauche. » S’en suit l’identification formelle du corps, notamment grâce à l’inspection des dents par le dentiste attitré de la famille impériale ou à une ancienne cicatrice « à la hanche gauche », constatée, elle, par Corvisart. Puis vient le moment fatidique : Théroulde rédige, sous la dictée des médecins, les barons Lucien Corvisart (ancien médecin de Napoléon III) et Hippolyte Larrey (médecin militaire, ancien chirurgien de Napoléon III) la liste des blessures fatales. Toutes reçues par devant, elles permettent de retracer les circonstances de la mort du Prince impérial : « des blessures reçues par son Altesse impériale dans la fatale journée du 1er juin et dont les traces apparaissent visibles à tous les assistants. 1° L’œil droit présente une plaie à peu près verticale de la paupière supérieure produite par un instrument piquant et tranchant qui a détruit le globe oculaire en totalité. 2° au côté droit de la poitrine on constate : une première plaie étroite près de l’articulation sterno-claviculaire. Au-dessous, entre les 4e et 5e côtes, et ayant suffi pour déterminer la mort. […] Enfin une 7e plaie à la poitrine sur le bord antérieur des dernières côtes paraissant pénétrante sur la base de la poitrine. Telles sont les plaies dont l’ouverture assez profonde porte à croire qu’elles étaient toutes pénétrantes. […] Il est en outre constaté à l’avant-bras gauche une double plaie profonde, étendue et oblique ayant traversé de part en part l’avant-bras à la partie moyenne du rebord cubital […] Pas d’autres plaies ou cicatrices aux jambes. »
Théroulde détaille ensuite le processus, très codé, de translation du corps du premier cercueil vers celui, définitif, « en chêne recouvert de plomb et entouré d’un cercueil d’acajou », qui servira le lendemain pour la cérémonie officielle. Il détaille de quelle façon le corps y sera déposé, ainsi que les reliques qui le couvriront pour le repos éternel. Une fois le cercueil définitif refermé, « un couvercle de plomb est apporté, il est 6 heures. Sur ce couvercle est scellée une plaque également en plomb avec l’inscription suivante :
Napoléon
Eugène, Louis, Jean, Joseph
Prince Impérial
Né à Paris le 16 mars 1856
Tué à l’ennemi en Zululand (Afrique Australe)
Le 1er juin 1879 […] »


Parti rejoindre les troupes britanniques d’Afrique australe au début de l’année 1879, à l’âge de vingt-trois ans, le Prince impérial souhaite participer, aux côtés de ses camarades de Woolwich, au combat contre les Zoulous. Aussi déclare-t-il : « lorsqu’on appartient à une race de soldat, ce n’est que par le fer qu’on se fait connaître. » Sa mère, l’Impératrice, a beau le supplier de renoncer à son départ, rien n’y fait : la reine Victoria ayant finalement donné son autorisation, il embarque en février.
Le 1er juin 1879, il prend part à une mission de reconnaissance. À cheval, accompagné de quelques hommes, il atteint le lieu-dit Itelezi, à l’est du site de la bataille de Blood River, dans une région distante d’une trentaine de kilomètres de Vryheid et d’une cinquantaine de kilomètres à l’ouest de Dundee. Lors d’une halte au bord d’une rivière, où la patrouille se croit à l’abri, celle-ci est surprise par des guerriers zoulous. Une fusillade éclate, au cours de laquelle deux soldats britanniques perdent la vie ; le reste de la troupe s’enfuit à cheval. Le prince, lui, tente de regagner sa monture en courant. Mais la sangle de selle, celle-là même qu’avait utilisée son père lors de la bataille de Sedan, et à laquelle le prince tenait particulièrement, s’avère hors d’usage et cède sous son poids : il chute violemment, le bras droit piétiné. Transpercé de dix-sept coups d’iklwa, le Prince impérial succombe. Les guerriers zoulous éviscèrent et mutilent les corps des deux soldats tombés au début de l’attaque, mais épargnent celui du prince, seul homme à s’être battu.
La dépouille est d’abord transportée à Dundee, puis à Pietermaritzburg, avant d’être rapatriée en Angleterre. Le corps est inhumé dans l’église catholique de Chislehurst, au sud-est de Londres, où repose déjà son père. En 1881, les deux dépouilles sont transférées dans la crypte impériale de l’abbaye Saint-Michel de Farnborough, dans le sud de l’Angleterre, que l’impératrice a fait aménager pour son époux, pour elle-même et pour leur fils unique. À la mort de celle-ci, en 1920, sa dépouille est à son tour déposée dans un troisième sarcophage, placé au sommet du maître-autel.

Provenance :
Archives Théroulde

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