TOULOUSE-LAUTREC, Henri de (1864-1901)

Lettre autographe signée « Henri » à sa grand-mère maternelle et marraine, Madame Léonce Tapié de Celeyran
Slnd. [Paris, c. 28 décembre 1886]

J’ai entrepris cette année une tâche absolument sérieuse qui est de travailler dehors à Paris”

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Fiche descriptive

TOULOUSE-LAUTREC, Henri de (1864-1901)

Lettre autographe signée « Henri » à sa grand-mère maternelle et marraine, Madame Léonce Tapié de Celeyran
Slnd. [Paris, c. 28 décembre 1886]
4 pages in-12, sous chemise demi-maroquin bleu moderne.
Traces de pliures dues à l’envoi d’origine, infime et discrète réparation au scotch, légère décharge d’encre au niveau de la signature.

Importante lettre, en grande partie inédite, dans laquelle l’artiste évoque depuis Montmartre sa vie de bohème et annonce ses nouveaux projets de peindre en extérieur, sous l’influence du courant impressionniste.


“Ma chère bonne maman,

Je vous aurais écrit plus tôt si maman n’avait du être mon interprète comprise de vous pour vous dire combien je me suis associé à votre chagrin qui ressemble à l’exil par beaucoup de côtés et plus encore puisque l’espoir bien amnistié n’existe pas. J’ai dû faire pas mal d’efforts d’imagination pour vous comprendre puisque vous le savez aussi bien que moi, jusqu’à présent j’ai mené la vie [de] bohème et par conséquent n’ai guère le temps de m’habituer à [ce] milieu.
Je le vois d’autant mieux à présent sur la butte Montmartre où je suis retenu par un tas de considérations indiscutables qu’il faut absolument subir si je désire arriver à quelque chose.
J’ai entrepris cette année une tâche absolument sérieuse qui est de travailler dehors à Paris. J’ai eu la chance de trouver le jardin d’un de mes amis [Le Père Forest] qui me servira d’atelier tout cet été et ne c’est qu’en octobre que j’irai vous voir après avoir satisfait mon patron [Fernand Cormon] je l’espère.
Voilà certes de grandes résolutions si belles que je m’arrête et vous embrasse vous et bonne maman Gabrielle. Je vous remercie des subsides que vous m’avez envoyé et qui m’on servi à acquérir une collection de vases arabes que vous trouveriez fort laids.
Je vous embrasse votre filleul petit fils.
Henri”


Henri de Toulouse-Lautrec est un artiste majeur du milieu artistique Parisien de la fin du XIXe siècle et surnommé de 1885 à 1895 “l’âme de Montmartre”, lieu où il réside pendant cette décennie. Considéré comme l’une des figures de proue du courant post-impressionniste, sa courte mais non moins intense carrière s’est constituée de multiples influences dont le point de départ est l’impressionnisme; c’est en effet au courant de l’année 1885 qu’il fait la connaissance de Vincent Van Gogh ou encore Edgard Degas à qui il voue une grande admiration.
Alors qu’il est encore élève dans l’atelier de Fernand Cormon et se cherchant lui-même dans son art, il décide de réaliser une série de portraits en extérieur dans le jardin du père Forest (rencontré par l’intermédiaire de la famille Dihau), installé à Montmartre. La très célèbre série de portraits qu’il y réalisera jusqu’en 1889 constituera une phase essentielle dans la carrière artistique du peintre. Il y appliquera dans sa technique de peinture des perspectives se rapprochant de celles de Degas avec des points de vue en plongée. Le style de Toulouse-Lautrec renferme d’autres éléments impressionnistes comme une dominante de la clarté pour la sensation d’espace; aussi, sa touche reste libre et fragmentée.
Cette lettre annonce véritablement la genèse de ce projet de plein air et le début de la célébrité pour Toulouse-Lautrec.

Parmi les célèbres portraits réalisés dans le jardin du Père Forest, notons “La femme aux gants” (musée d’Orsay) ou encore “La femme rousse” (Collection Nahmad).

Le Père Forest, photographe, possédait une maison avec un grand jardin sur le boulevard de Clichy, derrière le cimetière de Montmartre, au croisement de la rue Forest (d’où son nom) et de la rue de Caulaincourt.

Fernand Cormon (1845-1924), dont l’atelier se trouvait au 10 rue Constance, était un peintre du mouvement académique. Il restera célèbre pour son œuvre géante “Caïn fuyant avec sa famille“, aujourd’hui au musée d’Orsay.

Notes : Correspondance, éd. Schimmel, Gallimard, 1991, n°137. Il n’en est cité qu’un petit extrait fautif et incomplet, il mentionne par erreur que la lettre est adressée à la grand-mère paternelle du peintre.