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Autograph letter signed « votre charmant Castor » to Jean-Paul Sartre
Shannon [Ireland], n.d. [10 and 11 Sept. 1947], 2 pp. in-4° then 6 pp. in-8° oblongs
« It’s funny how Chicago seems unreal to me; Paris too actually. It feels like I’m going to stay here my whole life. I’m going to knock back a little whisky… »
Autograph letter signed « votre charmant Castor » to Jean-Paul Sartre
Shannon [Ireland], n.d. [10 and 11 Sept. 1947], 2 pp. in-4° then 6 pp. in-8° oblongs
Autograph envelope enclosed: “M. Sartre / Hôtel de la Louisiane / 60 rue de Seine / Paris 6e,” autograph note by Jean-Paul Sartre on the verso
Slight light-staining [sun-fading] on the upper portion of the first leaf, not affecting legibility
Letter on “British Overseas Airways Corporation” letterhead from Shannon Airport
One of the great mythic couples of the twentieth century: a rare letter from Simone de Beauvoir to Jean-Paul Sartre, among the very few still remaining in private hands
Having left to join her lover Nelson Algren in Chicago, the “Castor” recounts the terrible turbulence of her flight and her discovery of the Irish landscape, an episode she would later relate in her autobiography, La Force des choses
« This place would be charming for a holiday, if you were with me, my love. We were so happy at Abisko. Goodbye, my love, my dear little soul. I will write from Chicago »
A very long letter, entirely unpublished, of which only a few fragments are reproduced here
« Mon amour,
C’est de Shannon, hélas ! que je vous écris. Mais je ne suis même pas désolée parce que je suis contente de dormir dans un lit et bien soulagée qu’il ne se soit rien passé de mal. Le voyage n’a pas été bien heureux jusqu’ici. D’abord j’ai bien regretté hier soir de ne pas entendre votre voix au téléphone, je pense que quelque Giacometti vous avait retenu en route. On est partis vers minuit et demi et l’avion vibrait énormément, c’était désagréable et il ne donnait pas confiance. […] On a pris un breakfast et à 6h l’avion a décollé. J’ai un peu somnolé, très mal, au-dessus de l’Atlantique et au bout de 2h1/2 de vol j’ai été clairement réveillée parce que l’avion tournait bride au milieu d’une assez grande agitation ; on m’a dit : « Nous revenons à Shannon parce qu’il y a something wrong » […] L’idée de chute n’était pas physiquement présente comme dans un vertige en montagne, parce que les nuages ont l’air si épais que la perception croit en leur solidité ; mais c’est la réflexion qui était nettement inquiétante, l’océan semblait bien vaste et l’avion bien perdu dans le ciel. J’ai constaté d’ailleurs que j’avais moins horreur de l’idée de mort qu’autrefois parce que dans les moments où j’y ai cru assez fort, ça ne me semblait pas révoltant ni de tant d’importance. […]
On nous a emmenés dans un endroit charmant, à 80 km de l’aéroport, ce qui nous a fait [fait] faire une très belle promenade à travers l’Irlande. C’est un beau pays, avec de vieilles ruines romantiques, des fermes en crépi avec toits de chaume absolument charmantes, des petits murs de pierre, des landes, des marécages. […] Après le lunch je me suis promenée dans la campagne par un beau temps de soleil, de nuages et de vent, j’étais heureuse de marcher et d’être bien vivante. […] Bonsoir mon cœur, ma petite âme. Je me rappelais comme vous grimpiez les collines de Suède avec moi et j’en avais le cœur serré d’amour pour vous. Bonsoir. Le feu de tourbe sent bon et me chauffe plaisamment le dos, il y a un grand vent dehors et c’est tout à fait poétique. Dans l’ensemble les gens étaient comme moi, je crois, si soulagés que ça ait bien tourné qu’ils trouvaient tout très amusant. On mange par petites tables, on se parle, ça fait une drôle de solidarité. J’ai l’impression que des Français seraient beaucoup plus détestables. Je mettrai encore un mot demain. Donnez mon adresse à Bost à Chicago [son ancien amant Jacques-Laurent Bost, par ailleurs ancien élève de Sartre], car s’il vous arrivait quelque chose, qui m’aviserait ? Faites-le, s’il-vous-plait. » Simone de Beauvoir interrompt sa lettre ici, pour la reprendre le lendemain, le jeudi 11 septembre : « […] J’ai lu au coin d’un feu de tourbe le premier roman d’Algren, moins bon que le second, mais très amusant et sympathique, une bonne lecture pour une longue journée d’attente. Le soleil s’est levé et je me suis un peu promenée. Cet endroit serait charmant pour une villégiature, si vous étiez avec moi, mon amour. Nous étions si heureux à Abisko. Au revoir, mon amour, ma chère petite âme. J’écrirai de Chicago. C’est drôle comme Chicago me semble irréel ; Paris aussi d’ailleurs. Il me semble que je vais rester ici toute ma vie. Je vais me taper un petit whisky, c’est irish et non scotch mais assez bon. Au revoir encore, doux petit. J’espère une lettre 1523 W.Wabansia [l’adresse d’Algren à Chicago]. Je vous embrasse tout fort mon amour.
Votre charmant Castor
Mille baisers encore, mon doux petit. »
This eventful episode in the Irish skies left a vivid impression on the philosopher’s memory, so much so that she would devote two pages to it in La Force des choses [Force of Circumstance]. Having left to join her lover Nelson Algren — whom she had met in the spring of 1947 — in Chicago, she boarded an aging T.W.A. aircraft coming from Athens. The plane, which was to take twelve hours to fly from Shannon to the Azores, suddenly turned back to Shannon. Forced to remain in the area for two days, “80 km from the airport,” Beauvoir had the good fortune to discover the Irish countryside (and its whisky) amid this unhappy adventure. Utterly charmed, she would return there at length in the summer of 1966, in the company of her adopted daughter, Sylvie Le Bon de Beauvoir.
The full set of 321 letters from Simone de Beauvoir to Jean-Paul Sartre known at the time were recovered in November 1986 from the philosopher’s home — she had died six months earlier — by Sylvie Le Bon de Beauvoir. The latter donated the entire corpus to the Bibliothèque nationale de France in lieu of tax payment [“dation”] in 1989 (shelfmark: NAF 25880-25883), before publishing all of them the following year in two volumes (Lettres à Sartre, Gallimard). Beauvoir herself had expressed her wish that her letters to Sartre not be published during her lifetime: “When I am dead, perhaps, if they are found, they may be published” (ibid., vol. II, p. 9). Our letter, whose existence was unknown until today, should have appeared on page 358 of the second volume.
A brilliant student at the University of Paris’s Faculty of Letters, Simone de Beauvoir met Jean-Paul Sartre there in 1929. Around this time the couple forged a free and egalitarian romantic pact that would become part of their legend. This relationship was to be a “necessary love,” as distinct from the “contingent loves” each would go on to experience. Their bond would only be broken by Sartre’s death, in 1980.
[Included:]
Lettres à Sartre, edited and annotated with an introduction by Sylvie Le Bon de Beauvoir, Gallimard, nrf, Paris, 1990
First edition, limited head-of-edition issue, one of 50 numbered copies on pure Rives laid [chiffon] paper for each volume (no. 16), the sole large-paper issue.
2 vols., 8vo, paperbound [broché], 15 x 22 cm: I / 400 pp., (4) leaves; II / 443 pp., (4) leaves.
Cream wrappers with flaps, as issued, unopened [uncut], in excellent condition, spines very slightly faded
Provenance:
Private collection
Literature:
La Force des choses, Simone de Beauvoir, Gallimard, 1963, p. 150-151