FLAUBERT, Gustave (1821-1876)

Autograph letter to Louise Colet
« Dimanche, 3h », [Croisset, 23 May 1852], 3 p. ½ in-8°, in black ink

« I shall be crushed, or I shall crush »

EUR 8.500 ,-
Fact sheet

FLAUBERT, Gustave (1821-1876)

Autograph letter to Louise Colet
« Dimanche, 3h » [Croisset, 23 May 1852], 3½ pp. in-8°, in black ink
Autograph envelope enclosed, red wax seal, postal stamp (Monday 24 May)
Central fold line inherent to the mailing, old paperclip mark
Pencil foliation in the upper left corner (in the hand of Jacques Lambert?)

A superb letter to his mistress, full of tenderness, evoking his difficult work writing Madame Bovary:

« I’m working myself to death over trifles. The simplest sentences torture me »


« La mauvaise nouvelle que tu m’as envoyée ce matin [Les Lettres d’amour, comédie de Louis Colet, n’avait pas été admise au Théâtre-Français], pauvre chère amie, ne m’a surpris qu’à moitié. J’avais été hier pendant toute la journée dans un état de langueur étrange comme si j’eusse subi le contre-coup des angoisses que tu éprouvais en ce moment. Ne te désespère pas. Remonte-toi. Je sais que cela est plus facile à dire qu’à faire. Mais on se sauve de tout par l’orgueil. Il faut de chaque malheur tirer une leçon et rebondir après les chutes. – P[ou]r le drame que tu médites rumine bien le plan et aie toujours en vue l’action, l’effet. Ils ont trouvé mauvais (pr leur usage) le changement de décoration au second acte. Tu te rappelles que je t’avais fait cette objection. Tout ce qui sort de la ligne commune effraie. « Sus à l’originalité ! » C’est le cri de guerre intérieur de toutes les consciences. Garde ta pièce telle qu’elle est. La changer serait la gâter. Si l’on ne protégeait pas les arts, au lieu du Théâtre-Français il y en aurait dix autres, et où tu pourrais te faire jouer mais qu’y faire ? Rester dans sa tente et y rebattre sur l’enclume son épée. – Quand tu auras un succès, un jour ou l’autre, tu redonneras ta pièce. D’ici là, garde-la pr toi. La publier serait la perdre pr l’avenir. – Attendre est un gd mot et une gde chose.
Je suis aussi découragé que toi pr le moment. Mon roman m’ennuie. Je suis stérile comme un caillou. Cette première partie qui devait être finie d’abord à la fin de février, puis en avril, puis en mai, ira jusqu’à la fin de juillet. À chaque pas je découvre dix obstacles. Le commencement de la 2e partie m’inquiète beaucoup. Je me donne un mal de chien pr des misères. Les phrases les plus simples me torturent. – Je ne veux pas aller à Paris (n’aie pas peur) avant d’être quitte de cette première partie. Mais comme je t’ai promis de te voir à la fin de ce mois, et que d’autre part j’en ai bien besoin aussi, moi, voici ce que je te propose : un des jours de la fin de la semaine prochaine vers le 3 ou le 4 juin je t’écrirai pr te donner rendez-vous à Mantes si tu veux, dans notre ancien hôtel, et nous y passerons 24 heures seuls – loin de tous – Une bonne journée à deux vaudra bien cinq ou six visites que je te ferais à Paris, chez toi et avec de l’entourage, et ne me coupera pas mon travail comme un arrêt d’une semaine, à un moment où j’ai besoin de ne pas perdre le fil de mes pensées. Dis-moi si ce plan te sourit.
Moi aussi je passerai plus tard par des journées comme tu en as eu une hier. Quand j’aurai fini ma Bovary et mon conte ind égyptien (dans 2 ans)
[ce projet ne verra jamais le jour], j’ai deux ou trois idées de théâtre que je mettrai à exécution ; mais bien décidé d’avance à ne faire aucune concession, à n’être jamais joué ou sifflé. Si j’arrive jamais à une position, comme on dit, ce sera à travers tout, et malgré toute considération de réussite. Je serai écrasé, ou j’écraserai. Si j’ai en moi qq valeur, ce parti pris (que je n’ai jamais pris mais qui est venu de lui-même) doit l’augmenter, si je n’en ai aucune, c’est au moins qq chose que cet entêtement. Mais j’éprouve en revanche de belles lassitudes. – de fiers ennuis, et des saouleurs de moi, à me vomir moi-même si je pouvais. Ça me fera bien de te voir, de m’appuyer la tête sur ton pauvre cœur plein de moi, de causer en regardant tes yeux.
Adieu, chère amour, à bientôt, un long baiser sur tes lèvres. À toi. »


Between 1851 and 1856, Flaubert devoted several years to the meticulous elaboration of his novel, grounded in rigorous documentation and an almost scientific observation of reality. Every sentence underwent multiple rewritings, reflecting a determination to achieve absolute formal perfection. Flaubert also made use of the technique known as the “gueuloir,” which consisted of reading his texts aloud in order to test their musicality and syntactic coherence. This demanding discipline reveals a genuine literary asceticism, in which writing became a laborious and obsessive undertaking.
The anecdote is well known of the draft of the opening of Madame Bovary, longer than the novel itself. Indeed, the writer was convinced that there was one, and only one, correct way to write things; we can thus understand his perpetual quest for the “right style” [le style juste], a style requiring that “every sentence be different, and, at the same time, that the words could not be changed once they [were] within a sentence.” (Flaubert – Vie et travaux, Yvan Leclerc, 2005).

Provenance :
Formerly in the Jacques Lambert collection, then H.D. collection

Bibliography:
Correspondance, t. II, éd. Jean Bruneau, Pléiade, 1980, p. 92-94, with the notation « Autograph not located ». Transcription established from a copy in the hand of R. Descharmes (Bibliothèque national de France, cote Nafr. 23831, ffos 62-64)

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