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Fifteen autograph letters signed to Charles Lapierre
[Rouen and Croisset, late 1871 – early 1872], 21 p. in-8°
« I would rather you scold me, even very sharply, than tone down my slightest epithet or alter a single comma. On that point, I am touchy. »
Fifteen autograph letters signed to Charles Lapierre
[Rouen and Croisset, late 1871 – early 1872], 21 p. in-8° on laid blue and beige papers
Usual fold marks
Previously unpublished corpus of fifteen letters to Charles Lapierre, editor of Le Nouvelliste de Rouen
Devoted entirely to the memory of Louis Bouilhet, these letters show Flaubert working to defend his friend’s legacy: in them, he discusses in turn the poet’s bust, Mademoiselle Aïssé, and his Lettre au Conseil municipal de Rouen
We here reproduce only a few excerpts:
« Mon bon,
Pouvez faire (ou faire faire par vos jeunes gens) une recherche p[our] moi dans la le Nouvelliste [de Rouen, dont Lapierre est le directeur]
En l’année 1850 il y eut une circulaire du ministre de l’instruction publique mettant les [inspect ?] institutions Primaires sous l’autorité immédiate, […] C’était sous le ministère Falloux, ou sous le ministère Parieu. peut-être cette disposition dépendait-elle de la Loi – Falloux ? Je crois plutôt à une circulaire. […] J’aurais besoin de la date précise – & du texte. – car je me perds dans mes notes – et la bibliothèque de Rouen ne possède pas l’Annuaire–Lesur ,[Annuaire histoire universel ou histoire politique, fondé par C.-L. Lesur ].
Merci d’avance.
Votre vieux Polycarpe
Croisset – mercredi soir 9. 8h. »
« Mon cher ami
Pensez à mes notes. Sur les réunions électorales.
Recueillez vos souvenirs & apportez-moi cela le plus vite qu’il vous sera possible. Vous m’obligerez.
Hier au soir à 7 h. je me suis présenté rue Mosnier – vainement ! tout ce que je sais, c’est que Me Lapierre était encore à Paris ? […]
Sentez-vous la grandeur de Villemessant allant chercher Henri V ! F. Le Figaro ramenant la royauté de l’Autriche. énorme ! énorme ! à bientôt, n’est-ce pas ? & tout à vous
GveFlaubert »
« Cher ami,
Si vous ne pouvez pas m’envoyer les épreuves de la brochure avant lundi soir au plus tard envoyez-moi immédiatement la copie. […]
Voici la g[ran]de 2de lettre que je vous écris aujourd’hui ! répondez-moi (au reçu d’icelle) un mot par le télégraphe.
à vous, cher vieux – & ne croyez pas que je sois fâché. Vous feriez injure à ma judicaire.
Gve
[en marge] Je serai chez moi, dimanche dans l’après-midi & compte sur votre visite. »
« Mon cher ami
Philippe a dû vous envoyer un exemplaire des dernières chansons ? Faites-moi, ou faites faire un article extra-chic. Je crois qu’il ne faut pas laisser s’affaiblir l’effort que peut avoir produit ma Catilinaire.
Mais quel effet a-t-il produit à Rouen ? Comment se porte Decorde ?
Voilà ce que j’ignore.
J’ai reçu à temps toutes les brochures, elles sont distribuées. […]
Je pense que vous rassurerez Me Brainne. [Léonie Brainne, belle-sœur de Charles Lapierre]
Toutes mes tendresses aussi à l’autre geranium. [Valérie Lapierre, épouse de Charles, et sœur de Léonie Brainne]
& à vous
Gve »
« Mon cher vieux
Je suis embêté de savoir que vous l’êtes.
Quant à m’avoir causé une contrariété quelconque, vous ne m’en avez causé aucune, mon bon ! Seulement, il me manque 2 phrases 1° Quel sont les intérêts locaux que la municipalité laisse en souffrance, docks, ponts, etc. – Vous savez cela mieux que personne. 2° adressez-vous à Debons, secrétaire de la souscription p[ou]r la statue de Napoléon. Il vous s’apprendra combien la ville a donné. et vous me le direz tout de suite.
Ma brochure est faite. Si vous la trouvez trop dure mettez y un en-tête, ou vous me blâmerez.
J’aime mieux que vous me tanciez même très vertement que d’atténuer la moindre de mes épithètes, ou de me changer une virgule. La dessus je suis chatouilleux.
C’est une faiblesse – qui m’a déjà coûté – et que je conserve.
Ainsi, c’est bien convenu, je vous enverrai la lettre. Vous l’imprimerez telle qu’elle vous arrivera, dussiez-vous, si elle vous gêne en quoi que ce soit, déverser dessus les blâmes les plus rouennais ! Puis vous la ferez tirer en brochure. – […]
N.B. Avertissez-moi trois ou quatre jours à l’avance du jour précis de la publication dans le Nouvelliste. Cela est très important p[our] le Temps.
Adieu, cher vieux, je vous embrasse
GveFlaubert »
« Mon cher ami
Vous m’avez expédié une lettre qui est un bijou – comme vous connaissez Rouen ! […]
La réclamation de Rohaut [Jules Dementhe, Jules Rohaut, journaliste, ami de Bouilhet, pseudo Jules Dementhe] est n’était pas suffisante. On a passé par-dessus.
Donc il faut qu’une lettre vienne de Rouen disant ‘ « nous ne demandons pas une statue mais un buste. Si vous aviez la moindre bonne foi vous avoueriez que la lettre de M. Fl[aubert] est clair.’ » Q[uel]q[ue] chose d’analogue à cela, en somme rétablir toute la question en trois lignes – rien de plus. […]
Tout à vous, cher vieux
GveFlaubert »
« Merci, trois fois merci ! vous êtes un brave homme. J’ai si bien profité de vos notes que vous retrouverez q[uel]ques unes des phrases de votre lettre dans mon pamphlet !
Il est maintenant terminé. – demain je le fais recopier – p[ou]r le relire. Vous l’aurez donc jeudi, au plus tard. […]
Adieu. Mille bonnes tendresses chez vous. Je n’ai que le temps de m’habiller p[our] aller voir Le Roi Carotte.
Je vous embrasse.
GveFlaubert
M’enverrez-vous des épreuves ? est-ce utile ? je suis bien impatient de savoir ce que vous en pensez.
[en marge] J’ai reçu la lettre de Fremont – & ai répondu à icelui.
Nuit de mardi 4 heures
J’ai fini mon opuscule. – je n’attends plus que vos notes. 24 h. après les avoir reçues. Je vous l’expédierai.
Deux Trois renseignements encore : Combien la ville a-t-elle donné p[our] la statue de Napoléon Ier 2° p[our] celle de Boieldieu. 3° quels sont les prénoms de Tuboeuf [Dans la Lettre à la municipalité, le nom de l’adjoint est orthographié Thubeuf] l’adjoint. […]
et du conseil des ministres qui s’est assemblé hier matin p[our] voir s’il ne fallait pas interdire Aïssé [Mademoiselle Aïssé, la pièce posthume de Bouilhet, que Flaubert a mis en scène. Elle a été représentée pour la première fois en 1872] comme Rouge (sic).
J’ai la tête cuite.
& vous embrasse.
votre Gve »
« Mon état-major est en courses p[our] porter les billets. Je me repose – et j’attends le lever du rideau ! –
Si q[uel]qu’un de nous y pense nous vous enverrons des nouvelles par le télégraphe, pendant la représentation.
J’ai refusé des vers d’Aïssé p[ou]r le journal de Rouen. – […]
j’ai vu hier à la Répétition g[énéra]le vôtre chère & belle-sœur avec ‘ses petits Pouchet [Les enfants de Georges Pouchet, naturaliste rouennais qui habite à Paris]
J’ai découvert sur Decorde q[uel]q[ue] chose de gigantesque. –
Tout à vous
Votre GveFlaubert […]
et embrassez p[our] moi Mme Lapierre sur les deux joues. »
« Mon bon
Vous recevrez prochainement la visite de Mulot le secrétaire du comité Bouilhet, qui viendra faire imprimer chez vous une circulaire – adressée aux souscripteurs. Votre nom figure parmi les membres du comité. Je vous ai prévenu, il y a déjà longtemps, que nous vous avions décerné cet hommage. […]
Tout à vous, mon vieux,
Votre Polycarpe »
« Mon cher Lapierre
J’attends vos petites notes, vos idées p[our] m’aider dans la confection de ma chose ! […]
La Ière d’Aïssé aura lieu le 4 ou le 6, connaissez-vous quelques feuilletonnistes de théâtre assez intimement, p[our] les prier d’insérer au bas de leur article, les une remarque vitupératoire à l’endroit du C. muni[cipal] ?Il faudrait peut-être les prévenir dès maintenant.
Tout à vous
Votre G. en morceaux ! […] »
« Mon Excellent
C’est fait ! La lettre à Peragallo part en même temps que celle-ci.
Je lui dis ce que vous me chargez de lui dire. Avec ceci, en plus ‘Je ne puis croire à ce qu’il (Lapierre) ajoute, quant aux conditions d’âge & de belles manières – cela me paraît entre nous une pure blague’ – figure de rhétorique, qui fera sentir au dit sieur, espérons-le, son profond ridicule. […]
On leur offrirait des tripes ! –
Leur St Polycarpe »
« Mon cher ami
J’ai vu tantôt Peragallo & lui ai recommandé Domergue très chaudement.[…]
La veuve de Henry me paraît être celle qui a le plus de chances ? elle est accréditée par un certain Lacaille ou Lacaze (j’estropie le nom) ‘homme d’affaire, banquier’ – Au reste Peragallo doit, un de ces jours, aller à Rouen p[our] cette affaire. – Donc surveillez le dit sieur – […]
à bientôt, & surtout à vous, 3e ange,
GveFlaubert »
« Mon cher ami,
Ma lettre avance. – comme je n’avais pas de répétition aujourd’hui, j’y ai travaillé toute a journée.
J’aurais besoin de savoir ce que le conseil municipal a donné pour la statue équestre de Napoleon Ier – et de qui est l’initiation [sic, lapsus pour « initiative »] 2° Dites à Desbois de m’envoyer son article sur Cavelier de La Salle, et 3° à Baudry de me faire parvenir ledit le dict hist de LeBreton sur les abrégé en homm[es] célébrés de Rouen. qu’il charge Lebrument [libraire rouennais] de me l’envoyer par la poste tout de suite. Je suis si surchargé de besogne et pressé par le temps que je regarde à écrire deux billets de plus.
Alex[andre] Dumas [fils] commence la danse, car il fait (m’a-t-il dit, hier) une lettre qui doit paraître dans une Revue du Havre et où, à propos de son père, il parle du buste de Bouilhet.
Dans le n° de la gazette de Paris d’aujourd’hui lundi lire la fin de l’article de Théo [Théophile Gautier].
Si on le refuse, j’interviendrai. […]
Je vous regretterai bien ce jour-là.
Embrassez pour moi votre geranium, son rejeton – & vous même
Votre GveFlaubert
[…]
[en travers de la 3e page :] Si on vous interroge sur mes intentions de pamphlet dites que j’y ai renoncé. Que l’impression du volume et Aïssé m’occupent trop ! »
« Si vous pouviez lire au fond de mon cœur mon cher vieux, vous n’y verriez pas le plus petit grain de dépit contre vous. Je n’ai qu’un ennui c’est de vous avoir rendu perplexe.
Je ne suis pas assez sot, p[our] vouloir que vous perdiez des abonnés à cause de moi. Quant à cela dormez donc sur vos deux oreilles. […]
Puis, une fois parue à paris dans les journaux, la lettre paraîtra à Rouen, en brochure.
Je vous demande des épreuves, parce que le ms [manuscrit] que vous avez est bon. Il me faudrait retravailler mon brouillon. et le faire recopier – or, je suis assommé de ce travail !
Dernières chansons sont à la brochure et je n’ai plus p[our] Aïssé à donner qu’un dernier bon à tirer.
Ma lettre peut paraître dimanche ou lundi dans le Temps. Donc tout peut paraître à la fois.
Je crois que cet arrangement vous convient ? Dépêchez-vous de m’envoyer les épreuves.
Quant au format de la brochure choisissez ce qui vous plaira. faut-il celui d’un petit livre ou le format in-8 ? […]
à dimanche n’est-ce pas l’ami
Gve »
Louis Bouilhet was far more than a friend to Gustave Flaubert: a privileged reader, literary adviser and critical interlocutor at every moment, he remained, after his death in July 1869, the object of a veritable cult of remembrance for the author of Madame Bovary. In 1872, Flaubert devoted a large share of his energy to defending his friend’s memory and work. He thus published the Dernières chansons, a posthumous collection preceded by a long biographical preface (the only one he ever wrote), intended to assert Bouilhet’s place in the French literary landscape. In the same spirit, he oversaw the publication of Mademoiselle Aïssé, a play left by his friend, whose editing and distribution he personally followed. In his eyes, this was less a private tribute than an undertaking of literary rehabilitation, meant to preserve a reputation he judged to be unjustly threatened by oblivion.
This campaign moreover took on a public dimension through the affair of the Bouilhet monument. As chairman of the committee responsible for erecting a bust in Rouen by public subscription, Flaubert came into conflict with the municipality when it refused the site he wanted, in the centre of the city. He responded with a scathing Letter to the Municipality of Rouen, published in January 1872 in Le Temps, after his friend Charles Lapierre, editor of Le Nouvelliste de Rouen, had declined to reproduce it in full in his newspaper because of its polemical nature. Through his editorial, journalistic and commemorative interventions, Flaubert thus appears as the principal architect of the immediate posthumous reputation of the man he regarded as his “literary conscience.”