VALÉRY, Paul (1871-1945)

Manuscrit autographe signée « Paul Valéry »
S.l.n.d, 2 p. in-4, sur papier Japon

« Ni vu ni connu / Le temps d’un sein nu / Entre deux chemises »

EUR 2.800,-
Ajouter à la sélection
Fiche descriptive

VALÉRY, Paul (1871-1945)

Manuscrit autographe signée « Paul Valéry »
S.l.n.d, 2 p. in-4, sur papier Japon

Superbe manuscrit pour deux poèmes érotiques parus dans Charmes en 1922


L’Insinuant

Ô courbes, méandre,
Secrets du menteur,

Est-il art plus tendre

Que cette lenteur ?

Je sais où je vais,
Je t’y veux conduire,

Mon dessein mauvais

N’est pas de te nuire…

(Quoique souriante
En pleine fierté,

Tant de liberté                                                 

Te désoriente ?)

Ô Courbes, méandres,
Secrets du menteur,

Je veux faire attendre

Le mot le plus tendre

 

Le Sylphe

Ni vu ni connu
Je suis le parfum
Vivant et défunt
Dans le vent venu !

Ni vu ni connu,
Hasard ou génie ?
A peine venu
La tâche est finie !

Ni lu ni compris
Aux meilleurs esprits
Que d’erreurs promises !

Ni vu ni connu,
Le temps d’un sein nu
Entre deux chemises !

Paul Valéry


Auréolé du succès du poème monumental La Jeune Parque, Valery a cinquante ans lorsqu’il entreprend la composition de ce nouveau recueil, Charmes, dont le titre évoque à lui seul à la fois l’érotisme du corps féminin et la force ensorcelante du jeu de séduction, Les mots sont utilisés dans toute leur polysémie pour « leurs influences mutuelles qui dominent aux dépens de leur propriété de se consommer en un sens défini et certain », selon les propres mots de Valery.

De ces deux poèmes aux interprétations multiples se dégage l’esprit d’Eros à travers l’évocation des courbes féminines, le thème de la séduction au sens propre, le parfum évanescent de la femme aimée, le sein que l’on aperçoit, le désir inassouvi, que Valery saisit par la magie des mots, des rimes, des échos entre les vers (« ni lu ni compris/ni vu ni connu »).

Avec Charmes, Valery arrive au sommet de son art poétique, qu’il délaissera pour revenir à la prose et aux écrits théoriques.

Ces deux poèmes ici recopiés constituent probablement un présent fait par Valery, hypothèse corroborée par la qualité du papier japon et la présentation atypique des deux textes. Il est à noter quelques légères variantes par rapport à la version éditée, en particulier au niveau de la ponctuation, signe de l’importance que le poète accorde à la forme de ses textes, à la manière d’un Mallarmé.

 

On joint : une carte postale signée par Paul Valéry