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Autograph letter signed « CB » to his mother, Madame Aupick
[Paris] 31st December 1863, 4 pp. in-8, additional post-scriptum attached
« The only feeling by which I still sense myself living is a vague desire for fame, revenge, and fortune »
Autograph letter signed « CB » to his mother, Madame Aupick
[Paris] 31st December 1863, 4 pp. in-8, additional post-scriptum attached
A long and poignant letter to his mother, oscillating between introspective reflections and shadowy confidences
Baudelaire evokes, not without disgust, his upcoming trip to Belgium, then reveals his attempt—ultimately unsuccessful—to persuade Victor Hugo to take his side with the Belgian publisher Albert Lacroix
« Ma bonne chère mère, il n’y a rien de plus désagréable que d’écrire à sa mère, l’œil fixé sur sa pendule ; mais je veux que tu reçoives demain quelques mots d’affection et quelques bonnes promesses, dont tu croiras ce que tu voudras. J’ai la détestable habitude de renvoyer au lendemain tous mes devoirs, même les plus agréables. C’est ainsi que j’ai renvoyé au lendemain l’accomplissement de tant de choses importantes pendant tant d’années, et que je me trouve aujourd’hui dans une si ridicule position, aussi douloureuse que ridicule, malgré mon âge et mon nom. Jamais la solennité d’une fin d’année ne m’a frappé comme cette fois. Aussi, malgré les énormes abréviations de pensée que je fais, tu me comprendras parfaitement quand je te dirai : – que je te supplie de te bien porter, de te bien soigner, de vivre le plus longtemps que tu pourras, et de m’accorder encore quelque temps de ton indulgence.
Tout ce que je vais faire, ou tout ce que j’espère faire cette année (1864), j’aurais dû et j’aurais pu le faire dans celle qui vient de s’écouler. Mais je suis attaqué d’une effroyable maladie, qui ne m’a jamais tant ravagé que cette année, je veux dire la rêverie, le marasme, le découragement et l’indécision. Décidément, je considère l’homme qui parvient à se guérir d’un vice comme infiniment plus brave que le soldat ou l’homme qui va se battre en duel. Mais comment guérir ? Comment avec la désespérance faire de l’espoir ; avec la lâcheté faire de la volonté ? Cette maladie, est-elle imaginaire ou réelle ? Est-elle devenue réelle après avoir été imaginaire ? Serait-elle le résultat d’un affaiblissement physique, d’une mélancolie incurable à la suite de tant d’années pleines de secousses, passées sans condition dans la solitude et le mal-être ? Je n’en sais rien ; ce que je sais, c’est que j’éprouve un dégoût de toute chose et surtout de tout plaisir (ce n’est pas un mal), et que le seul sentiment par lequel je me sente encore vivre, est un vague désir de célébrité, de vengeance et de fortune.
Mais, même pour le peu que j’ai fait, on m’a si peu rendu justice !
J’ai trouvé quelques personnes qui ont eu le courage de lire Eureka. Le livre ira mal, mais je devais m’y attendre ; c’est trop abstrait pour des Français.
Je vais décidément partir. Je me donne cinq jours, huit au plus, pour ramasser de l’argent dans trois journaux, payer quelques personnes, et faire des emballages.
Pourvu que le dégoût de l’expédition belge ne me prenne pas aussitôt que je serai à Bruxelles ! Cependant c’est une affaire grave. Les leçons qui ne peuvent me donner qu’une très petite somme (1000, 1500 ou 2000 francs), en supposant que j’aie la patience de les faire, et l’esprit de plaire à des lourdauds, ne sont que le but secondaire de mon voyage. Le vrai, tu le connais ; il s’agit de vendre et de bien vendre à M. Lacroix, éditeur belge, trois vol[umes] de Variétés.
J’ai le frisson en pensant à ma vie, là-bas. Les leçons, des épreuves à corriger en venant de Paris, épreuves de journaux, et épreuves de Michel Lévy, et enfin, à travers tout cela, finir les Poèmes en prose [Le Spleen de Paris]. J’ai cependant l’idée vague que la nouveauté du séjour me fera du bien et me donnera quelque activité.
J’ai trop parlé de moi ; mais je sais que tu aimes cela.
Parle-moi de toi, de ton esprit et de ta santé.
J’avais voulu prendre Hugo pour complice de mon entreprise. Je savais que M. Lacroix serait à Guernesey tel jour. J’avais prié Hugo d’intervenir. Je viens de recevoir une lettre d’Hugo. Les tempêtes de la Manche ont dérangé ma combinaison, et ma lettre est arrivée quatre jours après le départ de l’éditeur. Hugo dit qu’il réparera cela par une lettre, mais rien ne vaut la parole.
Je t’embrasse de tout mon cœur.
C.B.
[He adds on an additional piece of paper]
Avant de partir, je t’enverrai des étrennes de deux sols, probablement un livre à ton goût. Il est déjà choisi. »
Baudelaire, despite the opinion of his publishers, has to fight hard for the publication of Eurêka. He harbours no illusions about the fate reserved for a work he considers unreadable to the French public. Deeply in debt, he eventually chooses exile in Belgium on the following 24 April, hoping to spend his final years in at least some degree of peace.
A posthumous collection of prose poems, Le Spleen de Paris was compiled by Charles Asselineau and Théodore de Banville. It was first published in 1869, in the fourth volume of Baudelaire’s Complete Works by the publisher Michel Lévy.
In a letter addressed to him fifteen days earlier, Baudelaire asks Victor Hugo to speak favourably of three of his volumes—Les Paradis artificiels and Réflexions sur mes contemporains—which he hopes to have published in Belgium by Albert Lacroix (publisher of Les Misérables):
“I learn that M. Lacroix is going to pay you a visit. The great service would be to tell him whatever pleasant things you may think of my books and of me […] It will be, I repeat, a very great service, for M. Lacroix must have absolute confidence in your judgment.”
Although Baudelaire writes to Lacroix to invite him to each of his readings, their collaboration ultimately never comes to pass. The five lectures delivered by the poet amount to a carefully staged campaign meant to win Lacroix over, but they prove a complete failure owing to the Belgian publisher’s absence.
A major letter
Provenance:
Drouot (coll. Armand Godoy), 12 oct. 1988, n°179
Then P.E.R. collection
Bibliography:
Correspondance, t. II, éd. Claude Pichois, Pléiade, p. 341-343