HELVÉTIUS, Claude-Adrien (1715-1771)

Autograph letter signed « Helvetius » to Jean-Simon Lévesque de Pouilly
N.p., [1759 or 1760 ?], 7 p. in-4° in brown ink on laid paper

« It is not relations, but physical objects, that act immediately upon the human body. Everything, if I may put it thus, is body. »

EUR 12.000 ,-
Fact sheet

HELVÉTIUS, Claude-Adrien (1715-1771)

Autograph letter signed « Helvetius » to Jean-Simon Lévesque de Pouilly
N.p., [1759 or 1760 ?], 7 p. in-4° in brown ink on laid paper
Sewn at the margins, paper uniformly browned.
Numerous autograph corrections, revisions, and interlinear additions in Helvétius’s hand.

Extraordinary rediscovery of this celebrated letter, partly unpublished, addressing the work of its recipient and anticipating certain theories later taken up in De l’homme, his posthumous masterpiece.

« I well know that when I was young, I would have made it a point of conscience not to fail to f[uck] a woman whenever I found myself alone with her, and when neither her rank nor her character inspired in me any restraint »

Rich with reflection, in a prose that is often unrestrained, Helvétius analyzes the passion felt for sex across the different races, as well as those [passions] that lead the imagination astray, among them love.


« Mr Hume a fait un ouvrage excellent sur le même sujet. Il est absolument nécessaire que Mr Pouilly le lise […] Ce ne sont pas les relations, mais les objets physiques qui agissent immédiatement sur le corps humain. Tout si je l’ose dire est corps. Les objets extérieurs frappent par ce moyen nos yeux, nos oreilles, notre tact etc. Je ne sais pas ce que vous voulez dire en cet endroit par ces mots, de là est née la distinction qui s’est faite entre les relations morales et les relations physiques.
Art. 4. Il est certain que les objets sont différents dans les différents climats. Mais comme les besoins physiques des hommes dans les divers climats sont les mêmes, il ne paraît pas que cette différence d’objets en mette dans leurs désirs. Ils veulent manger, les Normands mangent des pommes, les esquimaux du poisson, les Américains des ananas, les Africains des oranges. On désire des couches, les uns avec une négresse, d’autres une femme rouge, et quelques autres avec une blanche. Mais l’objet commun de tous les désirs c’est de manger et de décharger coucher. Deux besoins physiques, par conséquent même objet de désirs.
Mais, dira-t-on, on a plus d’ardeur pour les femmes en Afrique qu’au Nord. Je n’en sais rien. […]
Au reste tout ce que je dis et pourrais dire là de plus, ne signifie rien, il faudrait s’assurer du fait, avoir une douzaine d’hommes du Nord et autant de nègres, les faire coucher devant soi avec des femmes, et répéter plusieurs fois cette expérience pour avoir là-dessus quelque chose de certain. Les on-dit en ce genre sont si fautifs qu’il faut un Lien pour étudier l’histoire naturelle de l’homme comme pour étudier celle des insectes. […]
Ils diront par ex. que les gens des pays chauds sont trop faibles [la partie publiée du manuscrit commence ici] pour agir beaucoup. Et ensuite ils soutiendront qu’ils sont les plus vigoureux pour les femmes. Mais on ne peut être vigoureux pour les femmes sans l’être en effet. La semence est l’excédent des esprits animaux nécessaire pour la nutrition des parties du corps. Voilà pourquoi l’on n’a point de semence ni dans l’enfance ni dans la vieillesse. Ces mêmes voyageurs diront que les nègres du Sénégal situés sous la ligne sont très vites à la course, ils ont donc beaucoup de force dans les muscles des cuisses, des reins, etc. Quant au Chinois, il faudrait savoir de même s’il couche plus souvent avec une femme qu’un Européen. D’ailleurs en quel endroit de la Chine sont-ils si forts ? Cet empire est si grand qu’il renferme dans son étendue presque tous les différents climats du monde. Il est donc évident que le voyageur qui dira tant de bien de la force chinoise envers les dames, paraît n’avoir parlé qu’au hasard et sous des ouï-dire, s’il n’a pas déterminé le lieu, la province où les Chinois sont tels qu’il le dit. Il faudrait de plus qu’il eût assisté à ces entretiens particuliers des Chinois avec des femmes, pour savoir si ce n’est pas air de leur part et s’ils ne regardent point ces entreprises libertines comme des politesses que tout homme bien élevé doit au sexe. Je sais bien que lorsque j’étais jeune, je me serais fait scrupule de ne pas f[outre] une femme quand je me trouvais seul avec elle, et que son rang ou son caractère ne m’imposait point.
L’homme n’est point essentiellement actif en Europe, mais essentiellement paresseux en tous pays. Le sauvage de quelque climat qu’il soit depuis le Caraïbe jusqu’à l’Illinois, dès qu’il a fait sa provision, reste à fumer et à boire assis sur son cul et à voir couler un ruisseau. Il est bien vrai que dans les pays chauds où la nature fournit des fruits en abondance ils ont moins besoin de chasser et en conséquence font moins d’exercice. En général les hommes restent toujours dans la même place s’ils n’en sont arrachés par des besoins quelconques. […]
7. La différence des climats pourrait dites-vous influer sur les sciences et les arts. Mais y influe-t-elle en effet, voilà la question. Si les sciences et les arts ont parcouru la terre depuis le Midi jusqu’au Nord, depuis l’Éthiopie jusqu’à Londres, il paraît donc que tous les climats leur sont également bons. Ce fait une fois constaté, il est inutile, à ce que je pense, d’examiner une question décidée par le fait. […] D’ailleurs si toutes nos idées nous viennent par les sens comme nous en assure l’expérience faite sur nous-mêmes, il est évident que si le nègre du Sénégal, le Chinois de Pékin et le Suédois ont les yeux, l’ouïe, le tact, etc. aussi fins l’un que l’autre, et qu’on n’ait pas constaté à cet égard de différence entre eux, ils ont tous reçu de la nature une égale disposition à l’esprit. Surtout si l’on convient que juger ne soit que sentir. Car alors tous les peuples qui seront susceptibles des mêmes sensations seront susceptibles des mêmes idées. C’est ce qui explique si naturellement la raison pour laquelle les sciences et les arts ont fleuri au Nord comme au Midi, pourquoi l’Écossais Milton a autant d’imagination que le Grec Homère, pourquoi le Gascon Montaigne est aussi philosophe que l’Anglais Hume, etc, etc.
Je ne trouve rien à redire aux art[icles] 8, 9, 10, 11, 12. C’est un simple exposé qui me paraît vrai et dont je prévois que les développements peuvent être admirables. En gros je vous conseille de placer le berceau de vos dieux près d’un volcan et dans un moment de quelque révolution arrivée au globe de la terre, de faire les dieux et la religion cruels dans les pays où ces révolutions physiques sont arrivées. De faire la religion et les dieux plus doux dans les climats où l’on est moins exposé aux tremblements de terre, aux volcans, aux inondations, sauf cependant à conserver ces religions cruelles mêmes dans ces plus doux climats lorsqu’elles y ont été apportées par des vainqueurs ou établies et perfectionnées par des prêtres méchants.
Voilà, Monsieur, toutes les idées qui me sont venues à la lecture du plan de votre magnifique ouvrage ; vous connaissez toute mon estime pour votre caractère et vos lumières, c’est ce qui m’a engagé à jeter sans ordre et sans ménagement toutes les idées qui me sont passées par la tête. Je savais que je parlais à un homme d’un grand esprit. Rien n’est développé dans ce que je vous envoie, mais je n’ai pas le temps de corriger cette lettre et vous m’entendrez à demi-mot. J’espère vous voir lorsque vous reviendrez à Paris, et nous en dirons plus en un quart d’heure de conversation que je n’en pourrais écrire en huit jours, surtout à présent que je suis occupé d’un ouvrage de tout autre espèce. Je finis donc sans façon par vous assurer que je suis avec la plus grande estime et le plus inviolable attachement votre très humble serviteur
Helvetius »


Anticipation of his posthumous work De l’homme: The work “of an entirely different kind” that the philosopher mentions at the end of the letter, and which had not yet, in fact, acquired its title, is in all likelihood De l’homme, published a year after his death, in 1772. The letter indeed anticipates several passages of it, in particular the rejection of the theory of climates, according to which the human mind is subject to the environmental conditions (geography, climate, fertility, etc.) of the place where people live (De l’homme, section II, chaps. 10 and 12).

The very structure of the present letter is singular enough to warrant comment. Helvétius takes up his pen first to set down various reflections on the work received from his correspondent Jean-Simon Lévesque de Pouilly (1734–1820): Théorie de l’imagination, by the son of the author of the Théorie des sentiments agréables. These notes soon turn into a letter addressed to its author (Helvétius shifts from “Monsieur Pouilly” to “vous”). Despite the very numerous second thoughts, Helvétius sent his epistle as it stood, as he himself says: “Rien n’est développé dans ce que je vous envoie, mais je n’ai pas le temps de corriger cette lettre et vous m’entendrez à demi-mot.” Let us note that his correspondent’s work did not appear until 1803 (Paris, Bernard, An XI), the manuscript having doubtless been reworked many times over. Indeed, the chapter plan of the published version differs markedly from the one Helvétius follows in the present letter. Helvétius examines the “plan” in what is doubtless an early proof or manuscript of the said work.

Provenance:
Coll. du général Naudet, Boulouze-Leblanc, 25 mai 1847, n°254 ; Charavay 3 avril 1890, n° ?, then private coll.

Bibliography:
Œuvres complètes, t. III, éd. G. Stenger, Champion, 2020, p. 151-155 (incomplète, manque les trois premières pages) ; Correspondance générale, vol. V, éd. D. Smith, J. Orsoni, Jonas Steffen, Marie-Thérèse Inguenaud, Peter Allan, Alan Dainard, University of Toronto Press, 2004, p. 546 (incomplète, même chose que pour l’édition Stenger). Un manuscrit non autographe de la deuxième moitié de la lettre, à partir de « pour agir beaucoup », se trouve à la Bibliothèque municipale de Besançon (fonds général, ms 1441, p. 466-469)

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