CUSTINE (de), Astolphe (1790-1857)

Autograph letter signed « A. de Custine » [to Madame de Courbonne]
Rome, 5 Feb. 1852, 9 p. ¼ in-8°, in brown ink

« Everything is so imposing at the Vatican that one always returns from it both amazed and enriched. Michelangelo, that sublime corrupter of art, is nowhere more astonishing! »

EUR 3.500,-
Fact sheet

CUSTINE (de), Astolphe (1790-1857)

Autograph letter signed « A. de Custine » [to Madame de Courbonne]
Rome, 5 Feb. 1852, 9 p. ¼ in-8°, in brown ink
Some slight ink corrosion, tiny marginal losses without significance, uniformly browned paper

Immersion in Rome with Custine:

A long, sharp-witted letter recounting the celebration of Candlemas at the Vatican, as well as his visits to the basilicas of Saint Paul Outside the Walls and Saint John Lateran


« Vous ne m’écrivez plus, d’où je conclus que mon article St-Gratien [allusion à son domaine de Saint-Gratien dans le Val-d’Oise, qu’il avait un moment envisagé de vendre et qu’il évoque longuement dans une lettre à la même du 12 janvier 1852] vous a ennuyée. Vous avez bien raison ; l’inconsé­quence est insupportable, surtout chez les hommes qui sont ab­solument obligés d’être forts.
Il faut être à Rome pour passer une journée de la manière que j’ai passé celle d’hier. D’abord figurez-vous l’avril des po­ètes chez nous : une température imperceptible sous un ciel brillant comme la joie.
[…] C’était la chandeleur, jour où le Pape bénit et distribue les cierges. La cérémonie se faisait à la chapelle Sixtine, où il y a plus de recueillement, mais moins de pompe que dans St-Pierre, Au surplus toute fonction remplie par le Pape actuel prend un intérêt nouveau. Il prie avec tant de ferveur qu’on dirait qu’il invente la lithurgie [sic]. Jamais il ne pose, il ne joue pas un rôle ; c’est moins par la dignité que par une sainte simplicité qu’il impose. […]
Tout est si imposant au Vatican, qu’on en revient toujours émerveillé et instruit. Michel-Ange, ce sublime corrupteur de l’art, n’est nulle part plus étonnant !
L’après-midi, nous sommes allés à St-Paul hors des murs, avec Monseigneur Lacroix, clerc national et camérier secret. […] Les Romains sont ou apathiques ou pas­sionnés : leur caractère tient du grand style qui se retrouve ici dans tout. Mais le véritable agrément de la société, la causerie, leur est inconnu : ils ne sont que sublimes, ils ne sont point aimables. Leur morale n’est pas plus applicable à la vie du monde que leur esprit n’est sociable. A Rome il y a des saints et des anges, il n’y a pas un honnête homme. […]
Nous arrivâmes à la basilique ressuscitée par une route d’un quart de lieue, inondée de monde et bordée de ruines et de tom­beaux qui aujourd’hui servent de tavernes au peuple de Rome. La solitude avait disparu, le désert même s’animait, tant il y avait de soleil dans l’air ! Quelle merveille que la nouvelle église de St-Paul ! Étonnant acte de foi de Léon XII ! [successeur de Pie VII en 1823, mort en 1829, surnommé le Pape de la Sainte-Alliance] Dans le siècle de l’incrédulité, il a cru qu’on pouvait rebâtir St-­Paul ! Et il a commencé le plus grand monument de l’Europe. Ses successeurs l’ont continué, Pie neuf l’achève, la charité de la terre entière a concouru au prodige. Les peuples et les poten­tats, tous, jusqu’au Pacha d’Égypte, ont rivalisé de générosi­té pour embellir le phénix des églises [presque entièrement détruite par un incendie dans la nuit du 14 au 15 juillet 1823, elle est rebâtie selon le plan et les dimensions originaux. C’est le plus vaste monument religieux de Rome après St-Pierre]. Les colonnes d’albâtre oriental envoyées d’Alexandrie sont ce qu’on a vu de plus beau : on dit que Pie neuf espère consacrer cette nouvelle merveille de Rome en 1853 [fin 1854, en fait]. La nef est d’une grandeur qui accable. La ma­gnificence des matériaux passe tout ce qu’on a vu. Le pavé se­ra d’un très beau marbre, les murs sont déjà revêtus de mar­bres encore plus précieux. Le plafond en bois à compartiments dorés est magnifique et d’une largeur qui fait peur. Les cinq nefs sont séparées par une forêt de colonnes de granit du Sim­plon dont l’effet est prodigieux : là, l’œil perd la mesure des objets : les hommes y paraissent des pygmées, rampant dans la plaine, et la dégradations [sic] de la lumière se fait sentir comme dans un lointain de paysage. On me dit : ce n’est pas une église ! Je n’en sais rien ; mais ce que je sais c’est que le monde moderne n’a pas de plus bel édifice. […]
Abîmés dans cette vision, nous sommes remontés en voiture sans savoir si nous avions envie de rire de nous-mêmes ou de pleu­rer de joie.
Au lieu de rentrer chez nous nous sommes fait conduire [sic] en passant sous le Colysée [sic] à St-Jean-de-Latran, autre sanctu­aire vénéré de toute la catholicité qui y est née. Là du haut du péristyle en face de l’escalier de Pilate apporté de Jéru­salem à Rome par l’impératrice Hélène la sainte mère de Cons­tantin et devant le Triclinium contemporain de Charlemagne, nous avons admiré l’un des plus beaux sites du monde. Les teintes du soir illuminaient les sommets neigeux de l’Apennin, et la magie du soleil passait à travers les arcs rompus des grand aqueducs. Notre promenade a fini là. […]
Vous pouvez encore m’écrire ici, poste restante. Je sais bien qu’on n’a pas le temps de lire à Paris, mais dites-moi que vous ne m’avez pas lu.
Pas un mot de plus, huit pages de verbiage [neuf, en réalité] : c’est de l’amitié à chaque ligne.
A. de Custine. »


Custine’s stays in Rome became regular after he purchased a property in Ciampino, located near Frascati (southeast of the capital), on 26 February 1845; it was later sold on 16 December 1856. Custine considered Rome the ideal refuge for forgetting “everything that shocks you in the spirit of the age” and for “all those who are weary without being in despair.” For him, it was a true retreat to which he enjoyed returning each year, particularly in the low season, since the city is “uninhabitable in summer because of the bad air,” as well as a place that offered a stark contrast to Paris. Rome features in his Mémoires et Voyages (1830). The writer had visited it between 1811 and 1812, years he describes in that account, as well as in his final novel, Romuald ou la Vocation (1848).

Born Antoinette-Camille Le Pescheux (1786–1853), Madame de Courbonne was one of the leading figures of Parisian high society and political circles during the Restoration and the July Monarchy. Successively established on the rue Royale and then the rue d’Anjou, her salon brought together the whole of cultural and political Paris. She was one of the great and faithful friends of Astolphe de Custine. He praised her “gracious wit” and her “gentle and agreeable company.” Their friendship was sustained by regular correspondence and mutual esteem. Madame de Courbonne notably played a mediating role between Custine and Princess Mathilde, facilitating their meeting in the 1840s.

Provenance: 
Private collection

Bibliography: 
La Revue de France, Fernand Vandérem, 1er juillet 1934, p. 54-60

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